De l'Auvergne à la Nouvelle-Zélande 2010 (18000 km)

Volcans javanais

Malang - Bali (île de) photos de cette étape

du 06/07/2011 au 13/07/2011

  • nombre de km prévus : 400
  • nombre km effectifs : 397
  • temps prévu : 26 heures
  • temps effectif : Du 6 au 13 juillet 2011
Surprise au réveil !Notre tenue pour affronter la circulation javanaiseLe mont BromoIMG_0088Julien l'aventurierIMG_0090IMG_0091IMG_0092

Volcans javanais

Après nos péripéties ferry vélo train, nous ne pensions passer qu'une nuit à Malang avant de reprendre la route. C'était sans compter sur une mauvaise réaction cutanée de Marion qui se réveille avec la gueule de bois, ou plutôt un oeil difforme. Elle a du se faire marcher sur la tête par des insectes durant la nuit et il lui est impossible d'ouvrir l'oeil au matin. C'est à l'hôpital le plus proche que nous nous rendons. Avec Marion accrochée à mon bras, je dois avouer que je ne suis pas bien fier de l'image que nous renvoyons aux passants : un jeune homme accompagnant à l'hosto sa femme battue par ses propres soins. Pourtant, il est à parier que certains indonésiens devaient penser que j'avais de la chance d'avoir une femme telle que la mienne, soumise mais encore souriante...

 

Finalement Marion ayant perdu ses allures de Casimodo le lendemain, nous nous dirigeons vers le parc national de Bromo, tout proche. Enfin, pas tout a fait. Il nous faut pédaler 100 kilomètres avant d'arriver au pied de la montée. Là, nous faisons à nouveau du stop pour gravir les 30 derniers kilomètres. L'Indonésien qui nous fait grimper dans son pick up ne parle pas un mot d'anglais alors nous approfondissons notre indonésien. Arrivés au sommet, nous lui tendons quelques billets qu'il empoche de bonne grâce. L'Indonésie est le pays qui compte le plus grand nombre de musulmans au monde. Mais ce n'est pas du tout le même Islam auquel nous étions habitués au Moyen Orient. Nous avions fait du stop par deux fois en Turquie et en Iran, et jamais les turcs ou les iraniens n'avaient accepté notre argent. Au contraire, ils nous avaient invité à boire un thé et l'un d'entre eux avait même fait un détour pour nous avancer. Ici, en Indonésie, tout argent est bon à prendre, surtout de la part de « boulet », d'étrangers occidentaux. Depuis notre arrivée en Indonésie nous devons nous battre chaque jour pour avoir un prix « normal », négocier chaque repas, chaque nuit, chaque achat de fruit, chaque consommation. Et lorsque nous tendons nos billets à notre chauffeur en guise de remerciement, il les empoche avec empressement et nous l'entendons rigoler un peu plus loin. Peut-être avons-nous trop donné et lui rit de notre naïveté.

 

Le parc national de Bromo est un site phare de Java. Si des milliers de touristes viennent ici, c'est pour admirer le volcan actif de Bromo, qui crache à longueur de journée des volutes de cendres. A des kilomètres à la ronde, la terre est recouverte de la cendre qui tombe quotidiennement. Au fond d'une gigantesque caldera, nous pouvons admirer dès notre arrivée les nuages de cendre sortir du cratère vrombissant. Le spectacle est fascinant. Il l'est d'avantage encore lorsque nous nous approchons du cratère le lendemain après-midi. Accompagnés par deux touristes belges, nous effectuons une heure de marche à travers la caldera pour arriver au bord du cratère. Les phénomènes volcaniques m'ont tout le temps fasciné mais je n'avais pourtant jamais eu l'occasion de voir un volcan en éruption. Auvergnat d'adoption, j'ai toujours vécu au milieu des volcans. J'ai également pu en admirer de très beaux spécimens au Pérou ou en Bolivie, mais jamais je ne m'étais approché d'un cratère encore « vivant ». La gueule béante du Bromo donne des frissons dans le dos et nous restons de longues minutes à écouter sa respiration saccadée et à admirer ses crachats de cendres.

