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Petit air Suisse

Mendoza - San Rafael photos de cette étape

du 14/01/2008 au 19/01/2008

  • nombre de km prévus : 290
  • nombre km effectifs : 427
  • temps effectif : 24h40
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Petit air Suisse

J'ai donc quitté mes parents et ma soeur à Santiago. Je passerai deux nuits chez Dario et Mariela, ce jeune couple péruano chilien qui nous avait déjà reçu avant nos vacances. Etre en leur présence est un réel bonheur. Personnes cultivées, généreuses, souriantes, ils vont m'apporter tellement pendant ce court séjour chez eux.

C'est ici que me retrouve également Stéphanie. J'avais rencontré cette jeune suissesse au Parc National du Torres del Paine. Cela fait deux mois qu'elle voyage avec son sourire en Argentine et au Chili, et elle a bien voulu me l'offrir pour les sept jours à venir. Nous irons ensemble à vélo jusqu'à San Rafael.

Nous quittons donc nos amis le lendemain pour prendre le bus pour Mendoza. Les séparations avec Dario sont douloureuses et émouvantes. Nous quittons là, une personne attachante, généreuse et fraternelle. Une fois arrivés à Mendoza, je retrouve Teresa avec grand bonheur. Malgré les deux semaines de vacances, elle n'est toujours pas prête a partir. Entre les siestes et le maté le mécano n'a pas eu le temps de s'en occuper, ce qui est fâcheux. Nous patienterons donc dans un Tenedor Libre. 4 heures de repas pour se préparer aux prochains jours. Ce n'est finalement qu'à 20h00 que Teresa est prête. Stéphanie, avec un vélo de location, m'accompagne jusque chez Hugo et Norma, le couple de retraités m'ayant déjà hébergés deux nuits avant les vacances. C'est avec grand plaisir que je les revois. Ici rien n'a changé malgré la nouvelle année.

Là encore les séparations sont difficiles tant ce couple est attachant. Et, lorsque Hugo, me serrant la main vigoureusement, me dit d'une voix chevrotante que je vais lui manquer, les larmes ne sont plus loin de couler. Nous leur tournons le dos et les remercions une dernière fois par un coup de klaxon.

Me voilà de nouveau avec Teresa qui ressort d'une cure de jeunesse. Après plus d'un mois d'abstinence, la revoir était un besoin physique et mental. j'ai besoin de sentir mes pieds appuyer sur les pédales, d'écouter les pneus se faire ronger par le bitume, de sentir le cuir de la selle sous mes fesses.

A mes côtés Stéphanie est juchée sur un vélo qu'elle a dénommé "Rafael", en lien avec la ville de destination. Elle n'a encore aucune expérience de voyage à vélo et se réjouis d'une telle balade. N'ayant rien pour porter ses affaires, je charge sur Teresa ce qu'il nous faut pour les prochains jours. Petit souvenir du désert de Lipez !

Le voyage en Patagonie m'avait fait oublier ô combien il fait chaud dans cette partie de l'Argentine. Le thermomètre affiche de nouveau plus de 30 degrés, et aucun arbre n'est là pour nous abriter. A notre droite une montagne et des pics enneigés sont cachés par une brume de beau temps leur donnant ainsi un petit air mystérieux. Devant nous la route s'étale de tout son long, transperçant des paysages sans fin, sans saveur ni odeur. La végétation est réduite à de petits arbustes sans feuilles, séparés les uns des autres par des bancs de sables que le vent transporte en tourbillons. Alors pour tuer l'ennui qui pourrait s'installer, nous agrémentons la balade de longues discussions. J'apprends ainsi a mieux connaître ma compagne de route. Elle m'apprend notamment les subtilités de la langue Suisse. On retrouve notamment le nonante (90), septante (70), huitante (80), mais aussi d'autres termes comme kil (kilomètre), une morse (un morceau)...

