De l'Auvergne à la Nouvelle-Zélande 2010 (18000 km)

Une Bosnie-Herzégovine à deux visages

Bihac - Zavala photos de cette étape

du 18/08/2010 au 27/08/2010

  • nombre de km prévus : 850
  • nombre km effectifs : 614
  • temps prévu : Du 18/08 au 27/08/2010
  • temps effectif : 44 heures
première image de BosnieIMG_6716BihacUne autre mosquée à BihacIMG_6722MOsquée le long de la rivière UnaIMG_6726IMG_6731IMG_6745

Une Bosnie-Herzégovine à deux visages

L'atmosphère change dès la frontière passée. Ce ne sont pas des églises mais des mosquées qui dominent les villages. Des marchands de tapis jalonnent les rues, et les ménagères les affichent également sur les rambardes de leurs escaliers. Aujourd'hui, c'est jour de ménage. Bihac est la première ville que nous trouvons sur notre route. Pour la première fois nous ressentons la pauvreté autour de nous, sur les façades ou sur les gens. Des petits gitans viennent d'ailleurs souvent mendier alors que nous sommes assis sur la place centrale, au pied de la mosquée qui appel à la prière. Quelques minutes plus tard nous apprécions les dernières rondelles de notre saucisson d'Auvergne agrémenté d'un verre de rouge. A chacun ses croyances...

Dans la ville, nous croisons de nombreuses personnes à qui il manque une jambe ou un bras. Les mines anti-personnelles ont fait leur effet, et le mal perdure encore dans cette région à majorité musulmane. Nous sommes ici dans la fédération croato-musulmane, la région qui a le plus souffert du conflit yougoslave des années 1990.

C'est après avoir bu un café que nous quittons Annette et Pierre. Cette fois-ci nous ne les reverrons plus avant plusieurs mois, alors l'émotion est forte pour nous deux. Sur les joues de Marion coulent quelques larmes.

 

Pour effacer les peines dues à des séparations, l'expérience a fini par me donner le remède. Tout d'abord, il faut pédaler des heures durant pour penser à autre chose. C'est justement ce que nous faisons. Nous décidons de pédaler le long de la rivière Una jusqu'à Bosanjska Novo, soit plus de 100 kilomètres. Le relief plat favorise notre progression rapide et la rivière nous offre de temps et autres de belles vues sur son cours parfois agité, parfois calme. Nous traversons de nombreux villages ayant de belles mosquées surplombant la rivière. Certaines affichent encore des stigmates de la guerre, avec des trous d'obus ici ou là. Mais globalement il ressort un grand charme de ces lieux, charme qui nous enchante. Peu à peu le paysage s'uniformise, et l'alphabet cyrillique fait son apparition sur les panneaux. Nous entrons en Republika Srpska.

 

Ensuite, il convient de faire une belle rencontre. Arrivé à Bosanjska Novi, nous interpellons un berger pour lui demander où nous pourrions planter notre tente. Mirko nous invite à nous installer dans l'un de ses prés. A peine avons nous déployé la tente, qu'il revient sur sa décision. Nous serrons mieux dans la cour de sa maison. Nous déménageons, la tente sur les épaules, puis l'aidons à rentrer ses cinq brebis. Mirko ne parle pas un seul mot d'anglais, tout comme sa femme, Mira, qui nous retrouve une heure plus tard. Il parvient tout de même à nous expliquer, grâce au petit dictionnaire que nous possédons, qu'il était couturier de métier. Mais la guerre est passé par là et il a perdu son travail. Il ne lui reste plus que 4 brebis et un bélier. Ce couple est très sympathique et paternels. Mira nous offre pommes, tomates et courgettes ; lui ouvre une bouteille de vin. Mais sa femme m'affirme qu'il ne boit pas de vin, car il est diabétique. Il confirme d'un hochement de tête. Alors Marion et moi buvons à la santé de nos hôtes. Lorsque nous expliquons notre voyage à Mirko, il s'étonne que nous allions jusqu'à Mostar, Nis, Sofia. Istanbul ? Il n'en croit pas ses yeux. Et lorsque nous lui disons que nous souhaitons aller jusqu'en Iran, alors il se prend la tête, heureux de nous avoir rencontré mais déjà triste de nous savoir perdus ! Mais pour que nous arrivions là-bas sains et saufs, il nous conseille de nous méfier de la région de Sarajevo et Mostar, en fédération croato musulmane. Ce sont des voleurs, garde à vous. Notre serbe ne semble pas apprécier ses voisins musulmans... A la fin du repas, Mira s'en va faire la vaisselle, accompagnée de Marion. Mirko en profite pour se servir un grand verre de vin et le boire cul sec.

