Nouvelle-Zélande 2005 (2750 km) acheter le livre

Journée paradisiaque à pédaler sur un chemin de terre

Whakatane - Matawai photos de cette étape

le 14/09/2005

  • nombre de km prévus : 99
  • nombre km effectifs : 80
  • temps prévu : 5h00
  • temps effectif : 6h00
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Journée paradisiaque à pédaler sur un chemin de terre


Pour cette huitième étape, je me levé après avoir fait un rêve étrange. Fabien m'accompagnait en moto pour ce voyage en Nouvelle-Zélande... Ce sont mes sacoches près du lit qui me ramènent à la réalité. Je vais devoir porter tout ça moi-même !!

Madalene me conduit jusqu'à Whakatane où je fais un petit détour chez le pharmacien pour m'équiper d'une genouillère. Puis, je vais retrouver mon vélo que j'avais emmené hier chez Richard, marchand de moto et président du Rotary Club de Whakatane. Je l'avais emmené ici hier pour les photos avec les journalistes. 17 kilomètres de moins à faire pour aujourd'hui ! La tentation est grande de le troquer contre une Suzuki, mais je résiste ! Avant de nous séparer, Richard me dit qu'il ira donner son sang lors de la prochaine collecte à Whakatane, en Octobre. Cela fait longtemps qu'il ne l'a pas fait ; ce Tour lui a rafraîchit la mémoire. Parfait !

Je roulé jusqu'à Taneatua où je retrouve Madalene et Antji. Nous avons mis en place un plan infaillible hier soir. La route jusqu'à Gisborne s'annonce terriblement difficile. Tout le monde fait de gros yeux lorsque je leur dit que je vais à Gisborne par Motu. Apparemment je suis fou, mais ça, je le savais déjà ! Mark m'a annoncé une terrible montée de 7 kilomètres juste avant Toatoa. Ils veulent m'aider en me déposant au somment de cette côte. Cela représente environ 50 kilomètres à faire en voiture... Après avoir hésité, j'ai finalement accepté. Si cette montée s'annonce si difficile, alors il vaut mieux jouer la carte de la sécurité. Antji m'aide donc à mettre le vélo dans le Van. Pauvre vélo. Quelle image terrible que de le voir allongé, agonisant, dans le coffre d'un van... Je remercie chaleureusement Madalene pour son accueil, et lui donne rendez-vous dans deux ans, en Auvergne ! Puis je grimpe à mon tour dans le van. Quelle image terrible que celle d'un cyclotouriste assis sur un siège de voiture, son vélo dans le coffre...

Après un petit arrêt à Opotiki pour prendre une petite fiole de médicament Homéopathique pour mon genou (On a tout essayé !!), nous continuons le long de la côte sous la pluie, puis tournons à droite... Une route non goudronnée, nous y voila ! Nous roulons plusieurs kilomètres sur ce chemin, à travers le bush. Cette route est splendide, somptueuse ! Nous ne trouvons pas vraiment de grosses montées, mais juste quelques petites bosses, et décidons de nous arrêter près de la rivière. Je n'insiste pas, j'ai hâte de pouvoir pédaler, cette route me fait envie et ces kilomètres en voiture sont douloureux ! L'endroit où nous nous arrêtons est un petit coin de paradis. Antji me dit beaucoup aimer cette région, et je la comprends. Il n'y a personne, la forêt est magnifique, ses deux petites filles ont le plus bel air possible à respirer et l'herbe la plus verte pour courir. Un paradis... Nous nous séparons après un petit thé. Merci beaucoup pour le taxi, mon genou a apprécié la balade !

Je donne donc mes premiers coups de pédale sur ces fameuses routes non goudronnées. Venir en Nouvelle-Zélande sans essayer ces routes, c'est comme venir en Auvergne sans manger de fromage ! Il y a peu de temps, énormement de routes étaient comme celle-ci. Peu à peu le goudron remplace le gravier, mais il reste encore pas mal de kilomètres comme ceux-là, pour le plus grand bonheur des cyclotouristes ! Après le premier virage, la route commence à s'élever, s'élever, s'élever... Je peux pédaler pendant 3 kilomètres, mais les 3 autres sont trop durs, je descends et pousse le vélo. La voilà donc cette fameuse montée ! A un virage près, je l'aurai grimpée en voiture ! Mais ce n'est pas grâve, car je nage en plein bonheur. Cette route se faufile dans le bush. Tout en bas, je distingue avec difficulté le bruit de la rivière. La pente est abrupte et il n'est pas question de louper un virage (pas de danger pour moi en pleine montée !), car vous vous retrouvez 300 mètres plus bas... Je crois que si la route de la mort (en Bolivie) devait être en Nouvelle-Zélande, ce serait cette route (même si celle-là est beaucoup plus courte). Ce que je ressens est indescriptible. Autour de moi ce n'est que fougères géantes et forêt dense. Juste un chemin au milieu nous permet de nous faufiler dans ce monde sauvage. Après 6 kilomètres, je découvre la première clôture, qui annonce également la fin de la montée (Mark avait éxagéré, ce n'était pas 7 kilomètres, mais seulement 6...). Et là, le décor est radicalement opposé. Le bush laisse place à une vaste éclaircie parsemée de brebis. Je reste époustoufflé, agard devant ce tableau. La nature s'offre à moi sans pudeur et je suis assomé par ce spectacle. Je reste quelques longues minutes à ne pas savoir où accorcher mon regard. Mais il me faut continuer, et c'est les larmes aux yeux que je commence la descente, tranquillement, en me demandant ce que je fais là, au milieu de ces magnifiques montagnes. Je longe une rivière qui ronge la terre par des amples méandres, montrant que si elle est calme tout de suite, elle doit être féroce en cas de fortes pluies. Peut-être aurais-je l'occasion de voir cette colère ; les nuages sont très présents aujourd'hui (même s'il ne pleut pas), et donnent ainsi encore plus de volume à cette nature. Je suis seul. Seul le bruit des agneaux appelant leurs mères me permet de rester accroché à une réalité qui semble être fiction. Que la solitude est belle lorsque l'on est si bien accompagné par mère nature...

