De l'Auvergne à la Nouvelle-Zélande 2010 (18000 km)

10.000 kilomètres

Godiya - Khajuraho photos de cette étape

du 17/02/2011 au 21/02/2011

  • nombre de km prévus : 500
  • nombre km effectifs : 554
  • temps prévu : Du 17 au 21 février
  • temps effectif : 35 heures
Parc de NawegaonLéopard...en cageIMG_2562Les femmes portent l'eau sur la têteIMG_2570Arrivée dans un petit villageOn nous invite pour un bon petit déjeuner

10.000 kilomètres

Nous avons passé plusieurs heures dans les rues de Godiya, une ville étonnamment calme. Personne ne vient nous importuner alors que nous sommes au cybercafé logé dans une ruelle à l'écart, personne encore ne vient nous encercler quand nous imprimons des photos au cœur de la ville. Alors que nous quittons cet endroit à la recherche d'un docteur pour me soigner un œil infecté par une poussière, deux journalistes arrivent. Nous leur expliquons que nous ne voulons pas être interviewés, mais ils s'obstinent à nous suivre jusqu'à l'hôpital où, coincés, nous devons répondre à leurs questions en attendant la doctoresse. A la question « quel fut le meilleur peuple rencontré », nous répondons de bon cœur « les turques » ! Et nous ajoutons pour étayer que le pire, ce sont les Indiens. Commence alors une discution très intéressante avec les trois journalistes présents, surpris de cette réponse mais très à l'écoute de notre point de vue. Nous leur expliquons comment il est épuisant pour nous de subir cette masse d'Indiens autour de nous, ce manque d'intimité permanent et les demandes en photos. Compréhensifs, ils semblent tout marquer sur leur calepin, mais nous n'aurons pas l'occasion de lire leur article pour voir s'ils ont retranscrits avec exactitude nos pensées.

La doctoresse m'ayant examiné et prescrit quelques gouttes que Marion se fait la joie de m'injecter sous la paupière, nous quittons cette ville et l'Etat de Maharashtra. C'est dans le premier village du Madhya Pradesh que nous élisons domicile pour la nuit, encerclés comme il est de coutume par une partie des villageois.

 

Dès lors, nous continuons notre longue fuite vers le nord, pédalant dans des paysages souvent insipides, parfois dévoilant quelques agréables endroits, telles des forêts ou des rizières. Le relief relativement plat nous permet d'enchainer de longues étapes : 113, 69, 94, 108 et 145 kilomètres. Comme nous le faisons depuis notre départ de Chennai, nous choisissons les petites routes, qui nous apportent une grande tranquillité et nous permettent de plonger au cœur d'une Inde rurale. Nous passons parfois plus de 5 kilomètres sans voir âme qui vive, et traversons des villages de paysans qui semblent tombés dans l'oubli. Là, les femmes font sécher des bouses mélangées à de la paille. Cela leur servira de combustible pour cuire des aliments. Ici, les tas de paille s'amoncellent alors que des bufflonnes mangent une ration de son dans une écuelle. Plus loin, les femmes, toujours à la tâche, transportent sur leur tête du bois trouvé dans ce qui reste de forêt. Le bruit des pompes à eau actionnées manuellement ainsi que des balais de brindilles nous suivent toute la journée, de villages en villages.

 

Dans ces endroits, au cœur du Madhya Pradesh, la communication avec les Indiens reste difficile. Il m'est personnellement impossible de parler aux femmes. Celles-ci ne parlent généralement pas un mot d'anglais et, pire, ont peur de moi. Même Marion a des difficultés avec ses consœurs, lorsque par exemple elle s'approche d'une d'entre elles pour l'aider à réparer son vélo. La jeune Indienne s'enfuit devant les pas de Marion, effrayée par cette blanche qui lui veut je ne sais quoi. Toutefois, il nous arrive de trouver certaines personnes parlant anglais. Ce fut le cas dans notre premier village, comme plus loin à Silondi où Rai et Jain, deux cousins, nous invitent à manger et dormir chez eux après une longue et dure étape. Ils confirment un précepte de la religion hindou qui consiste à dire que l'étranger est l'égal de Dieu, et doit donc être traité comme tel (en hindi, ce doit être quelque chose comme « atiti devo baba »). En nous asseyant dans le restaurant de Rai, nous sommes son invité. Pas question pour lui de nous faire payer ce qu'il nous a offert, et pas question non plus de nous laisser dormir dehors par ces nuits fraiches. Si le repas nous a été offert ce soir là, il faut préciser que chaque fois que nous arrivons dans un village, les habitants s'enquièrent de savoir si nous avons mangé, auquel cas ils nous donneraient de quoi combler notre appétit. Nous sommes cependant prévoyant et mangeons toujours avant de nous mettre à la recherche d'un village pour bivouaquer, de sorte que nous n'ayons pas à abuser de la générosité de ce peuple.

