Cordillère des Andes 2007 (11200 km) acheter le livre

Argentins accueillants

Salta - Chilecito photos de cette étape

du 03/12/2007 au 09/12/2007

  • nombre km effectifs : 869
  • temps effectif : 61h00
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Argentins accueillants

Le séjour chez Ramon a été exceptionnel. J'y ai retrouvé le couple de suisses croisés dans le désert. Eux aussi viennent se reposer ici tout comme deux autres cyclistes (un espagnol et un colombien).J'aurai également profité de ces journées pour réparer Teresa. Placée en soins intensifs pendant 1h630 dans les mains de Roberto, elle en ressortira rajeuni. Elle peut continuer le voyage. Comme cette maison est le point de rencontre de cyclistes du monde entier, nous échangeons sur nos expériences respectives. Que l'on soit colombien, espagnol, suisse ou français, nous sommes tous d'accord. Le contact avec la population bolivienne a été très difficile, même si pour nos amis suisses le plus dur a été le Pérou.

C'est le coeur gros que je quitte mes hôtes. Il ne peut en être autrement... Les trois jours passés dans cette famille m'ont permis de me refaire une santé. Le transfert de poids entre Teresa et moi n'a pas été suffisant, et j'avais perdu beaucoup de poids dans le Lipez. Je quitte Salta le ventre et les joues un peu plus ronds. Mais ils m'ont surtout gonflé le coeur de leurs sourires, de leur gentillesse et de leur simplicité. Il s'agit d'une maison où l'on ne demande pas quand on partira. Tout est fait ici pour le repos du cycliste, pour qu'il reparte en bonnes conditions. Alors on arrive, on nous installe confortablement dans une salle, on vous sert un thé et vous apporte du pain et du dulce de Leche (pâte à tartiner faite de lait et de sucre) et on vous demande de ne rien faire d'autre que de vous occuper de vous.

Avant de partir je laisserai quelques mots sur le livre d'or de la maison. Sur ce livre je peux lire quelques lignes de Christophe Vuillod que j'avais rencontré à Auckland. Céline et François, rencontrés au Pérou, sont également passés par là. Je suis accompagné par un nouveau compagnon. Woody, chien en peluche offert par la famille. Je le mets sur le porte bagage avant, c'est lui qui me servira de guide maintenant.

Après un passage à La poste qui dura une heure et demi pour envoyer un simple DD (passage à la douane oblige...!), je reprends la route. Je quitte rapidement le plaisir de la vallée pour celui du parc national des Cordores qui se situe à plus de 2000 mètres de dénivelé plus haut. On voit ici d'énormes cactus pouvant atteindre les 6 mètres de haut. En redescendant, j'arrive sur la route 40. La ruta 40, une des routes les plus longues au monde. Il s'agit maintenant de mon fil directeur, qui va me conduire jusqu'à Ushuaia. La ruta 40 sera tour à tour ondulée, sableuse, caillouteuse, asphaltée. Mais dans tous les cas elle sera ventée. Le vent comme le relief est ami ou ennemi. Montée, descente, vent de face, vent de dos... Quelques kilomètres plus tard, le voyage prend un autre sens. Un panneau blanc avec écrit en noir km 4510. Aujourd'hui, le point final, Ushuaia, le trouve 4510 km d ici...

Je roule sur une piste ennuyeuse et en mauvais état. Puis devant moi la montagne en mille feuilles coupe la route. Le décor devient alors bien plus spectaculaire. Les feuillets de roches s'élèvent vers le ciel. Décor surréaliste. Puis vient la route du vin qui me permet de rejoindre Cafayate. Ici de grands vignobles inondés de soleil produisent un vin fameux. Ces vignes apportent de la verdure à cette région semi désertique.

Profitant du vent de dos je rejoindrai dans la journée le petit village de Amaicha del allee. Les campings sont déserts, je choisis alors de préparer ma nourriture sur la place centrale du village. Là, Placibo m'aborde. Il a 82 ans, est philosophe. Il parle anglais, quechua, latin, et lit l'allemand et un peu le grec. Nous sympathisons. La nuit tombe, je croque une pomme en guise de dessert.
- Où vas-tu dormir cette nuit ?
- Je ne sais pas. Un peu plus loin dans la campagne.
- Non, tu vas dormir chez moi
Me voilà donc arrivé dans la petite maison de cet homme de lettre et de pensées. Nous parlons éducation, corruption du gouvernement, conquête espagnole. Une soirée tres riche.

Après avoir pris ma douche que j'ai appréciée froide, je le rejoins sur la terrasse. Les étoiles saupoudrent le ciel. En levant les yeux et en me demandant de tendre l'oreille sur le calme régnant, il me dira simplement :
- Un trésor !
C'est après avoir profité de ce trésor quelques instants que je le quitte pour aller dormir.

Je me sépare de Placebo à 8h00 le matin après un thé. Il restera dans mon rétroviseur jusqu'à la première courbe. Cette rencontre a été très forte. Il s'agit de la première invitation spontanée que je reçois depuis le début de mon voyage. Et puis ce fut on ne peu plus enrichissant d'échanger avec cet homme cultivé, et d'apprendre ainsi sur le pays. /Je ne pourrai pas vous dire ici toute notre discussion, ce sera pour le livre !!).