 

Le lendemain, toujours accompagnés de nos deux amies belges, nous nous levons à 3h00 du matin et partons quelques minutes plus tard pour une balade jusqu'à un point de vue dominant le site. La première partie se fait sur une route asphaltée. Il fait encore nuit mais nous nous faisons doubler par des dizaines de cavaliers et leurs montures rachitiques. Ils se rendent au bout de la route, là où vont arriver des touristes par dizaines un peu avant le lever du jour. Les Indonésiens étant très feignants, ils descendront de leur 4*4 pour monter à cheval les quelques dizaines de mètres suivants. Finalement ils devront finir les derniers mètres d'ascension à pied pour arriver au « view point » d'où on peut voir le volcan de Bromo et ses voisins sortir de la nuit... Mais nous sommes bien loin lorsque les touristes arrivent. Nous avons dépassé le « view point » sans nous arrêter et nous avons continué à grimper plus haut, là où nous sommes sûr qu'aucun indonésien ne vienne. Nous nous élevons au rythme de nos pas alors qu'en bas nous voyons arriver les 4*4 en file indienne. Leurs phares transpercent la nuit et dessinent le tracé que nous avons parcouru à pied une heure plus tôt.

Une plateforme nous accueille 300 mètres plus haut. Nous sommes six occidentaux à admirer en silence le lever du soleil alors que plus bas ils sont plus d'une centaine à crier leur joie. Peu à peu le soleil lève le voile, la nuit disparaît, et les volcans nous apparaissent. Leur pied est caché par un drap de brume quelque peu transparent. Du Bromo, nous ne voyons que la cendre transpercer les nuages. Autour, plusieurs volcans se dressent avec grandeur, cônes parfaits, source de notre contentement. Le temps pour nous de savourer la vue, les touristes se dispersent plus bas, à pied, à cheval puis en voiture. Le view point est à nouveau désert lorsque nous y revenons.

 

Après le Bromo, nous décidons de nous rendre au Ijan cratère. Après une longue descente, nous nous perdons sur des petites routes puis arrivons après deux jours à Bondowoso. En chemin, nous avons pris le temps de nous énerver contre des Indonésiens. Comme prévu, leur comportement irrespectueux envers Marion nous gâche quelque peu le voyage. Cette fois-ci, nous avons eu à faire à un con (je cherche un autre terme, en vain) qui, voulant prendre Marion en photo, n'a rien trouvé de mieux que de nous envoyer dans le fossé avec son gros 4*4 (de con). Alors qu'il envoie un dernier baiser à Marion, je lui envoie mon poing dans la figure. Malheureusement je ne fais pas mouche et je m'en veux le reste du parcours.

 

A Bondowoso, la route s'avère pentue et en mauvais état jusqu'au cratère. Nous décidons de prendre un minibus. Encore une fois, on nous annonce un prix démesuré par rapport à ce que paient les locaux. Nous négocions et parvenons à le faire diminuer un peu. Nous payons tout de même le double. Le minibus comportant une douzaine de places assises, nous nous entassons à 25 au fil des arrêts. Cependant, Marion et moi ayant payé pour quatre, nous gardons nos positions et ne lâchons pas une demie fesse sur notre territoire durement acquis. N'en déplaise aux autres passagers qui doivent penser que nous prenons bien trop de place. Qu'ils se plaignent au chauffeur ; je ne lâcherais un bout de siège contre les 20.000 roupies que nous avons payé en trop. Personne ne se plaindra. Certes me direz-vous, cela ne fait qu'un euro et cinquante centimes. Mais c'est surtout une question de principes.

 

Comme promis, la route est pentue et en mauvais état. Nous arrivons à Sempol après presque trois heures de trajet. Ce que nous ne savions pas, c'est que cette petite bourgade, encerclée de plantations de café, ne se situe qu'à mi dénivelé entre Bondowoso et le cratère d'Ijan. A nouveau sur nos vélos, il nous faudra trois heures de gros efforts pour arriver au pied du cratère. A plus de 1800 mètres d'altitude, il fait enfin frais et nous plantons notre tente avec satisfaction.

 

Cet endroit a été rendu célèbre, à en croire le nombre de visiteurs français, par Nicolas Hulot. En dehors du paysage remarquable qu'offre le cratère, c'est aussi pour relater le travail des mineurs que le documentaliste était venu faire un reportage, en hélicoptère nous précise-t-on, il y a quelques années. Au fond du cratère Ijan repose un lac vert émeraude. À son extrémité est, un gisement de souffre fait le bonheur, ou peut-être le malheur, d'environ 300 mineurs. Ils se lèvent chaque jour à 3heures du matin pour arracher à la montagne ce minerai jaune. Une fois leur besace chargée de 80 kilos de souffre, ils remontent à pied le cratère enfumé, puis redescendent au niveau de la route où la pesée est effectuée. Ils reçoivent alors leur paiement : environ 5 centimes d'euro le kilo, une misère au vue de l'effort fourni et de la dangerosité de ce travail. Pourtant, s'ils effectuent le trajet deux fois par jour, cela leur fait un salaire mensuel de plus de 200 euros. Un bon salaire pour l'Indonésie.

