Nouvelle-Zélande 2005 (2750 km) acheter le livre

Essayons de mieux comprendre la culture maorie

Rotorua - Whakatane photos de cette étape

le 12/09/2005

  • nombre de km prévus : 90
  • nombre km effectifs : 89
  • temps prévu : 4h30
  • temps effectif : 6h15
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Essayons de mieux comprendre la culture maorie

Lorsque vous débarquez à l'aéroport d'Auckland, on vous met d'entrée dans le bain maorie, en affichant partout des posters de maories ou de sculptures. Même chose lorsque vous achetez des guides touristiques. Pour exemple le grand guide de chez Gallimard, qui vous présente en quatrième de couverture la magnifique sculpture maorie gravée sur un rocher d'une des îles du lac Taupo (sculpture qui, ceci dit au passage, ne date que d'environ 15 ou 20 ans...). Bref, tout est fait pour associer la Nouvelle Zélande aux Maoris.

Ray (archéologue) m'a expliqué brièvement l'histoire de ce peuple, histoire d'ailleurs très contestée. Il semble que le débat autour de l'origine des maories n'est pas près de se terminer. Pour lui comme pour beaucoup d'autres scientifiques, les ancêtres des Maories viendraient du sud de l'Asie (Nord des Philippines, Taiwan ; mais ne dîtes pas à un Maorie que c'est un produit made in Taiwan, je vous promets qu'ils sont en fait bien plus solides). Il y aurait environ 6000 à 7000 ans, les ancêtres des maories auraient quitté l'Asie à la découverte du Pacifique. Ils ont petit à petit découvert toutes les îles de la Polynésie : Tonga et Samoa il y a 2000 ans, puis Polynésie centrale (Marquesas) il y a 1200 ans, et enfin la Nouvelle Zélande, en dernier, il y a 1000 ans. Entre temps (entre les Marquesas et la Nouvelle Zélande), ils auraient eu le temps d'aller en Amérique du sud pour aller chercher, entre autres, le Kumara (patate sucrée). Mais il a été trouvé sur des îles du Pacifique des outils faits avec de la lave provenant de la Nouvelle Zélande, et datant de plus de 1000 ans (probablement 2000 ans)... Ce qui voudrait dire que ces navigateurs seraient allés en Nouvelle Zélande, puis revenus dans le Pacifique, puis retournés là-bas... Voici la version scientifique.
Jade et Teressa, les deux mères de famille Maories chez qui j'ai été hébergé pendant 3 jours, me donnent une autre version de leur histoire. Pour elles, les Maories ont peuplés cette terre lorsqu'elle était encore rattachée à l'Australie. Les Maories auraient donc vu la terre se séparer de l'Australie, les volcans émerger et dessiner les courbes de ce pays... Voilà donc les deux versions qu'il est possible d'avoir pour le peuplement de la Nouvelle Zélande. J'aurai tendance à pencher pour la version scientifique, qui est également présentée dans le musée de Rotorua par exemple.

Pour ce qui est de l'intégration des maories dans ce pays (cette expression est terrible de sens, quand on pense que ce sont eux les premiers à être sur ces terres...), il y a beaucoup à dire. En fait, la Nouvelle Zélande utilise la culture Maorie comme un produit marketing, un produit touristique. Si l'on vient ici, c'est pour ces paysages, les grands espaces, l'air pur, les volcans et... les Maories. J'ai été invité à venir passer quelques jours avec cette famille, invitation que j'ai volontiers accepté. Mais je suis venu ici avec beaucoup d'a priori, de pensées négatives envers cette population. En effet, vu d'Auckland, je n'ai vu cette population que sous un angle "produit touristique" (je vous avais déjà fait part de mes sentiments il y a quelques mois). J'ai donc expliqué à Jade et sa famille comment je voyais leur peuple : des gens qui font la promotion d'une culture d'une façon malhonnête puisque complètement en décalage par rapport à ce que devait être cette culture au temps du Moa, avant l'arrivée des colons. J'ai en tête ces Maories shows filmés par mon collègue de bureau (!), P-B, ou l'on voit des gens obèses danser et chanter devant un car de touristes époustouflés devant la beauté de ce spectacle, de cette culture... Grotesque.

