De l'Auvergne à la Nouvelle-Zélande 2010 (18000 km)

Hello Cambodge !

Stung Treng - Phnom Penh photos de cette étape

du 30/04/2011 au 08/05/2011

  • nombre de km prévus : 400
  • nombre km effectifs : 471
  • temps prévu : 31h
  • temps effectif : Du 30 avril au 8 mai
Premieres rencontres cambodgiennesca vous donne envie ?IMG_3277IMG_3282On retrouve les tas de foin des balkansEt les buffles d'IndeC'est parti pour la piste

Hello Cambodge !

 

Le Laos nous avait paru bien moins développé que la Thaïlande. Le Cambodge nous paraît encore plus pauvre. Nous retrouvons des paires de bœufs ou de buffles tirant des charrettes sur la route ou labourant les rizières. Les maisons en bois sur pilotis sont rudimentaires. Peut-être est-ce dû à l'escalier permettant d'y accéder, mais elles nous font penser à de grands poulaillers. Les voitures rouillées et les camions brinquebalants transportent quantité de choses. Sans parler des motos, le véhicule le plus utilisé, qui transportent cochons vivants, poulets par dizaines, frigos, armoires, cages métalliques. Elles ne sont pas vraiment puissantes et pourtant elles arrivent même à tracter des remorques portant deux vaches ou une trentaine d'ouvriers.

 

Le chaos qui règne sur la route et les pistes nous plaît. Dès les premiers kilomètres nous nous sentons bien dans ce pays, alors que nous étions si mal à l'aise au Laos. Les khmers nous offrent des sourires sincères et n'hésitent pas à venir à notre rencontre dès qu'ils le peuvent, pour tenter de discuter. Tentatives toujours rendues difficiles par la barrière de la langue, identique aux pays précédents.

 

Nous abandonnons dès que possible la route principale pour retrouver le Mékong, que nous longerons jusqu'à Phnom Penh. Dès lors nous parcourons de nombreux kilomètres de pistes ou de petites routes, loin des axes principaux ennuyeux. Sur ces axes secondaires, le Cambodge nous apparaît comme un seul et unique village. La route est bordée de part et d'autre de maisons, de façon quasi continue. Entre les habitations en bois, la végétation est luxuriante. Même si les bananiers sont légion, ce qui nous intéresse pour l'heure, ce sont les manguiers. La saison vient de commencer. Pour un euro, nous pouvons savourer trois kilos de mangues fraîches et charnues qui suffisent à peine pour une journée. Sur le bord de la route, les femmes – dont certaines donnent l'impression d'être habillées en pyjamas à longueur de journée  -  font également sécher du tabac et des piments. Nous évoluons donc de villages en villages, incapables de pouvoir déterminer la fin de l'un et le début de l'autre, croisant bœufs, vélos et mobylettes, le tout dans une atmosphère des plus paisible. Des éclaircies nous permettent de voir que les villages ne font que quelques dizaines de mètres de large. Derrière la rangée de maisons et de jardins, les rizières s'étalent à l'infini, séparées par des diguettes quadrillant cette immense plaine.

 

Comme à notre habitude, nous partons très tôt le matin, de plus en plus tôt en réalité. En dehors du fait que cela nous permet de pédaler à la « fraîche », commencer la journée à 5 heures offre un autre avantage. A cette heure matinale, tous les enfants ne sont pas encore levés, encore moins réveillés. Il faut attendre 8h00 du matin pour que tout le monde soit aux aguets. Nous recevons alors en moyenne une quarantaine de « hello !! » par kilomètre, soit plus de 4000 par jour. A ce rythme là, il nous est impossible de répondre à tous. Considérons que, dans le meilleur des cas, nous répondons à 1.000 salutations quotidiennement, ce qui est déjà une belle performance, mais cela nous fait tout de même passer pour des goujats, pour les trois quarts de la population. Quelle désolation de paraître si impolis à l'égard des Cambodgiens alors que ceux sont eux, et surtout leurs enfants, qui en font de trop ! Quand ce n'est pas « hello », c'est « bye bye » ou « ok ». Leur anglais se limite à cela, et ils se font un plaisir de l’utiliser dès la vue d'un étranger. Or, ils ont bon œil, et qu'on leur réponde ou pas ils continuent de nous apostropher. Ainsi, une seule personne peut très bien vous lancer une trentaine de « hello » depuis l’instant où elle vous aperçoit, jusqu'au moment où elle vous voit disparaître, déçue qu'on n'ait répondu qu'une seule fois.