Notre discussion est interrompue par un policier. Mécontent de voir dépasser de mon vélo une trique en bois longue de plus d'un mètre, il me demande de l'enlever. Je lui explique que les argentins sont trop peu respectueux des cyclistes, et que cette barre en bois me permet de me mettre hors de portée de leurs pare-chocs. Evidemment cela ne plait pas aux automobilistes. Certains s'arrêtent même pour me dire que je n'ai pas le droit de les déranger ainsi, de leur couper l'élan dans leur course folle contre les kilomètres et le respect des autres. De quel droit, eux, peuvent-ils mettre en danger ma vie en m'interdisant de me défendre ?
Le policier me demande si je suis américain.
- Non, français.
Cela semble mieux lui plaire. Il me demande tout de même mon passeport. Il me demande si j'aime l'Argentine,
- Oui, j'adore ! La sieste et le maté, j'adore !
- Ah, tu aimes le maté ?
- Bien sûr que oui !
Il me rend alors mon passeport et me souhaite bonne route. Aimer le maté est la meilleure des choses à faire en Argentine ! (voir forum) Nous poursuivons notre route, ma trique en bois toujours en travers de la route. Les policiers nous doublent quelques secondes plus tard, en prenant soin de bien s' écarter. Et a nous de reprendre notre discussion. Royer (pleuvoir), brouillon (nombril), cornet en plastique (sac en plastique), Natel (téléphone portable), faire faux...

La première journée se termine après 130 kilomètres. Nous dormons dans le stade municipal du dernier village avant San Rafael. La douche, froide, est très appréciée. Stéphanie s'endort satisfaite de cette première journée de cyclovoyage. De mon côté je suis heureux d'avoir retrouvé la liberté que m'offre ce style de voyage.

Au petit déjeuner nous nous préparons un de ces fameux Musli. Les conséquences sur Stéphanie sont étonnants. Elle débute l'étape avec une énergie qui me surprend et me fait peiner. Je lui demande de ralentir.
- On roule a combien ?
- 15 km/h
- On pourrait rouler plus vite alors
- On est en montée Stef ! - Ah oui ? Cà monte la ?
- ...
Il nous faudra une petite journée pour effectuer les 110 kilomètres nous séparant de San Rafael. Arrivés de bonne heure, nous nous réjouissons à l'idée de profiter d'une longue soirée. C'est sans compter les difficultés que nous trouvons un endroit où dormir. Au stade, on nous dit que nous devons avoir une autorisation écrite de je ne sais qui. On nous autorise à prendre une douche. Quant aux hostels, ils sont tous pleins du fait de la présence d'un congrès d'évangélistes et d'une fête des vins (est-ce un hasard si ces deux évènements se déroulent en même temps ?). Finalement nous dormirons dans un terrain privé. Le propriétaire revient à minuit et nous éclaire de sa lampe, hésitant a nous réveiller. Ce n' est finalement qu'au petit matin qu'il nous demande de partir d'un air très froid. A san Rafael, l'accueil ne semble pas digne de l'Argentine...

C'est le canyon de l'Atuel qui nous attend. Nous y sommes après une trentaine de kilomètres de bitume. Une rivière au fort débit ronge le rocher de calcaire, et poli a d'autres endroits le basalte surgissant des profondeurs de la terre. Nous escaladons plusieurs barrages hydroélectriques sur une quarantaine de kilomètres. Le bleu intense des lacs artificiels contraste souvent avec la roche dénudée de végétaux. Les paysages, pas spectaculaires, sont cependant très intéressants. Ils nous surprennent souvent par des formes originales. Assiettes de roc sculptées par les eaux et posées en équilibre fragile, doigts pointant vers le ciel, roches multicolores, couches sédimentaires déformées par les mouvements tectoniques. Nous dormirons finalement au bord du lac du dernier barrage hydroélectrique (le canyon en compte 4).

C'est une petite montée qui nous permet de quitter le canyon. Suit une route plus ou moins vallonnée pour retrouver San Rafael. Pour cette première expérience de voyage à vélo, Stéphanie a été tout à fait exceptionnelle. Les kilomètres ont défilés sans plainte, les montées ont été gravies avec aisance, et elle a même trouvé un certain plaisir a se faire secouer par la tôle ondulée ! Elle aura juste connu une petite défaillance sur la fin du parcours. Fringale qui lui a simplement montré que, finalement, ce n'est pas si facile de voyager à vélo !

Aujourd'hui nous sommes à San Rafael pour une journée de repos. Demain nos routes se séparent. Elle ira en direction de la Bolivie où un stage agronomique l'attend. De mon côté, vous commencez a le savoir, je me dirigerai vers le sud, gardant le cap sur Ushuaia. Ces 5 jours m'ont permis de vivre une transition agréable entre vacances et vélo. Pédaler avec Stéphanie à la découverte du canyon d'Atuel fut un grand bonheur, enrichi par de longues discussions, des fous rires, de l'effort. Mais demain c'est le grand jour. Celui où je repars seul sur les routes. La solitude me manque, je la retrouve avec plaisir et excitation.

Pour les photos encore un peu de patience...

Julien

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