Alors Jade m'a expliqué l'histoire de son peuple, qui a été colonisé par nous, européens, il y a plus de 200 ans. Pendant des années, on leur a pris leur terre (et ça continue toujours), et interdit d'exprimer leur culture (de parler maorie entre autres). Alors ils ont perdu beaucoup de cette culture, à laquelle ils n'ont réussi à conserver que quelques brides... Je me rappelle d'ailleurs un ami qui, sachant que j'étais ici, me demandait : "tu parles Maorie ?". Bien sur que non, personne ne parle Maorie ici ! Tout le monde parle anglais, et un peu français ! Le Maorie est très peu parlé. Pour exemple, dans cette famille de maories, seul la mer, la fille et le fils parlent maories... Les autres membres de la famille ne parlent pas leur langue d'origine. Ceci est dû au fait qu'on leur a interdit de parler Maorie pendant de nombreuses années... Les différentes interdictions ont fait que cette culture a beaucoup perdu. Lorsque vous perdez la langue, vous perdez beaucoup de votre héritage culturel. Ainsi, beaucoup de maories ne savent pas de quelle tribu originelle ils viennent, et ne connaissent pas grand chose en fait de leur culture. Teressa, qui est une passionnée (membre du parti politique des maories, créé cette année), me dit que la culture maorie n'a rien de traditionnel, puisqu'ils ont perdu toutes leurs traditions et ne connaissent plus rien (ou très peu de leur culture).

Et pourtant, ils font ces Maories shows. Pour ceux qui ne connaissent pas, ce sont des maories qui vous font un Haka devant vous, pendant environ une heure, et ce pour 80 $NZ... Stephen, le frère de Jade, fait partie de ces maories qui font des shows (Jade en faisait aussi). Il m'explique que cela ne représente rien pour lui, que c'est juste un travail, qu'il améliore sa culture autrement. C'est juste de "l'argent facilement gagné"... En effet, il peut être payé entre 40 et 60 $NZ (contre 10 s'il travaillait chez Mac Donald par exemple...). Je lui explique que je trouve ces shows complètement dégradant pour les maories, et que lorsque j'ai vu ça la première fois (en vidéo), cela ne m'avait pas du tout donne envie de rencontrer des maories. Il dit me comprendre. Pour reprendre les termes de Ray (l'archéologue, souvenez-vous. Vous suivez là ?!!), il s'agit d'une sorte de "prostitution" de cette culture. On vend ce que le consommateur veut. Du spectaculaire, des couleurs, des gros yeux, de belles langues pendues, des plumes (obligé pour une culture tribale...). Mais Teressa me dit être d'accord avec moi également. "Ces shows sont faux, ce n'est pas notre culture, mais c'est ce pourquoi on est payé". Et son argument est de d'ajouter que oui, il s'agit bien d'une prostitution. Mais donnez un vrai boulot à une prostituée, et elle n'ira plus sur le trottoir. Même chose pour les maories. Le tourisme est pour l'instant le seul moyen pour eux de gagner leur vie décemment. Ils voudraient que leur terre leur soit restituée, pour travailler pour eux, pour exploiter leurs terres, pour y élever leurs enfants. Mais leurs terres ont été confisquées, et il leur est impossible (moralement j'entends) de travailler pour quelqu'un d'autre sur des terres qui sont supposées leur appartenir... Beaucoup de communautés maories ont lancé une procédure judiciaire contre le gouvernement. C'est le cas de Teressa et sa communauté, qui sont en justice depuis 10 ans contre le gouvernement. La fin de cette procédure est toute proche : la semaine prochaine...

Evidemment, ce n'est là que l'avis d'une famille de maorie. Et en plus ce que j'ai compris est certainement un peu déformé par mes difficultés de compréhension...Quelques détails doivent certainement m'échapper...! Ceci dit Gaye (la femme de Ray, l'archéologue donc...) me disait qu'elle n'était pas d'accord pour aider les maories comme il se faisait aujourd'hui (apparemment ils reçoivent des compensations par rapport au traité de Waitangi qui n'a pas été appliqué, mais là c'est super complexe aussi je comprends pas trop...). Mais que la meilleure façon de les aider serait de leur apporter un meilleur accès aux soins et à l'école. Sur ce point de vue, les deux bords sont d'accord. Jade me disait que son peuple se meurt, à cause de problèmes de tensions, d'obésité, de coeur... Les maories meurent très jeunes et ont une mauvaise santé. Et l'accès à l'école ne semble pas facile non plus... Et de leur côté, les Maories ne veulent pas de ces compensations; ils veulent juste qu'on leur restitue leurs terres, dans la limite des stocks disponibles (terres que l'Etat s'est approprié par exemple).

