Balkans - Carpates 2007 (4054 km)

Difficile entrée en Albanie

Prizren - Fushe Arrez photos de cette étape

le 14/07/2007

  • nombre de km prévus : 100
  • nombre km effectifs : 108
  • temps prévu : 6h00
  • temps effectif : 8h40
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Difficile entrée en Albanie

Skender et Ismet nous accompagnent jusqu'à la frontière. La séparation se veut très fraternelle. Ils ont été des hôtes d'une extrême gentillesse, se sont occupés de tout notre passage au Kosovo et ont organisé cela à merveille. Si notre passage au Kosovo est un excellent souvenir, c'est en grande partie grâce à eux. Certes, le fait que tout ait été organisé de la sorte ne nous a pas permis d'avoir "d'aventure" ici, mais cela n'en fait pas pour autant un moins bon souvenir. Avant de nous quitter, ils nous mettent en garde une dernière fois contre la dangerosité de la conduite albanaise et le mauvais état de leurs routes.

La frontière kosovar passée, Sophie s'apercoit qu'elle a oublié ses bagages dans la voiture de Skender. Nosu retraversons la frontière à vive allure sous le regard surpris des officiers. Nos hôtes sont toujours là, pour notre plus grand bonheur.

On nous demande 10 euros de taxe à la frontière albanaise. C'est ce que chaque étranger doit s'acquitter en rentrant dans ce pays.
La frontière est située dans une région de moyenne montagne, entre un versant de montagne boisée et une autre plus rocailleux. Les couches sédimentaires se dessinent sur ce dernier avec une parfaite régularité.

Tout comme le Kosovo, nous découvrons un pays en travaux. Ce ne sont pas des maisons que l'on construit mais un grand axe routier qui permettra de relier le Kosovo a Durres, le plus grand port d'Albanie situe pres de Tirana. Les travaux ont débuté il y a un an et devraient durer encore trois annees. La route est defoncee et nous avancons peniblement qlors que le soleil tape déjà très fort en cette matinée. Le paysage est desole, sans arbre pour nous faire de l'ombre. L'Albanie s'annoncait montagneuse et rocailleuse : elle l'est !

\Les albanais nous apparaissent sympathiques. Alors que nosu sommes arrêtés dans une montée, un chauffeur nous demande si nous avons besoin d'aide. Plus loin, un conducteur de pelle mécanique nous salue avec véhémence. Mais notre vraie première rencontre avec les albanais, nous l'avons une dizaine de kilomètres après la frontière. Deux enfants gardant des vaches nous interpellent. La discussion se déroule parfaitement bien, amicale. Mais dès que nous les quittons ils nous demandent avec insistance de l'argent : "mon ami, donne moi de l'argent, j'ai trop faim je dois manger". Cette première rencontre me refroidit considérablement. L'entrée à Kules est sur le même ton. Des enfants nous demandent des euros en rentrant dans la ville., Nous passons rapidement sans les regarder. Nous nous arrêtons dans une petit parc pour déjeuner. Une enfant nous suit avec un grand couteau, trois autres s'installent à quatre mètres de nous sans bouger ni parler. Sophie a l'impression d'être un animal dans un zoo. Seule la présence de vieux, près de nous nous rassure. Nous ne nous attardons pas au déjeuner et quittons cette ville austère comme nous l'avons gagne. Des enfants nous courent après en nous quemandant, d'autres s'accrochent aux voitures venant en face pour avoir quelques pièces.

La route qui suit se perd dans la montagne. Elle serpente en une longue montée dqns une univers pâle, dominé par une montagne à notre gauche entaillée par de profondes ravines. La chaleur nous assaille. Sophie éprouve de grosses difficultés du fait de la chaleur de la montée. Ses genoux et son estomac la font souffrir. Va-t-elle vomir ?

Après Kossh, nous voyons la route se perdre dans d'interminables lacets. Là haut, tout là haut, des véhicules nous montrent la voie. La route est désespérante, la chaleur accablante. Même l'eau des rivières, rares, ne peut nous raffraichir, pas assez fraiche pour nos corps brules.

Le sol est peu à peu couvert par une forêt de frênes, chênes et chataigniers ne dépassant pas trois mètres de haut. Le chant des cigales nous accompagne, signe de la chaleur et de l'aridité. Tout au long de la montée, alors que Sophie doit souvent pousser le vélo, les automobilistes nous saluent et nous regardent hébétés. Pour sûr, nous sommes fous !