 

Ayant toujours notre rendez-vous à Phnom Penh, nous faisons encore de longues étapes, de plus de 100 kilomètres chacune. Le soir, nous débusquons de petites guest-house au centre des villes étapes. Elles se trouvent généralement près du marché autour duquel toute la ville s'organise. Dans des ruelles transformées en de vrais capharnaüms, les femmes vendent fruits et légumes à même le sol alors que les hommes tiennent de petites boutiques attenantes, où l'on peut réparer, souder, gonfler, couper n'importe quel matériau. Nous n'avions pas retrouvé ces ambiances de désordre depuis l'Inde et devons avouer que cela nous manquait. Qu'il est agréable de marcher au milieu des immondices, invendus, plastiques ou ordures en tous genres. Qu'il est bon d'humer les odeurs de fruits ou légumes en voie de décomposition mêlés aux odeurs de pots d'échappements non catalysés.

 

C'est ainsi qu'après trois jours d'effort nous arrivons enfin à Phnom Penh. Nous sommes dans les temps. Denis, le collègue auvergnat de Marion, est encore dans les parages. Nous le retrouvons sur les quais du Mékong, accompagné de sa collègue Michèle et par Sophia, une Cambodgienne qui a bien voulu nous préparer une chambre chez elle pour notre séjour dans la capitale. Denis et Michèle sont microkinésithérapeuthes. Depuis 2007, ils viennent ici quatre fois par an pour mener diverses actions humanitaires. La principale est la formation de microkinés cambodgiens. Cette thérapie manuelle permet de soigner quantité de pathologies avec pour seul outil « une paire de mains ». Les médecins suivis par Denis et Michèle pourront donc, une fois bien formés, guérir quantité de maux. Et le Cambodge n'en manque pas, de maux. Des lieux accueillant des filles forcées à la prostitution, des associations de personnes brûlées à l'acide, en passant par des bidonvilles construits sur d'immenses décharges de sacs plastiques, voilà les terrains d'action de nos deux acolytes. Durant deux jours nous les suivons autant que possible et découvrons alors un autre visage du Cambodge, celui d'un pays extrêmement pauvre, gangrené par la corruption, où 4.000 ONG sont présentes (dont environ 10% vraiment actives) dans tous les domaines possibles et imaginables. Un pays où le trafic d'êtres humains est encore très présent, parfois encouragé par la police propriétaire de bordels. Un pays où les gens, pourtant d'apparence très calme, sont capables de jeter de l'acide sulfurique sur leurs concitoyens. Une façon très efficace et pour le moins barbare de se venger de sa femme adultère ou d’un voisin gênant ; un geste qui n'est pas encore considéré comme un délit par la loi et qui défigure chaque année des dizaines de personne à moindre coût. Sans aller dans cet extrême, c'est un pays où les enfants et les femmes se font régulièrement frapper par leurs pères ou maris brutaux. Un pays où, derrière le masque de la démocratie, se cache une dictature. Le Président du parti de l'opposition est en exil en France pour échapper à une condamnation à 14 ans de prison. Son trésorier, que nous avons rencontré lors d'un dîner, nous dit que le premier ministre actuel est celui qui est resté en poste le plus longtemps au monde. 25 ans de pouvoir. « Après la Lybie et le Yémen, c'est chez nous que se trouve le pire des dictateurs » nous dit-il sans plaisanter. Il espère pourtant que le siège social de leur parti, le bâtiment qu'ils construisent actuellement à l'aide de fonds internationaux, soit la future maison de la démocratie cambodgienne. Elle est encore loin d'être terminée. Ça tombe bien, car il y a encore du travail à faire pour que la prophétie se réalise !

