De l'Auvergne à la Nouvelle-Zélande 2010 (18000 km)

Faire tomber les prejuges

Tirupati - Hampi photos de cette étape

du 20/01/2011 au 26/01/2011

  • nombre de km prévus : 450
  • nombre km effectifs : 457
  • temps prévu : du 20 au 26 jamvier
  • temps effectif : 29 heures
Notre ami Cyril !IMG_0634IMG_0635IMG_0636IMG_0637Et oui, il fait froid pour ces indiensIMG_0639IMG_0640IMG_0741

Faire tomber les prejuges

n oubliez pas d ecouter la petite voix de Marion en haut...

Nous roulons depuis 78 kilomètres lorsque nous arrivons au village de Pintcha. La route s'est très nettement dégradée juste avant d'y arriver. Il n'y a pas d'asphalte ici, juste une piste cahoteuse. Le village est composé de quelques maisons en béton recouvertes pour certaines de feuilles de palmiers, et de tôles pour la majorité. Un village de petite taille qui compte tout de même quelques boutiques et un hôtel (à savoir un restaurant). Cela suffit pour que nous décidions de nous y arrêter pour la nuit. En effet, en Inde nous avons décidé de ne plus transporter de nourriture et sommes donc dépendants des restaurants. Nous avons bien réchauds et popotes, mais avons choisi la voie de la simplicité en refusant de cuisiner ici, les prix des restaurants étant hors compétition (comptez moins d'un euro pour un bon repas). Nous demandons à un villageois s'il est possible de planter la tente dans les environs. Il nous indique sans hésiter le terrain de badminton situé à deux pas. Nous installons donc le campement, sous quarante paires d'yeux, comme à l'accoutumée en Inde. Une femme se démarque du lot en nous offrants deux biscuits chacun, en guise de bienvenue. Une autre renchérit en nous invitant à manger chez elle, chose que nous acceptons volontiers. Mais il n'est que 17h00 et nous avons encore tout loisir de faire plus ample connaissance avec tout ce beau monde.

Sameera, notre hôte, est musulmane comme une majorité des habitants de ce village. Elle parle un anglais parfait, ce qui n'est pas si commun dans cette région de l'Inde. On nous avait dit que tout le monde parlait anglais couramment en Inde. Nous attestons que c'est absolument faux. Dans les villages que nous traversons depuis quelques jours, peu d'Indiens parlent anglais. La plupart ont quelques notions mais très insuffisantes pour avoir ne serait-ce qu'une esquisse de conversation. Sameera elle, a eu la chance d'étudier cinq ans l'anglais avant qu'on lui mette la bague au pied (une fois mariées, les femmes portent des bagues aux orteils). Mariée à 17 ans à son cousin, elle a dû arrêter ses études pour travailler à la maison où elle passe ses journées avec sa sœur. Celle-ci n'a pas eu la même chance que Sameera. Comme une grande part de la population (30%?) elle est illettrée. L'illettrisme des femmes est un gros problème en Inde, et représente d'ailleurs un nouveau combat pour le Rotary club. Les rotariens voient dans l'éducation des femmes une amélioration de la vie dans les villages. Pour cela, il faut lutter contre les mariages précoces (avant l'âge de 18 ans). Car une fois mariée, une femme, ou du moins une jeune fille, ne retournera plus à l'école, mais restera à la maison pour travailler et servir son mari. Les femmes font ce qu'on attend d'elles et doivent laisser leurs aspirations ou leurs rêves de côté. L'éducation fait partie des laisser pour compte.

Comme souvent, ce sont ses parents qui ont décidé de son mariage. Alors comme beaucoup d'Indiens, elle nous demande si pour nous c'est un mariage d'amour ou arrangé. Elle nous envie d'avoir pu nous marier sans que nos parents nous y aient forcés (car nous continuons à dire que nous sommes mariés, par habitude peut-être), et souhaiterait aussi que son bébé, alors âgé d'un an, se marie d'amour lui aussi :

« Ce sera une génération moderne, ce sera plus possible que maintenant ! » Nous dit-elle optimiste.