Le vent a tourné. Il me vient de face ce matin. Le seul plaisir de la journée est la vision de condors. J'ai cru tout d'abord voir posée sur le bord de la route une grosse dinde. Mais une fois envolée j'ai pu me souvenir du vol exceptionnel de cet oiseau. Il s'agissait donc bien d'un condor ! Il rejoint ses confrères haut dans le ciel, et je les admire pendant de longues minutes, cloué au sol, misérable humain ! Après cet évènement je me retrouve sur une longue ligne droite. Il est 16h00, le vent violent me fait m'arrêter 30 minutes plus tard derrière un petit monticule de terre où je planterai ma tente.

La journée suivante ressemble à la précédente. Je pédale dans des paysages peu intéressants, avalant les lignes droites et luttant contre le vent. C'est ainsi que j'arrive à Belen. Je m'arrête à la première épicerie pour y acheter du pain. Des hommes d'un certain embonpoint boivent de la bière dehors. Nous discutons. L'un d'eux s'appelle Roberto, les autres Julio. Très vite la scène prend un petit air de Serbie, où les verres remplis de bière défilent sans que je puisse les compter, et où au final il m'est impossible de manoeuvrer Teresa. Après une heure en leur compagnie il n'est plus question de partir. Ils m'offrent à manger et d'autres bières. Je finirai par planter la tente chez le voisin, entre un prunier et un pêcher. La nuit fut agitée. Les enfants du voisin font la fête. Guitare, tam tam, synthétiseur vont m'empêcher de dormir. Je prendrai mon petit déjeuner avec ce groupe de jeunes fêtards. Petite surprise au réveil : le canal auprès duquel je dormais à débordé : je me réveille dans une baignoire boueuse ! Je rêvais d'inondations toute la journée en longeant ou traversant des lits de rivières asséchés, me voilà servi !

Léon est le fils de la maison. Il a 17 ans. Il m'explique que lui et ses amis ont créé une association pour lutter contre l'exploitation des mines alentours. Mines d'or dont tous les capitaux sont étrangers et qui polluent d'une manière dramatique l'environnement (utilisation et rejet dans la nature de Cyanure par exemple). Il est spécialement contre la mine de Farayor Negro, à 60 km de là, et également contre le projet de mine à Agua Rica, deux fois plus grande que Farayor Negro. Ce jeune homme est très intéressant à écouter. Il prend son rôle de citoyen très au sérieux. Créé il y a deux ans, son association compte aujourd hui 10 jeunes de 15 à 19 ans. Dans ce pays, des jeunes de 15 ans se préoccupent de choses aussi importantes que cela : impressionnant !

La route se poursuit. Il fait très chaud, 40 degrés, il n'y a pas d'arbre et la route est découpée en portions de 20 kilomètres de lignes droites. J'arrive ainsi à un piémont. Ici plusieurs oasis de verdure colorent le pied de la montagne. Je traverse ainsi de nombreux petits villages ou la fraîcheur me fait du bien. Je rencontre Julio armé d'une bouteille de bière à la main. Nous buvons à la fraîcheur ambiante ! L'oasis se termine un peu plus loin. Je retrouve de longues lignes droites ensoleillées. C'est finalement à 19h30 que j'arrive à Pituil, petit village au milieu de rien. Je rencontre ici Neil et Anne, deux cyclovoyageurs anglais.

Neil et Anne viennent me saluer avant de commencer la journée. Eux aussi se rendent à Chilocito, mais ils estiment que je les rattraperai. Avant de partir Neil m'offre une chambre à air. J'ai depuis deux jours une succession désespérante de crevaisons : mes rustines péruviennes ne tiennent plus.

Je les rattraperai au bout de 35 km, à mi temps de la journée. Ann a 56 ans, lui en a un peu plus. Ils sont partis de La Paz en septembre et doivent être pour janvier à Buenos Aires. Ils sont charmants et souriants, et nous lutterons ensemble contre le vent pour rejoindre Chilocito d'où je vous écris.

Voilà pour ce qui est du résumé des derniers jours. Comme vous avez pu le voir les paysages ne sont pas des plus beaux ici, souvent ennuyeux. Mais ce qui m'a frappé ici ce sont les gens, les rencontres, les invitations. Je suis de nouveau en contact avec une population chaleureuse qui me voit autrement que comme un dollar ambulant ! Alors c'est un plaisir de vagabonder de villages en villages (même lorsqu'ils sont séparés par 70 km de désert !), pour découvrir chaque fois de nouvelles personnes intéressantes et souriantes.

Je vais maintenant me diriger à San Juan en faisant un petit détour par un parc national et un autre régional. Je devrais y être dnas 5 ou 6 jours. Puis Mendoza pour Noël ! A bientôt pour vire la fin 2007 ensemble !

Julien
 

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Prix public : 18 euros.
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