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La fin du continent

Puerto Natales - Punta Arenas photos de cette étape

du 14/03/2008 au 18/03/2008

  • nombre de km prévus : 270
  • nombre km effectifs : 280
  • temps effectif : 16h00
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La fin du continent

Le Dimanche est consacrée à la visite de la grotte du Milodon, un ours préhistorique ayant vécu dans la région. Il existe plusieurs grottes situées à une vingtaine de kilomètres de Puerto Natales. Leur découverte nous permet également de faire connaissance avec la flore de la Patagonie, constituée de petits arbustes tel que le Calafate.

Le lundi est organisée la journée médiatique. Le matin Brook, Ethan, Nelson et moi nous rendons dans deux lycées pour exposer nos voyages. Le public, âgé de 15 à 18 ans est attentif et curieux de voir des états-uniens et un français venir chez eux à vélo. L'après midi se déroule dans les locaux de la croix rouge. C'est là que sont présents les journalistes. Après avoir présenté rapidement mon voyage et mon histoire, un docteur présente le don du sang. On y apprend notamment qu'au Chili, quasiment aucun des dons (entre 2 et 4 %) n'est volontaire. Tous sont des dons familiaux.

Après la conférence nous nous rendons avec Brook et Ethan dans un café pour boire notre dernière bière ensemble. Nous croisons nos deux amis cyclopédique italiens. Brook et Ethan se rendent à 19h00 près de leur bus. Cette fois ci c'est bien terminé, je ne roulerai plus avec eux. Ils se rendent ainsi jusqu'à Punta Arenas et parcourrons les 500 derniers kilomètres à vélo. ils sont un peu en retard et Ethan a son avion le 19, d'où ce petit trajet de 250 km en bus. Nous nous étreignons une dernière fois. Ils montent les derniers dans le bus. La porte se referme derrière eux. Le bus quitte son stationnement. Les voila partis. Bon voyage à vous, que les vents du sud vous soient favorables !

Je devais partir le lendemain, finalement je reste ici pour pouvoir assister à une réunion du rotary club, le jeudi soir. Durant ces longs jours de repos Fernanda est ma guide. Nous nous rendons au panorama Dorotea qui donne une vue sur la ville. Au sommet, à 600 mètres d'altitude, les vents sont violents. Les vents sont violents sur la route aussi, et me prennent mon drapeau. Je ne le retrouverai plus. Je visiterai également deux des trois musées de la ville dont un sur le peuplement de la région. La région de Magellane où je me trouve maintenant est une des dernières a avoir été peuplée au monde. Un autre musée présente la faune de la région, riche de pumas, condors, manchots...

Le jeudi soir j'assiste à la réunion du rotary club. Je fais connaissance avec ce petit club de 18 membres, très chaleureux. Comme souvent, ma venue a permis au rotary club de travailler pour la promotion du don du sang pour la première fois, et comme souvent des actions futures sont envisagées. Car au final le message transporté par le rotary club est identique a celui du don du sang : donner de soi sans rien recevoir. Donner pour le plaisir de donner, pour le plaisir d'aider celui qui recevra.

C'est vendredi que je quitte Puerto Natales, avec grand regret. Je remercie une dernière fois Nelson et sa femme Eva pour l'accueil très chaleureux qu'ils m'ont réservé. J'aurai passé 6 jours en leur compagnie, à découvrir Puerto Natales et ses alentours. Avant de venir ici j'avais dit à mes amis Brook et Ethan qu'il n'y avait pas grand chose a voir à Puerto Natales. Je repars avec une idée contraire. Il fait bon vivre à Puerto Natales, et y rester quelques jours est fort plaisant. Fernanda m'accompagne sur les premiers kilomètres. Nous nous arrêtons de nouveau au mirador Dorotea. Frida la patronne nous cuisine des oeufs et nous régale de thé, pain, confiture et biscuits. Nous repartons une heure après réconfortés par son sourire, son dynamisme et avec un paquet de biscuits en poche. Le trajet est long m'a-t-elle dit, il faut prendre des forces !

Fernanda arrête sa course un peu plus loin au croisement de la route allant en Argentine. C'est ici que s'arrête son rôle de guide, qu'elle aura parfaitement rempli pendant ces 6 jours. Je la remercie une dernière fois, pour sa gentillesse, sa disponibilité et sa complaisance face a mon espagnol de mauvaise qualité qu'elle s'est appliquée a corriger sans jamais me froisser ! Nos chemins se séparent. Elle s'en retourne à Puerto Natales , moi je continue vers le sud. Je la regarde disparaître derrière la route. Je suis de nouveau seul, seul face à l'immensité de la Patagonie.

Cette partie de la Patagonie est cependant moins sèche que le coté argentin. Alors je peux voir milliers de brebis, centaines de vaches et dizaines de chevaux paîtrent dans les grandes étendues. Je suis ici au milieu de gigantesques estancias, dont la surface ne se compte pas en centaines mais bien en milliers d'hectares. 20 000 hectares est commun pour une seule ferme. Les brebis ressemblent a celles de Nouvelle Zélande, bien garnies de laine. C'est qu'elles sont importées de ce pays.