 

Durant ces derniers jours, nous avons donc pu goûter une fois de plus à la générosité des Indiens et à leur accueil chaleureux. Cet accueil, qui nous réchauffe le cœur dès que nous posons les vélos, permet de contrebalancer de façon extraordinaire la pression de la journée, les énervements dus à ces Indiens trop curieux et à la fatigue qui s'accumule. Les Indiens nous fatiguent, l'Inde ne nous offre pas de magnifiques paysages, mais l'accueil qui est réservé aux étrangers mérite tous ces efforts et nous console très souvent.

 

La chose est bien sûr différente lorsque nous arrivons dans un endroit touristique. Khajuraho fait partie de ces lieux. Ce petit village est réputé pour ses temples dits érotiques, et ce sont chaque année des milliers de touristes indiens ou étrangers qui viennent jusqu'ici, attirés par ces représentations dignes du Kama Sutra (d'ailleurs de nombreuses boutiques proposent à la vente des livres traitant la question de façon fort bien illustrée). Alors le concept d'accueil est différent. Ici le but est de retirer aux touristes un maximum d'argent. C'est ce que nous explique d'ailleurs un jeune Indien de 19 ans qui se vente d'avoir été déjà 6 fois en prison pour avoir escroqué des touristes.

- Mon travail, c'est de truander les touristes. Chaque fois que j'en envoie un dans un magasin, je touche 40%. Il m'arrive aussi de coucher avec certaines occidentales.

- Comme ces femmes ? lui demandais-je en lui montrant deux fortes femmes aux cheveux grisonnants.

 

Depuis Chennai, il n'y a eu que deux endroits où des enfants sont venus nous quémander de l'argent ou des stylos. Ici et à Hampi, les deux seuls sites classés à l'Unesco que nous ayons visité. En revenant des temples, nous observons une française, la soixantaine, déverser le contenu de son sac à des enfants riant de la situation. Ce sont des biscuits, des fruits et des stylos qui partent dans les mains de ces jeunes Indiens qui préfèrent passer leur temps ainsi plutôt que d'aller s'instruire à l'école. C'est regrettable, mais nous sommes les premiers à être responsables de ce comportement. Le jour où les touristes ne donneront plus l'aumône à ces enfants alors peut-être que les relations entre touristes et Indiens dans de tels lieux seront beaucoup plus agréables et sains. D'ailleurs, les enfants d'Hampi ou de Khajuraho sont bien moins à plaindre que tous ceux des villages traversés, qui eux travaillent dur avant et après l'école pour aller chercher l'eau, garder les vaches et les soigner, et qui jamais nous auraient demandé d'argent. Une honte pour leurs parents, braves paysans travaillant dur et ne mendiant jamais. Au contraire, le cœur sur la main ils sont la représentation parfaite de la générosité.

 

Nous nous reposons trois jours à Khajuraho dans une auberge un peu à l'écart du village touristique. Nous reprendrons la route après demain pour nos trois derniers jours de vélo. Arrivés à Allahabad où nous comptons sur un accueil rotarien, nous irons en train à Varanasi avant de revenir sur nos pas pour récupérer nos vélos et les charger dans un autre train pour Delhi. Le voyage à vélo en Inde se termine donc bientôt, l'heure du bilan est bientôt arrivé ! Il restera très positif malgré tout. Ce gros mois passé à vélo a été une expérience d'une très grande richesse.

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Le livre

Que vous soyez cyclotouriste, voyageur ou sédentaire ouvert sur le monde, il y a mille et une raisons de vous réjouir de la lecture de ces Nouvelles Vagabondes.
Après plusieurs voyages en solitaire, Julien Leblay nous livre cette fois-ci le récit de son périple avec sa compagne Marion. Ne voulant se contenter de décrire le quotidien de leur voyage, il s’engage et se place résolument loin des clichés pour nous livrer avec sincérité ses impressions, que ce soit sur la vie du couple en voyage, ses préoccupations écologiques ou sur les traits culturels ou sociologiques des pays traversés.
Ce livre ne laisse pas indifférent et bouscule nos représentations exotiques du monde ; à sa lecture on découvre, on s’indigne et on s’émerveille tour à tour. Dans un style à la fois personnel et documenté, il nous offre une immersion complète, sans langue de bois, dans son voyage à vélo en couple. Il réussit finalement le pari de dresser un tableau contrasté et nuancé de cette longue aventure cyclotouriste qui ne sera probablement pas la dernière !

Cécile R.

352 pages dont 16 en couleur
Prix de vente : 20 euros

Disponible sur http://goodaventure.com

Le DVD

Julien et Marion Leblay quittent l'Auvergne en juillet 2010 pour une aventure de 22.000 kilomètres à vélo. Portés par le désir de découvertes et de rencontres, mais aussi par celui de promouvoir le don du sang, ils traversent l'ex-Yougoslavie, la Turquie, l'Iran, l'Inde, l'Asie du Sud-Est et l'Australie pour finalement arriver en Nouvelle-Zélande vingt mois plus tard.
Savoureusement pimenté, ce voyage donne le "goût d'aventure" !

Durée : 84 minutes.
Prix de vente : 15 euros

Disponible sur http://goodaventure.com
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