De l'Auvergne à la Nouvelle-Zélande 2010 (18000 km)
Une semaine chez les tibetains.
Le contraste est saisissant entre cette région himalayenne et le reste du pays. Tout d'abord, la température est encore hivernale. La neige recouvre tous les sommets qui nous dominent et la fraicheur s'insinue jusque dans notre lit, pourtant recouvert de six couvertures. Nous ressortons les bonnets, écharpes, polaires et vestes que nous n'avions pas utilisées depuis l'Iran pour nous balader au milieu des montagnes. Nos promenades se font au rythme lent de nos globules rouges asphyxiées, car l'oxygène nous manque lorsque nous grimpons à un temple perché à 4500 mètres d'altitude.
Pendant le peu de jours que nous passons à Choglamsar, petit village situé à huit kilomètres de Leh, le programme est bien rempli. Nous installons deux des cinq balançoires dans l'école du TCV du village, puis visitons quelques temples aux alentours. Nous en profitons pour comprendre un peu plus la cause tibétaine. Tenzin Rabten, le secrétaire du TCV, nous explique la situation des Tibétains réfugiés en Inde. Ils ont quitté leur Tibet natal pour pouvoir échapper aux restrictions des Chinois leur interdisant d'exprimer leur culture. Jusqu'en 2008, le TCV recevait plus de 1000 enfants par an, qui traversaient la montagne pour venir jusqu'ici, là où le gouvernement indien a accepté de leur donner des terres. Mais depuis les Jeux Olympiques de Pékin, les frontières se sont fermées et ils ne sont plus que 200 par an à traverser la frontière. Leur survie ne tient qu'à l'aide des étrangers, occidentaux se sentant concernés par la cause tibétaine. Toutes les constructions, des écoles jusqu'aux maisons servant d'internat pour les enfants de nomades, ont été financées par des dons extérieurs. Rabten, comme tous les tibétains, est évidemment très sensible à cette solidarité exprimée partout dans le monde en faveur de son peuple. Pourtant, il nous dit que les Tibétains n'ont pas de futur. En effet, si l'Inde les accueille chez eux, ils ne sont tout de même pas libres. Ils n'ont pas de travail, ne peuvent pas acheter de terres et sont donc sur une terre où ils ne peuvent faire aucun projet.
Les balançoires montées et les temples visités, nous quittons le Ladakh avec un pincement au coeur. Cette région nous a séduit, tant par ses paysages que par les tibétains rencontrés, souriants du matin au soir malgré la difficulté de vivre sur des terres aussi hostiles, sous un climat aussi rude. Nous élaborons des plans pour revenir ici, plus tard...
En attendant nous nous préparons pour aller en Thailande. Nous y serons le 29 mars.
Ces cinq jours ne nous ont évidemment pas permis de saisir toutes les subtilités de la situation tibétaine. C'est pourquoi nous préférons laisser la parole à Yolande, une amie très impliquée auprès des Tibétains qu'elle décrit comme sa seconde famille. Là où nous étions logés, tout le monde la connaît et attend avec impatience son retour annuel dans la région. Ce sera au mois de juin nous ont-ils tous dit !
Les paragraphes ci-dessous ont été rédigés par Yolande. Nous vous laissons en sa compagnie et vous donnons rendez-vous début avril en Thailande... !
A bientôt !
Les réfugiés tibétains en Inde
Depuis 1959, suite à l'invasion chinoise et au soulèvement de Lhassa (10 mars), près de 120 000 tibétains ont fuit le Tibet et vivent toujours aujourd'hui en exil.
La plupart se sont installés au Népal et en Inde.
L'inde accueille ces réfugiés, leur prête des terres en Himachal Pradesh, en Uttarakhand, en Orissa, au Sikkim, en Inde du sud (Karnataka) et au Ladakh.
Les tibétains ont du s'acclimater, s'organiser, s'adapter tout en vivant leur identité et en préservant l'avenir de leur culture, une des plus anciennes du monde.
Du fait de la sinisation forcée au Tibet même, c'est en exil que la culture tibétaine reste vivante. Commencées avant l'exil, la modernisation et les réformes de la société se sont poursuivies en Inde. Dès les années soixante, une démocratie a été instaurée. Depuis déjà bien des années, le gouvernement tibétain en exil est élu au suffrage universel (vote des tibétains en exil). Tout récemment, le 14è dalaï lama a annoncé son retrait de la vie politique, renonçant à son pouvoir politique. Il garde son pouvoir spirituel.
Dimanche dernier, les tibétains en exil ont voté pour élire leur nouveau premier ministre.
La vie des réfugiés est très difficile. Certes accueillis sur une terre d'accueil, ils n'en restent pas moins des réfugiés, apatride qui plus est puisque politiquement le Tibet n'existe car il est annexé à la Chine ...!
De ce fait, pour ceux en Inde, ils ne peuvent ni être propriétaires, ni s'installer où ils le souhaitent, ni se déplacer librement, ni accéder aux professions réservées aux indiens, etc ... L'exil devient trop long, la jeunesse éduquée et instruite ne trouve que très difficilement du travail.
