De l'Auvergne à la Nouvelle-Zélande 2010 (18000 km)

France - Nouvelle-Zélande : le mythe perdure

Auckland - Eden Park photos de cette étape

du 02/10/2011 au 24/10/2011

Que la fête commenceRougerie s'essaye au véloSignaure de notre drapeau par les Bleus.Suportrice galloise dans le match Pays de Galles contre SamoaSupporters samoasIMG_0502IMG_0503

France - Nouvelle-Zélande : le mythe perdure

 

"Si la Nouvelle-Zélande ne gagne pas dimanche (la finale), vous devez vous demander comment la nation fera pour se lever mardi matin pour aller au boulot" Peter Bills, The New Zealand Herald, vendredi 21 octobre.

 

Les matchs opposant le France à la Nouvelle-Zélande en coupe du monde ont toujours marqué l’histoire de cette compétition. Depuis le premier affrontement lors de la finale de 1987 qui a vu le sacre des All Blacks, jusqu’à la victoire surprise des Bleus en 2007, ces rencontres ont marqué les esprits et globalement traumatisé les néo-zélandais. En 1999 comme en 2007, les All Blacks favoris perdent face à des Bleus survoltés, alors que la presse et le peuple, trop sûrs d’eux, voyaient déjà leur équipe championne du monde.

 

En quittant Nadaillat le 4 juillet 2010, nous avions pour objectif d’arriver en Nouvelle-Zélande pour assister à la coupe du monde. C’est avec cette idée que nous avons emporté avec nous un ballon de rugby de l’ASM signé par les tout récents champions de France. Soigneusement rangé dans une de mes sacoches arrières, entre les pièces de rechange des vélos et ma paire de chaussures de marche, ce ballon a été notre mascotte pendant 14 mois. Nous espérions secrètement pouvoir le remettre aux joueurs de l’équipe de France en Nouvelle-Zélande, sans vraiment savoir comment nous y prendre. 

En partant, nous savions aussi qu’il y avait un match que nous voulions voir à tout prix. La France et la Nouvelle-Zélande étant dans la même pool, les deux équipes allaient nécessairement s’affronter au début de la compétition. Assister à ce match a été notre leitmotiv.

Les tickets pour assister aux matchs ont été mis en vente alors que nous étions à Nis, en Serbie. A 9h00 du matin heure néo-zélandaise, donc 23h00 en Serbie, nous avons dû écourter notre présence au festival international de Burek (le burger local) pour commander nos places sur internet. En plus du France-Nouvelle-Zélande, nous avions également acheté des places pour le match France-Tonga, Fidji-Samoa, Fidji-Pays de Galles et aussi pour la finale de bronze. Mais voilà, tout le monde s’est arraché le France-Nouvelle-Zélande et la demande étant supérieure à l’offre, une deuxième vente est organisée, cette fois-ci sur le principe du premier arrivé, premier servi.  Elle se déroule quelques mois plus tard alors que nous sommes à Isfahan, en Iran. Là, nous avons neuf heures de décalage avec la Nouvelle-Zélande. Il nous faut alors soudoyer le veilleur de l’hôtel où nous sommes pour pouvoir utiliser sa connexion internet en pleine nuit. Il est minuit lorsque nous nous connectons sur le site officiel de la coupe du monde. Nous y choisissons notre match, demandons deux places, entrons le numéro de notre carte bleue, validons, patientons. Opération réussie avec succès, nous voilà en possession du fameux sésame, pour la modique somme de 465 NZ$ la place, soit plus de 250 euros. Nous voulions y être à tout prix, les organisateurs de la coupe du monde nous ont pris au mot.

 

De longs mois après, nous atterrissons enfin en Nouvelle-Zélande. Nous y sommes trois jours avant l’ouverture de la coupe du monde, le temps pour nous de palper le pouls du pays. Evidemment, le match France-Nouvelle-Zélande est sur toutes les lèvres. Les néo-zélandais sont mitigés. Certains préfèreraient gagner l’équipe de France en pool quitte à ne pas remporter la coupe. D’autres ne veulent faire aucune concession : il leur faut gagner les Bleus et remporter le titre. Pourtant, comme d’habitude, la Nouvelle-Zélande est favorite étant donné que la France n’a pas montré de belles choses les derniers mois, ayant même perdu face à l’Italie. Mais les Bleus restent la bête noire des Blacks et tout le monde attend ce match de pool avec impatience.