Voilà en très résumé les différentes discussions que j'ai pu avoir avec cette famille. Mon opinion maintenant, après ce séjour ici, a changé. Je vois ce peuple d'une autre manière. Je voyais le maorie comme une personne difficile à aborder. Pour exemple, le père ici (ou le grand père en fait). Sacré bonhomme, plutôt baraqué, le visage ferme, le tronc droit... A première vue, pas commode le type ! Eh ben en fait super sympa, on a bien discuté, il m'a payé des canons, tout s'est bien passé !! Je n'irai pas voir un de ces maorie shows, car je n'ai pas changé d'avis par rapport à ça ! Par contre je comprends mieux ces gens qui font cela par survie, en attendant mieux. Leur culture ne s'arrête pas à ça, mais c'est ce que le consommateur demande, alors ils le font. Mais à côté de ça, ils se battent pour que le traité soit appliqué, pour que le maorie, langue officielle depuis 1999, rappelons-le, soit plus parlé, et pour que l'Etat cesse de leur prendre leur terre encore et toujours pour en faire des lieux publics ou pour les vendre... (à confirmer). Leur situation est assez délicate en fait, puisqu'ils jouent le jeu du tourisme tout en ayant complètement conscience que ce n'est pas leur culture. Mais cela leur permet d'avoir des revenus honnêtes, pour élever leurs enfants et pouvoir vivre comme n'importe quel autre citoyen de ce pays. Et Jade me dit que ces shows ont permis à beaucoup de maoris de retourner vers leur culture, de réapprendre à parler Maorie. Et c'est donc un premier pas vers une "recolonisation" de leur culture, qui se fait en même temps qu'une "recolonisation" de leur terre...

De ce qu'on voit de l'extérieur, on pourrait donc croire que cette population est tout à fait intégrée, respectée... L'impression que j'ai est qu'il n'en est rien, de la part de l'Etat tout du moins (car on sent un engouement de la part de la population Kiwi envers les maories). J'ai souvent entendu parler de racisme en parlant des maories, de ségrégation dans le travail, l'accès à l'école, aux soins... L'Etat semble se servir de cette culture pour soigner sa vitrine, mais derrière les maories semblent écartés du système... Mais certains kiwis me disaient avant que les maories reçoivent trop de l'Etat, et qu'ils tirent trop d'avantages par rapport à ce fameux traité de Waitangi. Il existe une grosse incompréhension je crois entre les kiwis et les maories. Les premiers pensent que les maories ne veulent pas travailler, et qu'ils se suffisent des aides de l'Etat ; les deuxièmes ressentent une ségrégation, et veulent récupérer leurs terres volées par l'Etat... Je ne prendrai pas position dans ce débat qui me dépasse. Mais voyez que la situation n'est pas simple, et que la culture maorie est bien différente entre ce qu'on veut nous vendre et la réalité. Et d'un autre côté, je me dis que les Kiwis semblent fiers de cette culture. Lorsque l'on voit comment les gens réagissent lorsque les All Blacks font le Haka, c'est de la pure folie ! Alors je me dis que, alors que les Kiwis se cherchent une identité, les maories peuvent réellement servir de base à cette quête d'identité. La culture maorie semble être partagée par tous et représente un pilier fort de ce pays...

