Cordillère des Andes 2007 (11200 km) acheter le livre

Course en avant

Cusco - Chivay photos de cette étape

du 11/10/2007 au 14/10/2007

  • nombre de km prévus : 430
  • nombre km effectifs : 455
  • temps effectif : 37h23
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Course en avant

Je quitte l'appartement de mes hôtes à 6h00. Tous dorment à poings fermés, je n'ose les réveiller pour les remercier de leur accueil. Cusco m'aura permis de me reposer, et j'en avais grand besoin !

Je dois aller vite. J'ai donné rendez vous à deux français cyclovoyageurs à Chivay dans deux jours. Yves et Gael ont quitté Clermont-Ferrand il y a un peu plus d'un an et sont dans les parages (http://www.sionjouait.com/. On s'est promis de se croiser. Mais rien n'est sûr. Eux veulent rejoindre d'abord Arequipa puis faire le canon de Colca. Pour moi c'est le contraire. J'espère qu'ils ont changé d'avis suite à notre échange de mail mais je n'en sais trop rien. Et puis en face de moi se tient une rude concurrence : ils ont reçu à Arequipa un colis de leurs parents avec, notamment, un Saint-Nectaire. Julien contre un fromage, faites vos jeux.

La route jusqu'à Combapata est tout à fait plate, j'avance à vive allure. Je découvre là un Pérou bien plus pauvre que le reste du pays. Les femmes, hommes et enfants me demandent constamment de l'argent. Je vais même devoir m'énerver contre un groupe de gosses trop entreprenants...

A Combapata la route s'élève. Il pleut. Je m'offre un spectacle inouï sur la montagne en face de moi, couverte par une épaisse couche de nuage mais dont le creux est illuminé. La rivière qui en découle étincelle. J'en oublie la pluie.

C'est la fin de la journée pour les paysans. Tous rentrent les boeufs ayant servis à labourer et les mules. Un adolescent semble prendre beaucoup de plaisir à se moquer de moi dans la montée. Il insiste. Je m'arrête et lui demande s'il a un problème avec les gringos. IL me répond que oui. C'en est trop. J'abandonne Teresa un moment pour le réprimander. D'un seul coup il n'a plus de problème avec les gringos. Trop tard. Après cinq minutes d'énervement je retrouve ma tendre. Lui s'en va trouver sa mère la tête basse. Je crois qu'il a eu peur...

Le lendemain, l'enrobé se dérobe à Yanaoca. Je suis alors sur un vaste plateau jauni par une herbe sèche et dominé par une chaine de montagne. La piste est en bon état et les paysages somptueux. Les villages sont rares. A El Descanso je vais encore m'énerver contre une patronne de restaurant qui m'aura volé quelques soles, avant de poursuivre sur une route en travaux. Je m'arrête souvent discuter avec les femmes chargées de la régulation de la circulation. Certaines sont souriantes, je resterai avec elles de longues minutes. D'autres le sont beaucoup moins, je poursuivrai alors ma route avec seulement un "holà".

Yauri est le dernier village que je vais croiser avant un long moment. Je m'y ravitaille puis continue ma route avant la nuit. Avancer, toujours avancer pour arriver à temps à Chivay. Alors que la nuit semble tomber, le jour s'offre un second souffle. Une longue traînée de nuages s'illumine sur ma tête grâce aux derniers rayons du soleil. L'instant ne dure que quelques minutes mais je le vis avec émotion. Puis les nuages reprennent leur couleur normale, et je monte une dernière côte avant de m'endormir dans la nuit.

Au réveil je constate que je suis installé près d'une mine. La poussière règne. La route s'élève rapidement et je me retrouve a onduler entre 4700 et 4800 mètres d'altitude. Le souffle me manque. Pédaler ici pendant plus de trois heures me demande beaucoup d'efforts. Il s'éternise, je veux descendre. Cela se fait après 80 km, enfin. Un village après 15 km de descente. Un restaurant. Je m'y installe. Je ne commande rien ici mais prépare ma cuisine. Le restaurant comme le village est désert. Mais je n'ai plus d'essence, je me contenterai de manger un bout de pain et une banane pas mûre. Le bilan est terrible. Il me reste encore 50 km avant le prochain village et je n'ai plus rien à manger. Je continue à avancer. Finalement un peu plus haut le village. J'y trouve quelques biscuits et un peu de pain. Mon bonheur. La nuit tombe, je remonte une pente. J'arriverai au sommet alors qu'il fait nuit depuis bien longtemps. Commence la descente. Je m'arrêterai lorsque le jus de fruit acheté au village commencera a geler. il est 21h30, j'ai fait plus de 12h00 de vélo...

5h30. Des glaçons dans mes bouteilles, du givre sur la tente. Réveil frigorifiant. Je termine la descente entamée la veille et arrive à Sibayo. La piste qui suie est horrible et me ralentit.

Chivay, enfin, après un long marathon de 450 kilomètres. Je mène mon enquête. Personne n'a vu de gringos à vélo. Un mail me le confirme. Gael et Yves viennent d'arriver à Arequipa. Ils ont choisi le Saint Nectaire. Tous mes efforts anéantis par un fromage fermier. C'est désolant ! Mon seul espoir de les voir est d'arriver à Arequipa avant 4 jours, repos maximal autorisé pour les cyclovoyageurs. La course en avant se poursuit...

Après un double ravitaillement des péruviens me conduisent aux sources d'eau chaude. J'y planterai ma tente le soir, mais le bain attendra le lendemain matin. Tous les péruviens y prennent leur bain, dans leur même crasse, peu encourageant...

 

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Cap sur Ushuaia, Julien Leblay, 2009.

Prix public : 18 euros.
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