Pour les tibétains au Népal, la situation est de plus en plus difficile du fait de l'instabilité politique actuelle au Népal.
Bref, les tibétains sont reconnaissants envers les pays qui les accueillent. Toutefois leur situation est souffrance au quotidien, alors même qu'ils sont à ce jour encore des apatrides.
Le Tibetan Childrens' Village au Ladakh (TCV) ou Village d'enfants tibétains.
Dès le début de l'exil et démunis de tout, les réfugiés tibétains ont du penser à l'avenir, à l'éducation des jeunes enfants. Le futur du Tibet en dépendait et en dépend toujours.
Jetsun Pema, soeur cadette du XIVè dalaï lama, créa alors le Tibetan Children's Village (TCV) au début des années 1960.
La mission du TCV est d'assurer à tous les enfants tibétains une saine éducation, une solide identité culturelle, un devenir indépendant afin d'être un membre actif de la communauté tibétaine et du monde libre.
Les principaux buts du TCV sont de fournir soins et amour parental, une saine compréhension de l'identité tibétaine, une réelle éducation moderne et tibétaine, un bon environnement pour une saine croissance physique et intellectuelle, des conditions de vie optimales, de développer les valeurs de caractère et de moralité.
Les valeurs transmises sont celles de la liberté, de l'altruisme (la devise the others before self - les autres avant soi-même), la non-violence, la préservation de l'héritage culturel et environnemental du Tibet, l'innovation.
Le TCV comprend des maisons familiales appelées home, des écoles, des centres de formation (School Vocational Training Centers), un centre d'enseignement pédagogique, des résidences universitaires pour étudiants (Youth hostels).
Le TCV gère l'éducation de 16000 enfants en Inde, avec 1400 salariés (enseignants, chauffeurs, cuisiniers, etc...) avec pour souci majeur d'allier tout à la fois l'éducation traditionnelle et l'éducation moderne.
Aujourd'hui, au Ladakh, ils sont environ 7500 tibétains (davantage sans doute) à vivre sur ces hautes terres de l'himalaya indien. Le petit Tibet indien dit-on, tant la géographie y est similaire (la frontière est toute proche), tant le bouddhisme tibétain y est omniprésent. En effet culturellement le Ladakh appartient à l'ensemble tibétain. Les ladakhis (la population locale) sont bouddhistes tibétains.
Le Ladakh est une région étonnante, faite des plus hauts sommets (6000m-7000m) et des vallées les plus sèches du monde : le désert sur terre.
Le Ladakh était interdit aux étrangers jusqu'en 1974. Dès qu'il fut possible d'y pénétrer, Annie Sudrat, jeune étudiante, y a découvert la présence des réfugiés tibétains, leurs terribles conditions de vie, sous tente, démunis de tout, dans ces contrées d'altitude où l'hiver est des plus rudes.
Le TCV Ladakh fut créé le 12 septembre 1975 puis le parrainage des enfants instauré afin d'aider à financer leur scolarité.
Aujourd'hui, le TCV Ladakh gère l'éducation de 2800 enfants. Environ 1400 sont pensionnaires. La scolarité est assurée de la classe maternelle à la seconde.
Pour encadrer ces enfants : 250 personnes (enseignants, différents secrétariats tels que celui des parrainages, cuisiniers, direction...).
Parmi ces enfants, plus de 300 sont des enfants de nomades. Les parents vivent de leurs troupeaux de yaks et de chèvres pashmina dans le Jhangtang, hauts plateaux à plus de 4000m d'altitude.
Ces enfants nomades sont internes dans les écoles de Sumdho et de Nyoma de la maternelle au CE2, puis à Hanley au CM1 et CM2, puis à Choglamsar de la sixième à la seconde.
Sumdho, Nyoma et Hanley (très près de la frontière tibétaine) sont dans les hauts plateaux du Jhangtang indien dans le même environnement géographique que leurs parents.
A partir de la 1ère, pour continuer leurs études, les enfants partent ailleurs en Inde, soit en Himachal Pradesh ( Dharamsala ou Gopalpur), soit en Inde du sud (Bylakuppe) selon leur orientation scolaire.
La scolarité au Ladakh a pour devise: Come to learn, go to serve (viens pour étudier, vas pour servir)
Les quelques 1400 enfants internes sont hébergés dans des homes, c'est à dire des maisons d'enfants gérées par l'association connue de tous : SOS Village. En effet le TCV devint, en 1972, membre de l'organisation internationale SOS Village d'Enfants.
Chaque home accueille environ 20 enfants autour d'une amala (maman de substitution). La vie y est chaleureuse, studieuse aussi.
Parrainer un enfant, c'est lui permettre d'être scolarisé, éduqué, nourri, soigné, de vivre dans son environnement culturel et familial, d'assurer son avenir, celui de son pays le Tibet.
Oui parrainer un enfant c'est aider à préserver la culture et l'identité tibétaine afin qu'elle ne meure pas. Ce peut être aussi une relation privilégiée entre le filleul et le parrain, grâce aux échanges de correspondance.
Grâce aux parrainages, un des objectifs des associations est d'améliorer l'autonomie de la communauté tibétaine dans le respect de sa culture.