 

Elle et son mari possèdent quelques prés. Ils sont cultivés par des ouvriers qu'ils embauchent à la journée, moyennant 100 roupies par jour. Ils ont aussi une bufflonne. Chaque matin à 10h00, un vacher traverse le village et chacun des habitants lui confie sa ou ses bufflonnes qu'ils récupèrent le soir à 17h00. Son mari, qui est aussi son cousin, travaille en ville, à Tsudunpalle. Il arrivera à 21h00, quand nous serons déjà couchés. Sameera passe sa journée dans la maison de ses beaux parents (à savoir sa tante et son oncle), avec son bébé et sa soeur. Cette dernière est également mariée à son cousin (qui est le frère du mari de Sameera, vous suivez ?). Lui est mécanicien. Il répare tout ce qui vient à lui. Aujourd'hui ce sont surtout des pneus crevés qu'il répare. J'en profite pour lui emprunter une clef à molette pour réparer mon vélo qui avait souffert dans l'avion. Une fois mon forfait accompli, je pars avec Amin sur le porte bagages faire le tour du village. Amin est âgé d'un dizaine d'année et a l'œil pétillant. Fier comme un coq, il me fait déambuler dans les petites sentes qui traversent son village pour aller saluer ses voisins. Certains nourrissent encore les bufflonnes, d'autres jouent aux badminton, d'autres encore semblent travailler devant un ordinateur. Nous nous arrêtons devant la maison d'Amin, où sa mère abreuve ses deux bufflonnes. D'une beauté indienne, elle me sourit avec bonté, surprise tout de même de voir son fils en telle compagnie. Je lui explique que demain Amin part avec nous sur les routes du monde. Son éclat de rire est un délice. Elle ne semble pas d'accord mais apprécie la plaisanterie. Nous terminons notre petit tour devant la maison de Sameera.

 

Dans la maison, les voisins vont et viennent pour voir les étrangers. Cela se fait dans le plus grand calme et avec la plus grande simplicité. Il est 20h00. La nuit tombe et chacun retourne dans ses quartiers. Nous restons avec Sameera et sa tribu, appréciant une fois de plus l'hospitalité musulmane. Une nappe est posée par terre, avec deux assiettes en aluminium. Marion et moi mangeons seuls, car Sameera se doit d'attendre son mari, en bonne femme au foyer. Elle est d'ailleurs surprise lorsque je remercie Marion qui me sert du riz :

« C'est ta femme, tu n'as pas besoin de la remercier. C'est son devoir de te servir... »

Nous lui expliquons alors que chez nous, les traditions ont un peu évolué, et que Marion n'apprécierait pas forcément que je manque de politesse envers elle.

Dehors, notre tente nous attend. Confiants nous avons laissé tous nos bagages à l'intérieur. Rien ne bougera.

 

Au réveil, le voisin de Sameera, cuisto de son état, tient à nous inviter à manger un tiffen, le petit déjeuner. Nous nous installons dans sa boutique sombre et dévorons avec appétit les quatre galettes qu'il nous apporte, lourdement assaisonnées de sauces piquantes. Un autre voisin ayant entendu que nous cherchions à nous procurer des citrons nous en offre un plein sac. Il est 9H30 lorsque nous laissons derrière nous le petit village de Pintcha, accompagnés par des écoliers à vélo, le cœur remplit d'affection pour la journée.

 

Cette anecdote peut paraître anodine, tant nous en avons vécu de semblables depuis six mois. La différence, c'est qu'elle se situe en Inde. Or, nous sommes arrivés dans ce pays avec énormément de préjugés, du fait de l'expérience personnelle de Marion d'une part, mais aussi de récits d'autres voyageurs ou même d'Indiens nous disant qu'il était impossible de planter notre tente, que les Indiens étaient des voleurs et des mendiants,  que la circulation serait démente et que le voyage serait pénible. « Un enfer de tous les jours », nous écrivait une amie auvergnate. Nous nous étions donc préparés psychologiquement à répondre à chaque attaque, à chaque offense. Nous étions près au combat.