Avant cela, nous rencontrons les joueurs de l’équipe de France. Grâce à Valery Lefort, journaliste de La Montagne, nous sommes invités à boire un café avec les joueurs de l’ASM dans leur hôtel à Takapuna. Nous présentons notre voyage à Parra, Rougerie, Skrella et aussi Pape qui s’est glissé dans le groupe des auvergnats puis prenons une photo devant l’hôtel après que Rougerie, alors capitaine des Bleus contre le Japon, fait quelques tours de roue avec Teresa. La semaine suivante, nous nous faisons offrir deux tee-shirts de l’équipe de France par Jo Maso qui dira aux journalistes que les joueurs trouveront dans notre voyage une source de motivation. Nous n’en espérions pas tant :-) Nous étions juste venu leur porter un ballon en signe d’encouragement mais sommes heureux de constater que ce voyage, qui nous paraît bien plus facile que d’affronter les All Blacks chez eux, les impressionne à ce point. Comme quoi, tout est relatif !

 

Nous y sommes. Installés dans un coin d’Eden Park, nous chantons la Marseillaise à tue tête, portés par l’élan de plus de 10.000 supporters français. Les bleu-blanc-rouge font autant de bruit que les supporters kiwis qui, semble-t-il n’ont pas la même culture du rugby que dans l’hémisphère nord. Mais ça, on y reviendra. Finalement les Blacks l’emportent haut la main sans que les Bleus n’aient réussi à les inquiéter. A présent, chacun garde dans un coin de sa tête une idée un peu folle : retrouver les Blacks en finale. On y pense sans vraiment y croire, surtout après la défaite contre Tonga. Un jour sans où les joueurs s’excusent auprès des supporters pour avoir été “nuls”. Malgré tout ils se qualifient et devront affronter les Anglais, notre bête noire à nous. Chose faite, une victoire controversée face aux Gallois nous mène en finale. Ce soir-là, devant un public néo-zélandais supportant majoritairement les Gallois, les Français l’importent sans convaincre. Pourtant, les Kiwis sont inquiets. Inquiets de devoir affronter à nouveau la France. Car de leurs côtés, les Blacks ont battu les Argentins et les Australiens et se retrouvent eux aussi en finale.

Le soir de la demi finale des Blacks contre les Australiens, nous avons eu la bonne idée de nous déplacer jusqu’à la “fanzone” au coeur de la ville. Nous voulions en effet participer à cette grande fête avec les kiwis, pour partager avec eux la victoire de leur équipe. Assis face à un écran géant, nous avons été choqués par le comportement des supporters kiwis qui applaudissent les mauvais gestes de leur équipe et rient de voir couler le sang sur le visage des Australiens. Ils semblent vouer une haine plus particulière à Cooper, le numéro 15 australien dont la mère est néo-zélandaise mais qui a choisi d’être sélectionné chez l’équipe adverse. Que dis-je, l’équipe ennemie. Chaque fois que le malheureux prend le ballon, ils sont des millions à le huer ouvertement et à rire de ses mauvaises inspirations. 

Nous sommes venus dans la fanzone en supporter des Blacks, nous avons très vite changé nos couleurs et encouragé les Australiens. Cependant, cette attitude confirme nos impressions déjà perçues. Depuis le match d’ouverture où des supporters des Blacks lançaient des bras d’honneur à des supporters samoas, jusqu’aux matchs des îles du pacifiques où chaque supporter hue l’équipe adverse lorsqu’elle bote une pénalité. Bref, loin des ambiances de Twickenham ou du Stade de France où chaque pénalité se fait dans un silence parfois religieux, ici nous sommes en face de sauvages qui n’ont aucun respect pour le jeu mais supportent leur équipe d’une bien étrange façon. Mis à part siffler l’adversaire, boire de la bière plus que de raison et insulter les adversaires, ils ne savent pas encourager leur équipe comme nous le faisons, avec coeur et passion. On peut avoir des rivalités contre une équipe, comme nous avec les anglais, cela empêche-t-il d’être fair-play ? Le peuple kiwi prend le rugby trop au sérieux et cela les rend stupides. On se régalait à l’idée de partager cette fête avec les kiwis, au lieu de cela ces supporters nous surprennent par leur médiocrité et nous font aussi un peu peur. En effet, que se passerait-il si la France venait à battre les Blacks en finale ? Qu’adviendrait-il des pauvres supporters français noyés au milieu de cette masse de Kiwis imbibés d’alcool ? De même, quel serait le comportement de ces supporters si les Blacks écrasaient les Français. On se ferait rire au nez. On repense aux paroles de notre ami Brian disant que les deux fléaux de la Nouvelle-Zélande sont le rugby et l’alcool. La combinaison des deux donne un mélange peu convaincant.