En tous les cas, j'aurai eu la grande chance de passer trois jours avec cette famille, à Rotorua. Je n'aurai malheureusement pas vu beaucoup de lacs d'eau chaude, ni aucun geysers du fait de mon genou douloureux. Je n'aurai pas vu l'art maori ni les shows (mais ça, ça ne manque pas !). Mais j'aurai vu bien plus à mon avis. Ces trois jours m'auront permis de mieux comprendre la situation des maories dans ce pays. Bien sur, tous ces propos sont à confronter avec la vision des kiwis (j'attends d'ailleurs vos réactions sur le forum). Ils m'ont magnifiquement bien accueillis et ont répondu à toutes mes questions, alors qu'à la base je ne venais pas qu'avec de bonnes pensées ! Nos échanges ont été très intéressants, même si je ne partage pas tous leurs points de vue (loin s'en faut !). Je repartirai de Rotorua avec une meilleure image de cette culture et avec l'énorme satisfaction d'avoir pu prendre du temps avec ces femmes et ces hommes dont les ancêtres ont été les premiers à fouler la terre néo-zélandaise...

Comme nous parlons des maories, petit dernier mot pour parler de ce fameux Haka, qui a fait couler tant d'encre ici ou en France ! En fait, il s'agit surtout du geste fait à la fin du Haka, montrant que les All Blacks vont trancher la gorge de leur adversaire... Geste plutôt choquant sur un terrain de rugby ! Ce nouveau Haka est en fait le Haka originel, et il a été écrit par deux chefs maoris. Il a été très bien perçu ici, les Kiwis n'ont pas été choqués par ce geste. Le Haka est une danse de guerre, utilisée avant pour dire à l'adversaire qu'il allait être tué... Bien sur, ce n'est pas le cas sur un terrain de rugby, mais replacé dans son contexte, le Haka prend tout son sens ! Donc ici, personne n'est choqué, et tout le monde le trouve très bien. Seul problème. Tana Umaga a beau être le meilleur capitaine possible pour les Blacks, et un joueur d'une très grande qualité, il n'est pas maori. Il est Fidjien... Et du coup voir le Haka mené par un non maorie laisse un petit goût amer... Ce que je comprends tout à fait. C'était la petite minute rugbystique, à vous Paris !

Comme je vous le disais j'ai loupé beaucoup de curiosités touristiques du fait de mon genou douloureux qui m'a rendu un peu prisonnier et immobile... Du coup je suis en train de réfléchir à l'itinéraire futur. Ils m'ont invité à revenir passer une journée ici lorsque je serai de retour, du côté de Taupo. Evidemment, je n'en suis pas encore là, mais je pense qu'au lieu de rester deux jours à Taupo je reviendrai ici. J'ai déjà visité Taupo pendant mon stage, et j'ai à peu près tout vu (Huka Fall et Craters of the Moon). Je pense donc que je filerai directement jusqu'à Rotorua, passerai une journée de plus ici, puis roulerai en direction de Hamilton pour l'avant dernière collecte de sang... Bien évidemment, il faut que j'en parle à mon genou ! Mais ce dernier semble aller mieux. J'ai fait 30 km hier pour aller jusqu'à la "Red Wood Forest (magnifique, voir photos) puis jusqu'au lac bleu (rien d'exceptionnel par contre...). Et je retrouve peu à peu un coup de pédale plus fluide... Je pense que dans tous les cas, je n'irai pas visiter le Cap Est. Je couperai à travers. Ceci me permettra de bien récupérer (si on peut parler de récupération en faisant 70 bornes par jour en Nouvelle Zélande...)... A suivre donc avec anxiété et intérêt !

Voila, j'espère ne pas vous avoir trop embêté avec toutes ces histoires de maoris... J'espère ne pas avoir été trop fouillis dans ces explications... Mais je vous promets que la situation semble vraiment très très complexe. Et en plus je suis chez des passionnés, alors ils parlent, ils parlent, ils parlent, et j'ai un peu de mal à suivre ! Même après un verre de vin, c'est encore difficile à comprendre, c'est pour dire ! Donc je vous retrouve sur le forum pour avoir vos impressions. Amis Kiwis ou maoris, que pensez-vous de cette situation ; amis français ou européens, comment percevez-vous cette culture de votre oeil extérieur ?

Pour ce qui est du reste de ce séjour de trois jours, j'ai fait une petite balade à travers la magnifique forêt de bois rouge (Red Wood Forest). Des arbres de 60 mètres de haut sortent de terre pour chercher le soleil. L'atmosphère est d'une tranquillité incroyable malgré le fait que j'ai croisé un car de touristes chinois ou coréens sur mon chemin (ils sont partout dans ce pays !!). Rachel et Brian m'avaient conseillé de visiter cette forêt, je les en remercie ! Puis j'ai fait un saut jusqu'au lac Bleu, qui n'a en fait rien d'exceptionnel... A mon retour a Rotorua, je me suis arrêté dans un petit parc à l'entrée de la ville, où les fumerolles vous invitent à vous arrêter. On peut y voir des petits bains d'eau chaude et de boue bouillantes.