- Et ton diabète Mirko ?

- Bah, c'est pas grave... J'aime trop ça !

 

Nous les quitterons finalement le lendemain matin après un café et un plat de champignons. Cette rencontre nous a fait le plus grand bien. La tristesse du matin a été effacée par l'élan du voyage. Fidèle à lui même, il nous offre des rencontres après chaque séparation. Ainsi en est-il de la vie de cyclonomade, contraint bon gré malgré de faire ses adieux pour aller à la rencontre d'autres personnes, qu'il devra elles aussi quitter...

 

La journée qui suit est assez similaire à la précédente, avec 100 kilomètres effectués pour rejoindre Banja Luka où Bérengère (que l'on ne présente plus dans les Voyageurs au grand Coeur) nous attend. Nous suivons encore quelques temps l'Una. Nous sommes agréablement surpris de voire une Bosnie en pleine reconstruction. Les magasins de construction, décoration extérieur et intérieur, ameublement, etc, fleurissent dans toutes les villes. Les bosniens sont attelés à reconstruire leur maison, et la gaité est à l'ordre du jour. Ils peignent leurs maisons de couleurs vives : jaune, rose, bleu, vert, orange, comme pour oublier les années noires de la guerre. Mais pourtant, le cimetière près de la mosquée de Kamicani est là pour rappeler le génocide des années 1990. Des centaines de tombes sont alignées en rangs serrés et portent inscrits les noms des victimes, toutes assassinées en 1992. Certaines maisons ne seront également pas reconstruites. Leur propriétaire a fui ou est disparu ; leurs maisons tombent peu à peu en ruine. Parfois aussi il nous est possible de voir le panneau rouge indiquant des terrains minés. Il reste encore beaucoup à faire pour que tout cela disparaisse et les façades colorées ne sont peut-être, justement, que des façades.

 

Bérengère nous accueille chez elle avec son ami Daniel, hollandais. Elle travaille toujours au centre culturel français et a une fois de plus organisé notre arrivée dans sa ville. Le lendemain, nous retrouvons ainsi Jurgo de la Croix rouge et les responsables du don du sang à Banja Luka. Je les avais rencontré il y a quatre ans, et ils affichent toujours le même enthousiasme. A l'image de la Bosnie que nous avons vu jusqu'ici, le centre de transfusion est flambant neuf. Il a été inauguré il y a un mois. Ils sont alors fiers de montrer comment la Bosnie avance. Jurgo me fait remarquer que j'ai une fort jolie petite amie. J'avais oublié combien cet homme volubile était perspicace !