 

Plus que de nous avoir remis notre dos en place, Denis et Michèle nous ont permis de découvrir une facette de ce pays que nous n'aurions certainement pas découverte, tout au plus soupçonnée. Il ne s'agit pas de généraliser évidemment, mais comment croire que des Cambodgiens si souriants, puissent battre leurs enfants ou leurs femmes, jeter de l'acide pour se venger ou vendre leurs enfants dans des bordels ? C'est pourtant ce monde là auquel nos amis sont confrontés chaque fois qu'ils viennent ici. Pourtant eux aussi aiment le Cambodge, un pays calme et reposant, où on déambule au rythme qui nous convient, qui nous offre mille sensations et contradictions, qui nous fait réfléchir sur notre propre nature et celle de l'Homme en général. Un pays où l'on peut soigner pendant une matinée des enfants battus par leurs parents, puis manger un morceau de Saint-Nectaire tout en buvant un verre de vin au bord du Mékong.

 

Ils nous quittent le troisième jour après un dernier déjeuner. Nous voilà dès lors un peu orphelins. Nous faisons nos premiers pas seuls dans la ville. Ils nous mènent à la prison S-21. Cette ancienne école a servi de lieu de torture et d'exécution aux khmers rouges après le 17 avril 1975, date à laquelle ils ont renversé le pouvoir et débuté leur génocide. Ce mouvement politique et militaire  d'inspiration maoïste a massacré en quatre ans un quart de la population, soit près de deux millions de Cambodgiens. Il était dirigé par le Premier ministre Pol Pot. Intellectuels, anciens militaires ou membres de l'administration ont été pour la plupart torturés puis tués. Pour les autres, une vie de dur labeur a commencé. Les khmers rouges prônaient un retour à la terre et le refus de tout modernisme occidental.

On apprend aux enfants à « aimer la patrie, à détester les Amériacains, à aimer le peuple des ouvriers et des paysans qui sont leurs papas-mamans ». (Cambodge, année zéro, p149)  Ils trouvaient également inutiles tout diplôme, tout travail intellectuel. Seul comptait le travail physique. Le stylo n'avait plus aucune importance, seule comptait la houe. Le développement par soi même, pour soi même. Beaucoup en sont morts, succombant à des travaux inhumains dignes des nazis en Europe.

 

Au milieu de ces ONG, de ces drames quotidiens, de cette jeunesse et cette énergie aussi, de cette histoire profondément ancrée dans les mentalités et les corps des gens, il nous paraissait idéal de reprendre nos activités en faveur du don du sang. Le président du Rotary club de Phnom Penh, Eric Mousset, a organisé une collecte de sang en lien avec le centre national de transfusion. C'est ainsi que le 6 mai une trentaine de personnes se sont déplacées à l'hôpital pour venir donner leur sang. Le premier donneur est Eric, suivi de très près par Marion et moi même. Jusqu'en Turquie, il nous avait toujours été impossible de donner notre sang, ce geste n'étant autorisé que pour les personnes vivant au moins depuis 6 mois dans le pays. En Inde, les conditions d'hygiène ne nous ont pas motivés à le donner. Par contre ici, les conditions sont parfaites et ce fut une joie immense de pouvoir tendre notre bras. Pour Marion, son dernier don date du mois de juin, lors de la collecte de sang organisée à Saint Genès Champanelle pour notre départ. Pour ma part, cela datait de 2005, où j'avais été autorisé à le donner pour la première fois de ma vie. C'était en Nouvelle-Zélande, après un périple à vélo de 2700 kilomètres bien arrosés (par la pluie !) sur l'île du nord. Une fois de plus, nous avons pu constater qu'il était bien plus facile de donner son sang que de parcourir le monde à vélo, d'autant plus ici où les poches ne sont que de 350ml.