7eme étape, première partie

Après ces trois journées de repos passées à Rotorua, j'ai repris mon bolide dimanche en début de matinée. Vu que j'avais une journée d'avance à Tauranga, j'avais alors décidé de passer une nuit au lac de Rotoma. Toni, du centre de don du sang de Tauranga, avait appelé le camping de Lac Rotoma (à mi-chemin entre Rotorua et Whakatane) pour savoir s'ils auraient une assiette et une casserole à me prêter pour faire ma popote. Jan, la patronne, avait alors répondu qu'elle mettrai à ma disposition une caravane avec tout ce qu'il faut (toit compris), gratuitement. Le bonheur ! Et vu l'état de mon genou, cela m'arrange encore plus. Je peux ainsi couper l'étape de 80 kilomètres prévue en deux étapes de 40 kilomètres chacune. C'est exactement ce qu'il me faut !

J'ai donc quitté la famille maorie qui m'a hébergé pendant ces trois jours. Encore 1000 mercis pour votre accueil, pour l'attention que vous m'avez porté, et pour toutes ces discussions très très intéressantes. Je pars à 8h30, avec une allure toujours très hésitante. Je me suis bien reposé, mais cela ne semble pas encore suffisant. Alors je pédale avec le talon, voir avec une seule jambe parfois... L'étape, quoi que courte, s'annonce difficile. Puis peu à peu je me réchauffe et les mouvements deviennent plus fluides...

A Tikitere je passe, doucement, devant la station thermale Hell's Gate, où il vous est possible de prendre des bains de... boue, pour le bien être de votre corps... De mon côté, je pose pied à terre pour grimper la petite butte juste après la station. Je suis rentré dans une phase de biathlon. Vélo sur le plat et les descentes; marche à pied dans les montées ! Je longe comme cela plusieurs lacs. Celui de Rotoiti, puis celui de Rotoehu perdu dans le brouillard d'une fine pluie, et dans lequel des cygnes noirs ajoutent du mystère à ce tableau déjà très particulier... Tout au long du parcours, je peux également voir des Marae (habitation traditionnelle maorie servant de "salle de réunion"), de quoi me familiariser un peu plus avec cette culture.

Alors que je m'approche du dernier lac de la journée, celui de Rotama, une camionnette me double, fait demi tour, puis s'arrête à ma hauteur. Un gars en ressort et me demande :
- You are a French guy ?
- Euh, yes... (franchement, j'croyais pas que ça se voyait tant que ça...!)
- Cool, you will sleep in my mother's house tomorrow!
- ?...
En fait, il s'agit de Mark, le fils de Madelene du Rotary Club de Whakatane ! En effet je dormirai chez elle lundi et mardi soir ! Mark m'a doublé et s'est dit que ça devait être le français dont sa mère lui a parlé... Un gars à vélo chargé comme une mule et avec un drapeau, il n’y en a pas tant que ça en Nouvelle-Zélande ! Il me propose de m'emmener un peu plus loin. Mais je ne suis qu'à un kilomètre de mon camping. Alors on se quitte sur une bonne poignée de main et on se dit à très bientôt !! Quand on dit que la Nouvelle Zélande est un petit pays...!

Finalement j'arrive au camping, avec vue sur le lac Rotoma, où Jan et Tony sont là pour m'accueillir. Jan me montre mon appartement. Une magnifique caravane avec deux petits lits et un grand lit deux places. Le paradis. La caravane est l'équivalent d'un hôtel 3 étoiles pour le cyclo-voyageur. Je savoure la gentillesse de ces kiwis.