 

Il est 3h30 lorsque nous nous lançons à notre tour à l'assaut du cratère. Sur le chemin nous doublons un mineur escorté de touristes Indonésiens. A 2000 mètres d'altitude se trouve le campement des mineurs. Plusieurs dorment ici pour pouvoir commencer leur journée au plus tôt. D'ailleurs à partir de là nous en croisons plusieurs avec leur fardeau sur l'épaule, avançant au rythme des grincements de leurs paniers. L'odeur de soufre est très forte lorsque nous arrivons au niveau du cratère. Alors que le chemin des mineurs plonge dan les ténèbres, nous poursuivons sur les hauteurs pour échapper au nuage de souffre et pour admirer le site d'en haut. Seulement le soleil met du temps à venir, bloqué par d'épais nuages. Il nous faut attendre plus de deux heures avant de voir la brume se dissiper. Le site est de toute beauté. Le lac vert émeraude est encerclé par des parois abruptes. A son extrémité ouest, d'épaisses fumées sortent de la terre et montrent l'emplacement du gisement de souffre. Lorsque nous redescendons près du chemin, nous voulons à notre tour descendre au fond du cratère, mais l'épais nuage de souffre nous en dissuade très rapidement. Nous distinguons ces hommes, véritables forces de la nature, sortir du brouillard, toussant à souhait, portant sur leurs épaules leurs deux sacs d'osiers. Les pauses sont nombreuses dans la montée, tout comme dans la descente. Mais une fois arrivés en bas, ils reprennent leurs paniers vident et remontent chercher leur butin. Le contraste est saisissant entre ces hommes, se tuant à la tâche dans un travail d'une extrême rudesse, et le reste de la population indonésienne, ne pouvant se déplacer autrement qu'en véhicule motorisé, qui n'hésitent pas à payer plusieurs milliers de roupies la location d'un cheval pour s'épargner quelques minutes d'effort pour admirer le Bromo. A Ijan, ces hommes au petit gabarit transportent dans des pentes extrêmement raides des charges bien plus lourdes que leur propre poids. Ils ne semblent pas non plus gênés par la fumée. D'ailleurs n'hésitent-ils pas à demander à chaque touriste une cigarette ou deux, qu'ils fument à chaque pause, abrités derrière un rocher. En voilà qui ne manquent pas d'air !

 

Nous quittons Java par une longue descente sur une route complètement défoncée. Nous retiendrons de cette île plusieurs choses : la pollution, le trafic, le manque d'oxygène, que l'on soit sur les routes ou au pied des volcans, des paysages à couper le souffle, des Indonésiens un peu loin du chemin dicté par l'islam. Bali nous attend à présent. Cette île sera notre dernière étape en Asie.

 

 





Le livre

Que vous soyez cyclotouriste, voyageur ou sédentaire ouvert sur le monde, il y a mille et une raisons de vous réjouir de la lecture de ces Nouvelles Vagabondes.
Après plusieurs voyages en solitaire, Julien Leblay nous livre cette fois-ci le récit de son périple avec sa compagne Marion. Ne voulant se contenter de décrire le quotidien de leur voyage, il s’engage et se place résolument loin des clichés pour nous livrer avec sincérité ses impressions, que ce soit sur la vie du couple en voyage, ses préoccupations écologiques ou sur les traits culturels ou sociologiques des pays traversés.
Ce livre ne laisse pas indifférent et bouscule nos représentations exotiques du monde ; à sa lecture on découvre, on s’indigne et on s’émerveille tour à tour. Dans un style à la fois personnel et documenté, il nous offre une immersion complète, sans langue de bois, dans son voyage à vélo en couple. Il réussit finalement le pari de dresser un tableau contrasté et nuancé de cette longue aventure cyclotouriste qui ne sera probablement pas la dernière !

Cécile R.

352 pages dont 16 en couleur
Prix de vente : 20 euros

Disponible sur http://goodaventure.com

Le DVD

Julien et Marion Leblay quittent l'Auvergne en juillet 2010 pour une aventure de 22.000 kilomètres à vélo. Portés par le désir de découvertes et de rencontres, mais aussi par celui de promouvoir le don du sang, ils traversent l'ex-Yougoslavie, la Turquie, l'Iran, l'Inde, l'Asie du Sud-Est et l'Australie pour finalement arriver en Nouvelle-Zélande vingt mois plus tard.
Savoureusement pimenté, ce voyage donne le "goût d'aventure" !

Durée : 84 minutes.
Prix de vente : 15 euros

Disponible sur http://goodaventure.com
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