Une deuxième montée, que j'aborde également à pied, me permet de croiser le premier véhicule de la journée. Une énorme lame, engin servant à ouvrir ou refaire les routes. Le désagrément passe, je replonge dans mon univers de solitude. Je suis de nouveau dans le bush, et le sommet de cette côte m'offre un panorama splendide, où le bush s'étend à perte de vue, de montagnes en montagnes. Je me sens infiniement petit et me met à penser que s'il n'existe aujourd'hui pas beaucoup d'endroits encore vierges de la visite de l'homme, ce bush doit sûrement faire partie de ces endroits privilégiés. Ce n'est en tous les cas pas moi qui irait m'y aventurer !

La lame croisée un peu avant à refait une portion de route un peu plus loin. Au lieu d'avoir une chemin bien tassé, me voilà sur un chemin de terre meublée. Cela rend l'exercice un peu plus difficile et périlleux... Je suis le premier à laisser ma trace sur ce chemin. Quelle sensation étrange que celle d'être un pionnier moderne ! Puis je croisé une voiture. L'exploration se termine alors; je rentre en territoire déjà visité !

La suite du parcours n'est que bonheur, où chaque virage a une saveur particulière, m'apporte une sensation différente. La Nouvelle-Zélande comme je l'attendais ! Je me faufile entre les croupes de verdure peuplées par les brebis. Je déguste ce plat gastronomique constitué d'eau pure, d'herbe fraîche, de collines apétissantes sculptées par les brebis (chaque colline présente des marches formées par le passage répète des brebis...).

Je passe Motu à 17h00. J'ai de bonnes jambes et un bon genou, alors je continue ma route. Après une longue descente, je retrouve un petit village et une route goudronnée. Je suis à 14 kilomètres de Matawai. Je décide alors de forcer la marche pour pouvoir y arriver avant la nuit. Mais dix kilomètres plus loin je me laisse séduire par une barrière ouverte sur un chemin et un vaste paturage. Je planterai ma tente ici, à l'abri des regards. Il est 18h00 lorsque je suis à l'abri. Une demi heure après, la nuit, accompagnée de la pluie, permettent de terminer cette journée sereinement. Après 63 kilomètres en 5 heures (+17km la veille), et 50 km de voiture, me voilà au milieu de nulle part, pour une nuit qui s'annonce des plus paisible. Seul petit bémol. N'ayant rien pour cuisiner, je ne mangerai qu'un peu de pain assaisonné de confiture... On ne peut pas tout avoir !

Vous l'avez compris, cette journée était un pur bonheur ! C'est exactement pour vivre ce que j'ai vécu aujourd'hui que je suis ici, avec mon vélo. J'ai loupé le Cap Est qui s'annonçait comme étant la plus belle partie du voyage. Mais j'ai vécu aujourd'hui la plus belle étape du Tour. Ce que j'ai vu et ressenti est indescriptible. Je me suis fait transperser par le bonheur. Le bonheur de la solitude, le bonheur de vivre cette aventure, le bonheur de découvrir la Nouvelle-Zélande sans paillettes ni artifices. Et aussi le bonheur aujourd'hui de pouvoir vous faire partager cela, même si je crois être incapable de vous dire au combien cette journée était exceptionnelle... Malgrè toutes les galères que l'on peut avoir à vélo, ce sont ces moments-là qui vous font dire que le vélo est le meilleur des compagnons, et que ces galères ne sont en fait que des moments précédents des énormes moments de joie. Et au final, il n'y a pas de galère à vélo, mais que des moments plus ou moins BIEN ! Que cette journée était belle. Prenez l'avion et venez me retrouver ici. J'aimerai tant que vous puissiez vivre ça autrement que par ces récits et quelques photos...
 


 
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