France - All Blacks est une finale de rêve, pour les joueurs, pour le coach comme pour les supporters Français. Nous sommes en Nouvelle-Zélande, notre équipe nationale va devoir combattre l’équipe numéro 1 au monde pour le titre de Champion du monde : il était en effet difficile de rêver mieux. La semaine qui précède est entachée par la presse néo-zélandaise qui ne comprend pas que MArc Lievremont croit en la chance de son équipe et qui misent tous sur une victoire écrasante des Blacks. La presse anglaise, relayée dans les journaux kiwis, va dans ce sens : Un journaliste anglais écrivait  “Une défaite de la France avec moins de dix points d’écart ne serait pas une victoire valable pour la plus haute distinction du rugby et donnerait le regret aux vainqueurs de ne pas avoir tout donné pour la Nouvelle-Zélande”. Cette même presse a aussi beaucoup insisté sur la rudesse de l’équipe de France, sur les “mauvais gestes” des Français dans le passé, des gestes qualifiés même de “crime”. Cela étonne quand on connaît le dénouement de la finale, où Parra a subit un attentat de la part du capitaine des Blacks, sous les applaudissements...

Bref, pendant une semaine les Français sont humiliés par les journalistes qui oublient que l’Histoire leur a déjà joué des mauvais tours. En éliminant par deux fois les Blacks, la France a déjà montré dans le passé qu’elle fait partie de ces grandes équipes, qui peuvent sortir le grand match le jour J. D’habitude ce sont les Français qui ont la réputation d’être orgueilleux. Mais quand il s’agit de rugby, les kiwis nous battent haut la main. Enfin, ne généralisons pas non plus. Il existe aussi des Kiwis qui ne se préoccupent pas tant que cela du rugby. Du coup, ils sont vite amenés à détester ce sport. Nous avons eu l’occasion de parler avec plusieurs personnes qui déplorent le fait que le rugby prend tout. En Nouvelle-Zélande, on ne vit que pour le rugby, on ne parle que de rugby, on ne finance que le rugby. D’autres évènements a priori aussi importants, tel que les jeux olympiques par exemple, passent complètement inaperçus du fait de l’importance du rugby.

- Les All Blacks n’ont gagné qu’une coupe du monde, il y a 24 ans ! Pourquoi on ne parle que d’eux ? s’insurge certains Néo-Zélandais.

Après cette mauvaise soirée passée au fanzone, nous avons donc changé nos plans initiaux de revenir ici pour la finale. Nous nous sommes alors tournés vers un bar belge. Là, nous retrouvons de nombreux supporters français qui, déçus comme nous par les supporters kiwis, ont eu peur de se rendre dans la “fanzone” et ont préféré passer cette soirée entre compatriotes, un peu à regret certes. Nous sommes également un peu déçus de nous retrouver entre Français; Car la conclusion est un peu amer : nous avons parcouru la moitié de la terre avec nos vélos pour finalement devoir nous réfugier dans un pub belge… Nous voulions vivre une grande fête, mais les supporters kiwis nous la gâchent en ne voulant la partager avec quiconque. Cette fête est la leur, cette coupe est la leur, un point c’est tout. Par bonheur, quelques Kiwis sont présents dans “notre” bar et nous aurons le plaisir de les féliciter après le match. Car on connaît l’histoire. Les Français se sont battus comme des lions contre tout un peuple et bien plus encore, et ont échoué pour un petit point. Au coup de sifflet final, nous sommes déçus de voir nos Bleus échouer si près du but. Mais finalement nous sommes aussi fiers d’eux, car en 80 minutes ils ont donné tort à tous. Là où les journalistes et les Kiwis prévoyaient une victoire d’au moins 15 points des Blacks, ils les ont fait douter et ne leur ont concédé que l’avantage d’un point, le minimum syndical pour la victoire. Là où tout le monde prévoyait une démonstration des Blacks, nous n’avons vu que les Bleus sur le terrain. Et quand les Kiwis criaient victoire avant le début du match, ils ont du attendre la dernière minute avant de pouvoir respirer, de pouvoir se dire qu’ils avaient la coupe pour eux. Les Kiwis célèbrent leur victoire comme les Lybiens célèbrent la mort de leur dictateur. Pourtant chez eux, sur leur terrain, avec le soutien de tout un peuple, les Blacks ont été dominés toute la finale et ne l’ont remporté que d’un point : il n’y a pas de quoi fanfaronner ! De ce fait, malgré leur victoire peu convaincante, on peut penser que les Bleus resteront l'équipe à battre pour les Blacks, tant cette finale contreversée les a fait douter. 