La journée a donc été tranquille, et a ressemblé à une petite promenade du dimanche ! J'ai fait 45 kilomètres en... 3h45 minutes !! (soit du 12km/h!!). J'ai pris mon temps, le relief n'était pas exigeant. J'ai fait deux portions à pied (deux petites montées) où j'ai poussé le vélo (je comprends mieux alors l'expression "pushing bike" qui veut dire "faire du vélo" en langage kiwi !). Du coup j'ai eu toute la journée pour parlementer avec mon genou. Il semble compréhensif et fera de son mieux pour se rétablir le plus rapidement possible ! Il faut dire que j'en prends le plus grand soin ! La situation semble donc s'améliorer peu à peu. Demain je refais 45 kilomètres pour aller jusqu'à Whakatane où j'aurai une journée de repos. Puis je redescendrais directement à Gisborne en évitant tout le Cape Est. Du coup mes étapes se retrouvent réduites de moitié. J'espère ainsi retrouver toutes mes facultés à Napier, où je reprendrai alors mon petit train train normal... Enfin, on n'en est pas encore là !

Je mets un dernier coup d'Arnica avant d'aller dormir. Il est 21h30. C'est le bruit de la pluie sur la caravane qui m'aidera à m'endormir et à faire de doux rêves. Et j'aurai une grosse pensée pour ce couple qui me prête un toit pour cette nuit pluvieuse. Quelle bonheur de voyager en Nouvelle Zélande, même avec un genou en vrac !

PS : aujourd'hui j'ai passé le cap des 2000 kilomètres effectués en Nouvelle Zélande depuis que je suis ici. Mais je n'ai fait que 600 kilomètres dans ce Tour... Il reste encore du chemin à parcourir !!

7eme étape, deuxième partie

Je me suis levé à 6 heures, avec un magnifique lever de soleil sur le lac Rotoma... La journée s'annonce magnifique, ensoleillée. Je remercie une dernière fois Jan et Tony, et les invite à suivre l'aventure sur le site. J'affronte trois montées dès le début d'étape, et j'ai la joie de voir que je n'ai pas besoin de poser pied à terre. Même si je ne me sers pas encore de la jambe droite, elle tourne sans problème. Super nouvelle du matin ! J'espère cependant que la gauche est solide, car ça fait deux jours qu'elle se tape tout le boulot. En plus de revenir avec un bronzage cycliste, je reviendrai avec une jambe plus grosse que l'autre...! Trop fort les voyages à vélo!!

Après ces trois montées très bien digérées, c'est une longue plaine qui m'accueille. A ma droite, je suis stupéfait par ce volcan, qui ressemble tant au Puy-de-Dôme... En l'espace d'un moment, je me retrouve en plein Auvergne, à la seule différence prêt que je roule à gauche... Je trouve ce volcan (le Mount Edgecumbe) vraiment très ressemblant de notre très cher Puy-de-Dôme... Etrange sensation, à l'autre bout du monde... Me voilà donc en train de pédaler en pleine Limagne néo zélandaise, observé par ce géant ! Cette grande plaine est peuplée de nombreuses vaches, élevées ici pour leur lait (à en juger par ces énormes tanks trouvés sur le bord de route...). Du coup j'en ai presque retrouvé le coup de pédale de mes 20 ans. Je file à vive allure en direction de Thornton où Madelene m'attend. Je dois faire d'autant plus vite que mon pneu avant se dégonfle peu à peu. Je l'ai regonflé ce matin en ayant la flême de changer de chambre à air... Ce sera ma première crevaison du Tour.

Après 44 kilomètres et 2h30 de vélo (c'est nettement mieux quand même !!), me voilà arrivé. Le temps de me restaurer, de me doucher, et Madelene et moi allons rendre visite à un petit agriculteur du coin. Madelene est contrôleuse laitière (elle est chargée de contrôler la qualité du lait de différents producteurs laitiers). Les paysans du jour (je ne suis pas sur qu'on puisse utiliser le terme de "paysan" ici) ont 360 vaches laitières... (sur la photo, la numéro 340...). Mais nous n'en trairons que 265 aujourd'hui...!! Et ce n'est qu'une petite exploitation. La plus grosse que contrôle Madelene est constituée d'environ 1000 vaches laitières. Bref, cette exploitation ne ressemble pas trop à celles de mes parents !! La salle de traite est constituée d'une série de 30 trayeuses. Ils produisent chaque jour plus de 6000 litres de lait, et environ 1 500 000 litres dans l'année... Après la traite, c'est plus de 100 veaux qu'il faut aller soigner. Ils ne sont que trois dans la ferme, et il faut voir comme ils sont speed !!! Impressionnant. Cette visite est très intéressante. Pour comparaison, avec leurs 35 vaches en Auvergne, mes parents produisent au grand maximum 700 litres par jour, et environ 170 000 litres dans toute l'année... Deux mondes agricoles bien différents ! Ces paysans néo zélandais sont autant surpris par mes chiffres que moi par les leurs !!