Une conférence de presse est organisée. Sont présents une télévision, un journal et une radio nationaux. Enfin, entendons "national" "Republika Srpska. Car la Bosnie est divisée en deux régions, et chacune d'elles fonctionne de façon totalement indépendante. Ainsi, les responsables du don du sang nous expliquent leur fonctionnement en Republika Srpska, mais sont bien incapables de nous parler de la fédération croato musulmane. C'est un autre pays, ce qu'ils font ne les regarde pas. Comme en Slovénie, le don du sang est géré par deux structures; D'une part la Croix rouge qui fait la communication et appel les donneurs ; d'autre part le centre de transfusion qui collecte, teste et redistribue le sang. Nous rencontrons aussi des deux plus grands donneurs de la région, qui comptabilisent à eux deux pas moins de 300 dons. Jurgo nous dit que ces deux hommes n'ont pas de travail, et pourtant ils donnent leur sang le plus possible. La société est ainsi faite, et ne récompense pas les humanistes conclue-t-il. En Repblika Srpska, il faudrait que 3% de la population donne son sang pour subvenir à tous les besoins. Or, il n'y a que 2%. Cela a pour conséquence de retarder toutes les opérations qui ne sont pas classées comme urgentes. Dans ce cas précis, si une personne nécessite du sang pour une opération, on lui demande de faire appel à la famille. Ses amis, frères et soeurs, parents, etc. se déplacent au centre de transfusion en son nom. Lorsque la personne a ainsi pu collecter suffisamment de sang, alors elle peut être opérée. Le don du sang est bénévole, mais les donneurs se voient attribués deux jours de congés. Ils ont également des soins médicaux gratuits. Nous sommes dans une période de transition et le centre de transfusion voudrait que tous ces avantages soient supprimés pour que le don du sang soit vraiment bénévole et n'apporte plus de privilèges qui vont à l'encontre de la sécurité. Enfin, 80% des donneurs sont des hommes, généralement issus de la classe ouvrière. Les "intellectuels", selon Jurgo, ne donnent pas leur sang ou très peu.

Je demande à la responsable du don du sang si elle pense qu'un jour il y aura une structure nationale, qui englobe les deux régions de la Bosnie. Qui peut le savoir me répond t-elle. Il est vrai que pour nous cette situation peut paraitre étrange et elle est difficile à comprendre. En réalité, seuls les bosniens peuvent comprendre toute les subtilités du pays, ou peut-être aussi nos voisins belges, puisque la situation pourrait être apparentée à celle que l'on trouve chez nos voisins, les mines et les larmes en moins.

 

Bérengère et Daniel nous accompagnent pour les deux jours suivants. Ensemble nous quittons Banja Luka pour rouler dans le canyon de Vrbas, qui a accueilli en 2009 les championnats du monde de rafting. Ce profond canyon nous rappel les gorges de l'Ardèche, avec les falaises de calcaire abruptes et de grands méandres langoureux. Après Jajce, jolie petite ville candidate pour faire partie du patrimoine mondial de l'Unesco, nous poursuivons notre route sur le plateau de Vitorog Kupreska polje. A plus de 1000 mètres d'altitude, nous découvrons un paysage ouvert d'une beauté saisissante. Les villages et leurs églises sont soignés, les prairies alentours également. Nous sommes apaisés par l'atmosphère qui règne sur ces hauteurs. Après Semenovci, nous entrons en fédération croato musulmane. Un drapeau croate flotte sous le toit d'une maison neuve. Autour, tout n'est que ruines. Fenêtres, portes, toits sont inexistants. Souvent le premier étage a disparu. Parfois subsistent encore les cheminées, qui nous font penser à d'autres génocides. L'atmosphère est plus glauque malgré le fait que nous soyons sur le même plateau.

 

Nous arrivons finalement à Kupres à 16h45. Au pied de la mosquée, des squelettes de maison restent insensibles à l'appel du muzzin. C'est ici que Bérengère et Daniel nous quittent pour retourner à Banja Luka; Sitôt les adieux effectués, nous suivons un groupe d'adolescents qui nous ont promis un beau lieu de bivouac, à 7km de là. Nous les suivons ainsi jusqu'à Kukavice. Dans un décor de ruines se trouve un petit coin de paradis. Nous passons la nuit loin des hommes, alors qu'à quelques mètres de nous des ruines pleurent les habitants d'antan.

 

Le lendemain nous descendons jusqu'à Tomislavgrad. Nous quittons dans un premier temps le plateau et la station de ski de Kupres pour plonger 200 mètres plus bas dans le plateau de Duvanjsko. A Tomislavgrad, nous nous réfugions dans un café pour y trouver un rafraichissement. Sado semble être un habitué des lieux, et nous souhaite la bienvenue. La trentaine, plutôt costaud, nous explique dans un anglais parfait qu'il a passé plusieurs années en Allemagne, France et Suisse. Il a beaucoup aimé cette partie de l'Europe. Tellement bien qu'il y a fait un séjour en prison. Mais cela ne semble pas l'avoir traumatisé, et il nous offre deux verres de limonade au citron. Avant de partir dans sa décapotable, il nous donne son numéro de téléphone, au cas où on ai le moindre soucis en Bosnie.