 

Le directeur du Centre National de don du sang est un homme charmant, parlant un français correct. Il nous explique qu'ils collectent 40 000 poches par an, et que ce chiffre est en augmentation de 15% par an. Malheureusement nombreuses sont les personnes qui meurent par manque de sang. Ils étaient au nombre de 2000 l'an passé. 30% des dons sont volontaires, les autres sont des dons de remplacement. Contrairement à ses confrères bulgares, pour ne citer qu'eux, qui niaient tout problème lié aux dons compensés, lui est conscient que cela entraîne des dons payés et une insécurité non négligeable pour les patients. C'est pourquoi il souhaite que les dons deviennent entièrement volontaires à court terme. Seulement le don du sang n'est pas encore entré dans les mœurs. Si les Cambodgiens donnent volontiers lorsqu'un ami ou un membre de leur famille le demande, il est plus rare qu'ils se présentent spontanément au centre de don du sang ou aux collectes mobiles pour tendre leur bras. Le directeur est donc ravi de saisir l'opportunité et de mener une action médiatique en lien avec le Rotary et notre voyage. Jusque là, aucune action de ce type n'avait eu lieu, c'était donc une première. Les journalistes ont bien joué le jeu, avec trois télévisions et plusieurs radios, nationales ou locales. Sans compter les donneurs de sang mobilisés en grande partie par les membres du Rotary club et notre hôte, Sophia. Bref, une belle première qui en annonce d'autres. Le Rotary s'est engagé à poursuivre cette action. Ses membres souhaitent participer activement à la promotion du don du sang, en montrant l'exemple d'une part et en mobilisant leur entourage professionnel et universitaire d'autre part, pour que très vite le Cambodge puisse avoir suffisamment de sang pour soigner ses patients. Un sang que nous espérons 100% bénévole.

 

Après presque dix jours passés à Phnom Penh, nous récupérons nos visas thaïlandais et reprenons la route. Dans quatre jours nous serons à Siam Reap, célèbre pour les temples d'Angkor.





Le livre

Que vous soyez cyclotouriste, voyageur ou sédentaire ouvert sur le monde, il y a mille et une raisons de vous réjouir de la lecture de ces Nouvelles Vagabondes.
Après plusieurs voyages en solitaire, Julien Leblay nous livre cette fois-ci le récit de son périple avec sa compagne Marion. Ne voulant se contenter de décrire le quotidien de leur voyage, il s’engage et se place résolument loin des clichés pour nous livrer avec sincérité ses impressions, que ce soit sur la vie du couple en voyage, ses préoccupations écologiques ou sur les traits culturels ou sociologiques des pays traversés.
Ce livre ne laisse pas indifférent et bouscule nos représentations exotiques du monde ; à sa lecture on découvre, on s’indigne et on s’émerveille tour à tour. Dans un style à la fois personnel et documenté, il nous offre une immersion complète, sans langue de bois, dans son voyage à vélo en couple. Il réussit finalement le pari de dresser un tableau contrasté et nuancé de cette longue aventure cyclotouriste qui ne sera probablement pas la dernière !

Cécile R.

352 pages dont 16 en couleur
Prix de vente : 20 euros

Disponible sur http://goodaventure.com

Le DVD

Julien et Marion Leblay quittent l'Auvergne en juillet 2010 pour une aventure de 22.000 kilomètres à vélo. Portés par le désir de découvertes et de rencontres, mais aussi par celui de promouvoir le don du sang, ils traversent l'ex-Yougoslavie, la Turquie, l'Iran, l'Inde, l'Asie du Sud-Est et l'Australie pour finalement arriver en Nouvelle-Zélande vingt mois plus tard.
Savoureusement pimenté, ce voyage donne le "goût d'aventure" !

Durée : 84 minutes.
Prix de vente : 15 euros

Disponible sur http://goodaventure.com
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