On était venu ici en nous disant que les Blacks mériteraient de gagner devant son peuple. Nous ne sommes pas mécontents que les Blacks aient gagné car cette équipe a montré un niveau de jeu digne d’un champion du monde. Mais nous restons sur notre faim quand au comportement de leurs supporteurs. Une telle équipe devrait mériter meilleur soutien. Cette coupe nous a montré un autre visage de la Nouvelle-Zélande, où il semble que de nombreuses personnes mettent toute leur vie dans les mains des Blacks.

Dans le train qui nous ramène dans notre maison à Ranui, à une demi-heure d’Eden Park, nous faisons le bilan des sept semaines passées ici. Cette expérience fut fabuleuse. Pour nous qui ne sommes pas de fanatiques supporters (j’étais allé deux fois dans un stade de rugby, et Marion une seule fois), nous avons apprécié l’atmosphère qui se dégageait des gradins, apprécié de voir autant de compatriotes s’unir pour une même cause. Nous avons le sentiment d’être des privilégiés. Avoir pu suivre l’intégralité de cette coupe du monde, depuis le premier match jusqu’au dernier a été une immense chance que peu de Français ont pu s’offrir. Voir les Bleus en finale a été une énorme satisfaction malgré une défaite somme toute logique à la vue du tournoi. Le rugby n’est qu’un jeu, même s’il est professionnel. La Terre n’a pas arrêté de tourner malgré la deuxième place, mardi les Français vont pouvoir se lever pour aller travailler (tout comme nous) et nous sommes fiers  de porter notre drapeau dont les couleurs ont vaillamment été défendues par nos joueurs. Nous sommes fiers du chemin qu’ils ont parcouru et disons avec beaucoup de franchise :

- Bravo les All Blacks, vous méritiez votre coupe. Vous êtes les numéro 1 du rugby mondial ; vous méritez d’être Champions du monde.

Enfin, nous sourions avec satisfaction et soulagement en écoutant un Anglais nous dire :

- Pour la prochaine coupe du monde, vous n’aurez pas besoin de parcourir 18.000 km à vélo ! En 2015 ce sera chez nous !

On n’y avait pas pensé, et cette idée nous fait sourire.

 

 





Le livre

Que vous soyez cyclotouriste, voyageur ou sédentaire ouvert sur le monde, il y a mille et une raisons de vous réjouir de la lecture de ces Nouvelles Vagabondes.
Après plusieurs voyages en solitaire, Julien Leblay nous livre cette fois-ci le récit de son périple avec sa compagne Marion. Ne voulant se contenter de décrire le quotidien de leur voyage, il s’engage et se place résolument loin des clichés pour nous livrer avec sincérité ses impressions, que ce soit sur la vie du couple en voyage, ses préoccupations écologiques ou sur les traits culturels ou sociologiques des pays traversés.
Ce livre ne laisse pas indifférent et bouscule nos représentations exotiques du monde ; à sa lecture on découvre, on s’indigne et on s’émerveille tour à tour. Dans un style à la fois personnel et documenté, il nous offre une immersion complète, sans langue de bois, dans son voyage à vélo en couple. Il réussit finalement le pari de dresser un tableau contrasté et nuancé de cette longue aventure cyclotouriste qui ne sera probablement pas la dernière !

Cécile R.

352 pages dont 16 en couleur
Prix de vente : 20 euros

Disponible sur http://goodaventure.com

Le DVD

Julien et Marion Leblay quittent l'Auvergne en juillet 2010 pour une aventure de 22.000 kilomètres à vélo. Portés par le désir de découvertes et de rencontres, mais aussi par celui de promouvoir le don du sang, ils traversent l'ex-Yougoslavie, la Turquie, l'Iran, l'Inde, l'Asie du Sud-Est et l'Australie pour finalement arriver en Nouvelle-Zélande vingt mois plus tard.
Savoureusement pimenté, ce voyage donne le "goût d'aventure" !

Durée : 84 minutes.
Prix de vente : 15 euros

Disponible sur http://goodaventure.com
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