C'est pour nous le début d'une longue galère. Si la route est goudronnée et plate jusqu'à Lipa, arrive ensuite une longue montée sur une piste. Nous devons pousser notre vélo sur plusieurs kilomètres pour gravir les 400 mètres de dénivelé nous permettant d'arriver dans la montagne de Cvrsnica. Après avoir passé le col à 1280 mètres d'altitude, nous découvrons le lac de Blidinje. C'est comme si d'un coup nous avions parcouru 10 000 kilomètres et qu'on avait été transporté ailleurs, loin. Le bleu du lac lisse tranche avec la montagne quasi nue dont il lèche les pieds et dont seuls quelques pins protègent du soleil brulant. Les collines alentours sont creusées par quelques ravines et le tout donne une impression d'une très forte aridité. Nous arrivons ici par une piste de tôle ondulée, et avons encore l'impression d'être au milieu de nulle part, loin de l'humanité, quelque part perché dans un plateau mystérieux. Il y a bien un village avec sa poignée de maisons et son église, mais ils se confondent avec le paysage et ne semblent pas exister. Nous reverrons peut-être ce paysage plus loin, au pied de l'Himalaya ou en Mongolie qui sait. Mais en Bosnie-Herzégovine, à seulement 120 mètres d'altitude, cette vision était tout à fait irréelle et nous enchante. On s'attend à ce que les paysans aient les yeux bridés, les cheveux bruns sombres, la peau mate et qu'ils nous offrent un thé au beurre de yach. Mais lorsque nous demandons à un vieillard le chemin pour atteindre le lac, il demande à sa fille, Teresa, de venir nous l'expliquer en anglais. A l'appel de son nom nous revenons à la réalité. Nous ne sommes pas encore partis si loin, nous sommes bel et bien au coeur de l'Europe. Nous passerons le reste de la soirée à profiter de ce lieu de bivouac incroyable. Nous avons posé notre tente sur les berges du lac qui est moins propre que ce qu'il est beau. Avant de disparaître derrière le col que nous avons franchi, le soleil embrase la montagne, notre protectrice pour la nuit, qui se dote alors d'une belle robe de soirée rosâtre.

 

Les jours se suivent et se ressemblent parfois. Nous pensions avoir fait le plus difficile en atteignant le lac de Blidinje. Et pourtant, la route continue de monter dans un décor encore une fois surréaliste; Nous dominons le plateau que nous avions traversé hier et le contournons vers le sud. Suit une agréable descente sur Poklecani. Là, nous demandons notre route pour Mostar. Plusieurs personnes sont là pour nous répondre et ne semblent pas être d'accord. Certains nous disent de filer d'abord vers l'ouest pour retrouver la route principale. D'autres nous disent que vers l'est, ça devrait passer à vélo. La route n'est pas trop mauvaise. Nous optons alors pour cette alternative, qui nous fait faire 25 kilomètres de moins. Après quelques kilomètres nous arrivons au pied d'un mur. La piste est pire que tout. Les tracteurs qui l'empruntent roulent au pas, brinquebalés par les nombreux chaos. La pente est raide, et nous devons parfois être deux pour pousser les vélos un à un. Nous croisons quelques bucherons, coupant quelques hêtres qu'ils revendront plus bas, à Siroki Brileg notamment. C'est au terme d'un laborieux effort que nous arrivons à près de 1400 mètres d'altitude. La descente suit, tout aussi chaotique. Finalement nous arrivons sur une portion goudronnée et arrivons à Siroki Brijeg sous une chaleur torride. Mostar n'est plus qu'à une vingtaine de kilomètres, que nous effectuons sans trop de peine comparée au reste de la journée. Là, nous optons pour le confort d'une chambre climatisée, que nous obtenons pour 26 euros (le prix d'un camping à Bolzano pour rappel !).