 

Les deux semaines passées dans le Kerala nous ont démontré que l'Inde, du sud tout du moins, ne ressemblait pas à ce qu'on attendait. Mais nous étions en voiture, et nous savons que la perception est différente. Alors en prenant les vélos nous nous méfions encore, et avons commencé à pédaler avec méfiance et antipathie envers ce peuple qui allait, on nous l'avait dit, nous mener la vie dure. Sur la défensive, je me suis même montré très offensant et méprisant, par anticipation surement. Ce fut le cas lorsqu'un vieillard s'approchait de nous :

- En général, ils nous demandent de l'argent ceux-là, disais-je à Marion.

Arrivés à nos côtés, le vieillard nous fait signe que l'on peut venir prendre de l'eau chez lui, puis nous laisse en nous souriant. Nous le remercions, honteux.

 

Très vite, nous nous rendons compte que de combat il n'y a point. Il n'y a qu'à regarder autour de soi pour se rendre compte que cette partie de l'Inde est à l'opposé de nos a priori.

 

Dés notre arrivée, nous avons été frappé par les beauté des indiens. Regardons ces femmes aux yeux aussi pétillants que leurs saris. A croire que c'est leurs visages qui a enfanté la douceur. Leurs traits sont fins, leurs sourires avenant et leurs regards purs. Quant à leurs enfants, nous les voyons souvent nous saluer d'un « hi » et d'un geste de la main. Quand nous allons suffisamment lentement pour leurs petites jambes ils n'hésitent pas à nous courir après, simplement pour nous accompagner quelques mètres sur notre long chemin. Nous avons pu passer une soirée avec quelques uns d'entre eux, à Parnapalli. Du centre du village, ils nous ont accompagnés jusqu'à notre lieu de bivouac, un tombeau musulman situé sur une butte. Durant plusieurs heures ils nous ont tenu compagnie, jouant avec nous et se laissant photographier avec plaisir. Épuisés par leur énergie, nous leurs avons finalement dit « good night ». Ils se sont alors volatilisés, nous laissant seuls avec le calme ambiant. Enfin les vieillards, eux aussi sont beaux. Même s'il nous est difficile de communiquer avec eux, nous aimons les photographier. Ils tentent bien de nous parler, mais la barrière de la langue est trop forte pour que nous puissions échanger.

 

Si les gens sont beaux, la campagne que nous traversons ne l'est pas moins. Les rizières d'un vert éclatant nous surprennent toujours. L'eau coule à flot et ajoute sa mélodie au décor. Hommes et femmes y travaillent dur pour obtenir la récolte escomptée. Ils ne manquent pas de nous saluer lorsqu'ils nous voient passer. Nous restons admiratifs devant leur travail.

Plus loin ce sont des champs entiers de bananiers qui retiennent notre attention. Les feuilles larges, qui servent également d'assiettes dans de nombreux hôtels, recouvrent des régimes de bananes charnues à souhait. Enfin, quand il n'y a ni bananes ni riz, la forêt verte et dense nous rafraichit parfois, même s'il est vrai que jusque là nous n'en avons pas vu énormément. Nous avons également pu voir de nombreux lacs d'un beau bleu. Quant aux rochers qui transpercent la verdure, ils font preuve d'un talent d'équilibriste digne de la Cappadoce turque.

 

Les Indiens sont  accueillants. Bien sûr, il y a ce village de Pintcha qui nous a nourrit et hébergé une nuit. Plus loin, ce sont des bananes que des paysans nous offrent depuis leur charrette. Un automobiliste nous en offre aussi, avec quelques biscuits et un caramel, en nous disant que c'est de son devoir d'accueillir les étrangers dans son pays. Sur la route, ils sont nombreux à nous saluer et à nous souhaiter bon voyage. Depuis les rizières, les charrettes ou les motos, nous devons répondre à quantité de mains levées en signe de bienvenue.