Nous n'avons pas pris de nourriture à Kukes car nous ne voulions pas nous y attarder et nous pensions en trouver plus loin. Erreur. Nos ventres crient famine et les sacoches sont vides. Il nous faut pédaler pour nous ravitailler alors qu'il nous faudrait au contraire manger pour pouvoir pédaler...

Derrière nous le Kosovo se perd dans la brume. Devant nous le Monténégro se dresse. Je comprend d'avantage la spécificité de ce pays dont les montagnes font une tête de plus que leurs voisines.

Après vingt kilomètres de montée nous sommes enfin récompensés par une descente. Mais seulement deux kilomètres après nous voyons déjà se dessiner la prochaine montée. Car ce que nous venons de gravir n'est qu'un encas, une petite friandise avant le plat principal. Deux nouveaux cols nous attendent qui, eux, sont notés sur la carte...

8 km de descente vertigineuse, puis nous descendons tous deux de vélo. La pente est raide, les lacets nombreux. Des jeunes albanais nous crient après nous disant que nous sommes complètement fous de monter à l'assaut de cette montagne. Ils nous font signe de les rejoindre. Peu rassurés par les premières rencontres avec les albanais nous poursuivons notre route sans nous préoccuper d'eux. Il est 17h00 lorsque nous débutons cette nouvelle ascension. La seule consolation de cette longue journée est l'ombre apportée par la montagne.. Nos ventres sont toujours vides, nous n'avons rien trouvé pour nous ravitailler à Shemin comme nous l'espérions.

Alors que la faim nous assaille sans relache, nous regrettons de ne pas avoir ne serais ce qu'un paquet de pâtes. Nous pourrions alors nous installer confortablement dans un bunker. Nous imaginons même un plan de développement touristique : séjour en pension complète dans un bunker avec vue sur la montagne albanaise. L'investissement est minime car les bâtiments sont déjà construits. Les travaux de maintenance infimes car ils sont garantis indestructibles. Ils ont été construits sour les ordres d'Enver Hoxha qui mena une dictature communiste de 1945 a 1985. Il se mit en tête de vouloir protéger l'Albanie contre les ennemis voisins en construisant des milliers de Bunkers et en les mettant partout dans le pays. Alors qu'aujourd'hui vous pouvez voir tous ces bunkers construits en bétons armés tels des champignons. Indestructibles au grand dam des albanais qui voudraient se débarasser de toute trace de cette dictature communiste menée pendant plus de 4 ans ici, et tombée après la chute du mur de Berlin.\

C'est avec ces pensées que nous arrivons au terme de cette montée de 9 km. Encore une descente (4 km) puis une nouvelle montée. La montée de trop. Jusque là, Sophie a fait preuve d'un courage exemplaire. Elle n'a jamais gémi malgré la fatigue, la chaleur, le mal de genoux, la faim et mes mauvaises plaisanteries du genre :" allez, plus que 60 km de montée !". Elle a même refusé les avances d'automobilistes complaisants qui voulaient l'aider en l'amenant en voiture jusqu'au sommet. Mais là, après 93 km d'effort ininterrompue, la vue sur la route à venir dans les hauteurs a raison de son moral. L'heure n'est plus au sourire mais au désespoir. J'ai beau lui mentir en lui disant que nous n'avons pas à grimper la côte qui s'annonce, la desillusion est encore plus forte lorsqu 'elle se rend compte qu'il n'y a aucun autre échapatoir que celui de grimper, encore et toujours.

Malgré tout, courageuse comme à son habitude, elle vient à bout de cet ultime effort, et après 100 km elle se voit offir la descente, la dernière de la journée. Nous trouverons un hôtel 8 km après. Nous avons juste le temps de mettre les vélos au garage que la nuit tombe. C'était une longue journée dans la montagne albanaise. Une journée commencée 14 heures plus tôt...

La journée a été marquée par nos premiéres rencontres qui ne nous ont pas rassurés sur le peuple albanais. Cette mauvaise impression avait confirmé les dires des kosovars par rapport au nord de l'Albanie. Malheureusement, passé Kukes, les albanais se sont avérés bien moins opressants. trois personnes se sont arretés auprès de Sohie pour lui venir en aide, les enfants gardant les vaches ou vendant des fleurs ne nous ont jamais rien demandé. Les albanais apparaissent donc charmants, sauf à la frontière Kosovar, dans cette partie de l'Albanie reculée, située à seulenment 150 km de Shkodar mais à 6 heures de voiture...