 

Il est 9h00 du matin lorsque nous quittons notre chambre pour profiter du centre de Mostar à pied. La ville se lève tout juste. Certains commerçants ont déjà sorti leur étalage de babioles et attendent les touristes en discutant avec leurs voisins. Les restaurateurs préparent leurs terrasses à grands jets d'eau. Les pavets de Mostar doivent être propre pour recevoir les cars de touristes italiens. Nous traversons le vieux pont, celui là même qui fut détruit en novembre 1993 puis reconstruit quelques années après. Hier, nous y étions passé à 16h00, il était bondé. Ce matin nous sommes seuls à en apprécier la beauté. Nous préparons notre muesli sur la plage bétonnée, là où des vestiges de l'ancien pont sont échoués. Il est 10h30 lorsque nous voyons passer la première mendiante avec dans ses bras un enfant. Les touristes ne devraient plus tarder. Dix minutes plus tard, le premier car arrive. Ce sont souvent des italiens, partis de chez eux en ferry jusqu'à Dubrovnik. De là ils font une excursion d'une journée à Mostar. Ils viennent par milliers chaque jours et font le bonheur des bosniens, ou du moins des commerçants. D'ailleurs la mendiante, une gitane, connait quelques phrases d'italien, suffisante pour avoir quelques sous. Il ne faudra plus longtemps pour que les plongeurs viennent à leur tour se donner en spectacle moyennant quelques euros.

 

Le temps de récupérer nos bagages dans notre chambre, il est 11h00 lorsque nous quittons la ville pour Stolac. Nous faisons quelques détours dans Mostar pour avoir une autre vision que le centre rénové. Même si de nombreux travaux ont eu lieu et perdurent, la ville affiche encore des séquelles de la guerre. De nombreux bâtiments ne sont que squelettes, dépecés de toute dignité, criblés d'impacts de balles ou d'obus. Mais à la vue du travail effectué, nous pouvons espérer que d'ici quelques années, une dizaine peut-être, la ville aura effacé ses séquelles et fait peau neuve. Cela ne veut pas dire qu'elle aura oublié ce qui s'est passé ici. Sur deux pierres autour du pont nous pouvons lire « don 't forget ».

 

11heures n'est pas vraiment la meilleure heure pour pédaler en Herzégovine. Lorsque nous débutons la montée après Buna, il est 12h30 et le thermomètre affiche 44 degrés. Les 6 kilomètres de montée se font dans la douleur. La chaleur nous coupe la voix, nous peinons à respirer et pourtant nous devons avancer. Il nous faut plus d'une heure pour arriver au sommet de cette montée dont le pourcentage est digne des cols ds dolomites, la distance en moins, la chaleur en plus. Les 25 kilomètres restants se font dans un décor triste. Les vastes étendues que nous traversons sont abandonnés à leur sort ; certains sont en phase de déminage et pourront être exploités à l'avenir. Quoi que, vue la chaleur ambiante, il n'est pas sûr qu'ils soient utilisables pour quoi que ce soit. Des villages affichent un certain renouveau, d'autres sont en pleine construction et ne montrent que des parpaings. C'est ainsi que nous arrivons à Stolac. Stolac est une jolie petite ville qui a malheureusement beaucoup souffert de la guerre. J'y était passé il y a quatre ans et là encore je constate que certains bâtiments ont été rénovés. Je retrouve la même ambiance, avec les même jeunes souriants. Mais cette fois-ci nous n'irons pas vers eux, trop pressés de nous installer pour notre bivouac; Nous retrouvons la même berge où j'avais bivouaqué en 2006. J'avais gardé le souvenir d'une rivière relativement chaude. Elle est aujourd'hui bien plus fraîche qu'espéré. Mais après cette journée on ne peut plus chaude, nos corps s'y baignent avec bonheur.