 

Par contre, les Indiens sont curieux. Une curiosité maladive qui risque de finir par nous énerver ! Chaque arrêt dans un village ou dans une ville est sanctionné par un attroupement d'Indiens. Ils arrivent par dizaines, se postent devant nous, les bras croisés pour certains, les mains baladeuses sur nos vélos pour d'autres. Ceux-là touchent à tout (manettes de vitesses, klaxons, drapeau, sacoches, etc.). Il suffit en général de leur demander de ne plus toucher le vélo pour qu'eux aussi mettent leurs mains derrière leur dos. Mais ils restent là. Vous ouvrez une sacoche, ils se penchent pour voir ce qu'il y a à l'intérieur. Vous sortez un cahier, ils viennent derrière votre épaule pour regarder ce que vous y écrivez. De vrais enfants. Cela est d'autant plus pénible que c'est systématique. Nous savons avant d'entrer dans un village que si nous posons le pied à terre et demandons un renseignement à un Indien, il faudra moins d'une minute pour qu'un attroupement se forme. Alors nous tentons de faire au plus vite, ou bien nous prenons notre mal en patience et rigolons du ridicule de ces Indiens, bêtement postés devant nos vélos en attendant que quelque chose se passe. En général ce sont des hommes. Les femmes n'ont pas de temps à perdre à attendre trente minutes autour d'un vélo le temps que ses propriétaires déjeunent. Les femmes sont à la maison ou dans les champs, elles travaillent dur. Alors on se dit qu'il serait temps que la parité vienne dans les foyers indiens, pour que ces messieurs s'occupent autrement qu'en fourmillant autour des étrangers. Ce sont également ces mêmes hommes que l'on retrouve en moto ou en voiture. Ils nous doublent, s'arrêtent et font parfois demi tour, pour nous demander dans leur langue d'où nous venons et où nous allons. Ce comportement nous énervait en Iran ; rien n'a changé ! Par contre la circulation est bien moins dense qu'en Iran, et les conducteurs sont dans l'ensemble meilleurs et plus respectueux envers nous. Bien sûr les chauffeurs de bus tiennent à leur réputation et sont les pires chauffards que l'on puisse trouver. En dehors de ceux-là, la circulation est appréciable et nous convient parfaitement.

 

Bref, nous sommes loin de l'enfer dont on nous avait parlé. Au contraire, l'Inde et les Indiens nous plaisent et nous surprennent. Cela dit nous sommes conscients qu'il existe une différence entre le nord et le sud, que l'heure viendra où le voyage sera plus difficile et où nous perdrons plus facilement patience. Pour l'heure nous profitons de cette Inde là, qui nous accueille les bras ouverts et nous sourit à chaque instant. A voir maintenant si, en allant vers le Nord, l'Inde va changer autant qu'elle nous changera nous-même.

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Le livre

Que vous soyez cyclotouriste, voyageur ou sédentaire ouvert sur le monde, il y a mille et une raisons de vous réjouir de la lecture de ces Nouvelles Vagabondes.
Après plusieurs voyages en solitaire, Julien Leblay nous livre cette fois-ci le récit de son périple avec sa compagne Marion. Ne voulant se contenter de décrire le quotidien de leur voyage, il s’engage et se place résolument loin des clichés pour nous livrer avec sincérité ses impressions, que ce soit sur la vie du couple en voyage, ses préoccupations écologiques ou sur les traits culturels ou sociologiques des pays traversés.
Ce livre ne laisse pas indifférent et bouscule nos représentations exotiques du monde ; à sa lecture on découvre, on s’indigne et on s’émerveille tour à tour. Dans un style à la fois personnel et documenté, il nous offre une immersion complète, sans langue de bois, dans son voyage à vélo en couple. Il réussit finalement le pari de dresser un tableau contrasté et nuancé de cette longue aventure cyclotouriste qui ne sera probablement pas la dernière !

Cécile R.

352 pages dont 16 en couleur
Prix de vente : 20 euros

Disponible sur http://goodaventure.com

Le DVD

Julien et Marion Leblay quittent l'Auvergne en juillet 2010 pour une aventure de 22.000 kilomètres à vélo. Portés par le désir de découvertes et de rencontres, mais aussi par celui de promouvoir le don du sang, ils traversent l'ex-Yougoslavie, la Turquie, l'Iran, l'Inde, l'Asie du Sud-Est et l'Australie pour finalement arriver en Nouvelle-Zélande vingt mois plus tard.
Savoureusement pimenté, ce voyage donne le "goût d'aventure" !

Durée : 84 minutes.
Prix de vente : 15 euros

Disponible sur http://goodaventure.com
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