Après 120 kilomètres, alors que je cherche un endroit où bivouaquer, je croise un français à vélo. Il me dit avoir croisé Virginie. ELle m'attend à 25 km de là. Virginie est la française m'ayant accueillie à Arequipa il y a quelques mois. La voilà partie à vélo depuis quelques semaines. Il y a quelques jours elle me disait être à Ushuaia et nous nous étions donné rendez vous demain à 10h00 à Villa Telhueches. Elle y est déjà. Je décide alors de poursuivre la route pour la rejoindre. La nuit tombe vite. Il est 21h00 lorsque je me trouve devant une cour et des maisons. Je pense qu'il s'agit de Villa Telhueches. Je ne vois rien et je suis bouffé par les crampes. Il a fait froid durant la journée et je n'ai pas bu assez... J'appelle plusieurs fois Virginie mais sans succès. Elle doit probablement être cantonnée dans une de ces maisons. Alors je plante ma tente et m'y écroule avec difficulté, tant mes jambes ont du mal a me supporter.

Au matin je m'aperçois qu'il ne s'agit pas du bon endroit. Je suis a un poste de sécurité de la voirie. Villa Telhueches se situe à 3kilomètres. J'y suis a 8h00. Je rencontre Michael, cycliste accompagnant Virginie. Cette dernière est encore dans sa tente. ELle en ressort quelques minutes après. Quel plaisir de la revoir, et à vélo cette fois ci ! Nous nous racontons nos aventures et conseils le temps de prendre le petit déjeuner, puis nous nous séparons à 11h0, chacun prenant la route que l'autre a pris la veille.
Une heure plus tard Nelson, Eva et Fernanda me doublent. Ils s'arrêtent pour me saluer une dernière fois. Ils se rendent à Punta Arenas. Fernanda prendra un avion pour Santiago où elle s'en va étudier. Avant de partir ils m'offrent 200 g de mantecol ! La coïncidence veut que j'ai terminé la veille les derniers grammes du kilo et demi acheté à noël à Mandoza. Nous nous étreignons une dernière fois. Leur voiture s'en va devant moi et disparaît rapidement. Cette rencontre du bord de route me donne des ailes pour toute l'étape.

Après 45 km je peux voir un panneau qui me surprend. Danger, terrain miné. Ce panneau me replonge directement en Bosnie et Croatie, ces deux pays si proches de la France et dévastés par les mines. La vue de ces panneaux en pleine Patagonie me surprend, mais nous rappelle qu'il y a peu de temps le Chili connaissait un régime dictatorial. Les traces y sont encore visibles, comme cette bande de "no man's land" de quelques dizaines de mètres qui se perd dans l'infini de la Patagonie. Ces mines ont été placées ici en 1978 lorsque le Chili était a deux doigts de rentrer en guerre contre l'Argentine. Guerre évitée de peu grâce à l'intervention du Pape...

30 km plus loin j'aperçois le détroit de Magellan. L'émotion me gagne à mesure que je le longe. Lors de ma visite de la région avec mes parents, je me souviens avoir vu trois cyclistes arriver à Punta Arenas. Je les avais regardé avec jalousie, sans savoir pour autant ce qu'ils vivaient réellement. Maintenant je le sais. Arriver à Punta Arenas, c'est en finir avec le continent américain. Après, c'est la terre de feu, ce bout de terre que je vois au loin se confondre avec les nuages. Arriver a Punta Arenas, c'est fouler une dernière fois le continent avant de regagner une île au nom mythique. Arriver à Punta Arenas, c'est amorcer la fin d'un long voyage. Je dormirai ce soir en face du détroit à 3km du centre ville. En face de moi la surface de ce bras de mer est agité par le vent. Et demain le soleil apparaîtra derrière la terre de feu...

Il est 10h30 lorsque je sonne à la porte d'Enrique. Enrique est prothésiste dentaire, ami de Nelson et rotarien. Il m'invite chez lui pour mon séjour a Punta Arenas. Lorsque j'arrive il est en plein travaux. Il lui faut réparer la balançoire de sa petite fille, réparer une gouttière et nettoyer les toits encombrés par les feuilles mortes. Je l'aide dans sa besogne, apprenant ainsi a mieux connaître cet homme sympathique et souriant. Durant l'après midi j'irai me balader en ville. En haut d'une butte je m'offre un panorama splendide sur la ville, le détroit et la terre de feu au loin. C'est ici qu'est implanté le café mirador, qui annonce que Paris se situe a 13280 km d'ici. Plus bas je visite le cimetière. Celui ci est tout à fait particulier, avec de grands casiers superposés richement fleuris d'un coté, et de gigantesques tombes d'un autre coté. Je peux y lire beaucoup de noms d'origines croates, illustrant la très forte immigration de ces pays. Enfin je reverrai les américaines à vélo rencontrées du coté d'El Bolson, le jour où Ethan s'était cassé une cote. Nous passerons un moment ensemble et nous donnons rendez vous mardi matin dans le ferry, pour la terre de feu. Brook et Ethan m'ont écrit hier. Ils sont arrivés à Ushuaia. Leur présence la bas me motive d'avantage pour ces derniers kilomètres même si lorsque j'y arriverai eux seront déjà partis.

Mardi matin je prends donc le ferry pour la terre de feu. Il me reste moins de 500 kilomètres a parcourir pour arriver à Ushuaia, au terme de ce voyage. 500 kilomètres sur les 11 000 prévus, j'ai bien du mal a réaliser que le voyage touche à sa fin. Le 17 septembre dernier je m'élançais de la place centrale de Lima, la trouille au ventre. Six mois plus tard, le lundi 17 mars 2008, je suis a la porte de la terre de feu, 11 000 km plus au sud.

Je vous donne donc rendez vous à Ushuaia dans quelques jours. Je déguste tranquillement ces derniers coups de pédale. L'accueil du rotary club dans les différentes villes me permet de vivre cette fin de voyage doucement, tranquillement et de digérer ainsi cette aventure qui fut des plus belles.

A bientôt, au bout du monde !

Julien
 

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Prix public : 18 euros.
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