 

Pour ne pas réitérer la même erreur deux jours d'affilé, nous nous levons à 5h00 du matin et quittons notre havre de paix une heure et demie plus tard. Généralement nous nous préparons et déjeunons en une heure le matin, mais le réveil très matinal ralenti quelque peu notre organisation. La première montée se fait dans une fraicheur toute relative. Il fait déjà plus de trente degrés lorsque nous arrivons à Ljubinje. C'est ici notre dernier village bosnien, où nous dépensons donc nos derniers marks. Un peu plus loin, nous rejoignons la plaine de Popovo, drainée par une rivière mystérieuse. A Trebisnijica prend sa source dans le lac de Bilecko, au sud de Bileca, et se termine dans un autre lac plus à l'ouest, près d'Hutovo. Elle ne rejoindra donc jamais la mer. Canalisée dans un serpent en béton, elle est utilisée et polluée par l'irrigation de fruitiers tels que des pommiers ou cerisiers. A Ravno, nous avons une vue dégagée sur cette large plaine agricole, oasis lové dans une plaine artificielle, qui contraste tant avec le désert alentour.

 

Alors que nous remplissons nos gourdes à Ravno, on nous dit que la frontière est sûrement fermée aux étrangers. Nous le craignions mais tentons tout de même notre chance, espérant secrètement que, la chaleur aidant, les douaniers soient occupés à faire la sieste. Les villages suivants offrent au voyageur le plus triste visage de la Bosnie. Les maisons sont éventrées, dévastées et les villages vidés de toute population. Nous aurions voulu quitter la Bosnie avec des images plus belles que celles-ci, malheureusement ce sont elles qui nourriront nos pensées jusqu'à la frontière. Perdu dans cette montagne aride, le poste frontière se fait discret, tout comme nous. Les barrières sont descendues, mais laissent la place à deux cyclovoyageurs de passer. C'est ce que nous faisons discrètement sans que le douanier ne nous voit. Nous voilà donc en Croatie, sans vraiment savoir si cette frontière est accessible aux étrangers ou non. Quelques mètres plus loin, la mer adriatique se déploie devant nous. Le changement de décor est radical. Loin du village dévasté de Zavala, Slano affiche un luxueux hôtel 5 étoiles et de belles plages de gravier. Assis sur l'une d'entre elles, nous levons les yeux vers la montagne en nous disant que, quelques minutes auparavant, nous étions dans un autre monde...





Le livre

Que vous soyez cyclotouriste, voyageur ou sédentaire ouvert sur le monde, il y a mille et une raisons de vous réjouir de la lecture de ces Nouvelles Vagabondes.
Après plusieurs voyages en solitaire, Julien Leblay nous livre cette fois-ci le récit de son périple avec sa compagne Marion. Ne voulant se contenter de décrire le quotidien de leur voyage, il s’engage et se place résolument loin des clichés pour nous livrer avec sincérité ses impressions, que ce soit sur la vie du couple en voyage, ses préoccupations écologiques ou sur les traits culturels ou sociologiques des pays traversés.
Ce livre ne laisse pas indifférent et bouscule nos représentations exotiques du monde ; à sa lecture on découvre, on s’indigne et on s’émerveille tour à tour. Dans un style à la fois personnel et documenté, il nous offre une immersion complète, sans langue de bois, dans son voyage à vélo en couple. Il réussit finalement le pari de dresser un tableau contrasté et nuancé de cette longue aventure cyclotouriste qui ne sera probablement pas la dernière !

Cécile R.

352 pages dont 16 en couleur
Prix de vente : 20 euros

Disponible sur http://goodaventure.com

Le DVD

Julien et Marion Leblay quittent l'Auvergne en juillet 2010 pour une aventure de 22.000 kilomètres à vélo. Portés par le désir de découvertes et de rencontres, mais aussi par celui de promouvoir le don du sang, ils traversent l'ex-Yougoslavie, la Turquie, l'Iran, l'Inde, l'Asie du Sud-Est et l'Australie pour finalement arriver en Nouvelle-Zélande vingt mois plus tard.
Savoureusement pimenté, ce voyage donne le "goût d'aventure" !

Durée : 84 minutes.
Prix de vente : 15 euros

Disponible sur http://goodaventure.com
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