Apres 2 heures de traites et plus de 3000 litres collectes, nous retournons chez Madelene. Elle habite tout près du Pacifique, où l'on peut voir l'île de Motuhora. Je me lèverai tôt demain matin pour admirer le lever du soleil. Puis j'irai à Whakatane, à 20 kilomètres de là, pour une interview radio et deux interviews pour les journaux. Ensuite je prendrai l'après-midi pour visiter la ville, qui est la plus ensoleillée de Nouvelle Zélande... La journée s'annonce très bien !

Voilà, je vous laisse donc et vous dit à très bientôt. Comme vous le voyez cela va beaucoup mieux. Pour tout vous dire, j'ai cru devoir tout arrêter à Rotorua tant ce genou me faisait mal. Pendant deux journées il m'était impossible de pédaler. Et puis maintenant ça à l'air de mieux tourner, donc je suis vraiment soulagé. Et vous aussi du coup !! La suite s'annonce plus cool que prévu. Je vais donc aborder les prochaines étapes avec sérénité. Pour ce qui est des accents, je m'étais appliqué lors de la dernière étape, mais une incompatibilité informatique a foutu tout mon travail en l'air ! Alors je vais réessayer, mais je crois que oui, sans accent c'est finalement mieux...!

A très bientôt au pays des kiwis !

PS : au fait, hier ils ont aperçu une baleine juste le long de la côte à Whakatane... Je l'aurai loupé ! Mais cela fait partie des charmes de la Nouvelle Zélande, comme j'ai eu la chance de voir des dauphins lors de la troisième étape... Et demain, que verra-t-on ?...

PS 2 : je voulais aussi vous présenter mon compagnon de bord. Je n'ai pas encore pris le temps de faire les présentations. Il s'agit d'Astérix ! C'est la gérante de la maison de la presse place de Jaude (Clermont-Ferrand) qui me l'avait offert avant mon départ. Elle m'avait dit de le porter pour le périple, que cela montrait que j'étais français et courageux... C'est vrai que ça fait encore un peu plus de poids sur le vélo, mais ça m'aide à avancer de temps en temps... C'est con un cycliste...! Et puis ça me permet de taper la discute dans les moments de solitude !

Julien

Un petit mot pour vous parler de la journée de repos passée à Whakatane. Comme je vous le disais auparavant, il s'agit de la ville la plus ensoleillée de toute la Nouvelle-Zélande. Nous avons eu confirmation aujourd'hui, en voyant la pluie tomber tout autour excepté à Whakatane ! Superbe journée ensoleillée dans la Bay of Plenty.

La matinée fut consacrée à la médiatisation du Tour, avec une première interview radio, puis deux interviews pour les journaux. La radio était 1XX, et c'est la plus écoutée dans la région. Le reportage passera demain matin dans les news entre 6h et 8h, juste avant que je reparte à vélo. Les journalistes en Nouvelle-Zélande sont vraiment super sympas, c'est toujours un pur bonheur de parler avec eux. La dernière interview s'est faire au pied d'une magnifique cascade. La blonde demoiselle habillée en rouge est la journaliste. Tel est pris qui croyait prendre ! La photo d'après, c'est Madelene (mon hôte) devant la cascade.

Après cela, Madalene m'a fait découvrir les alentours. Une petite virée près de l'entrée du port pour le déjeuner, puis un petit tour en voiture pour voir la ville d'en haut... Sublime ! Un pur bonheur ! Nous avons ainsi pu admirer "Whale Island", île protégée au milieu du Pacifique ! Puis Madelene m'a déposé à Ohope, un peu plus loin, où je suis allé me balader pour une petite heure. J'ai atteri sur une magnifique baie avec une plage de coquillages... L'après-midi s'est terminée avec une glace au caramel.

Madalene fait partie du Rotary club de Whakatane. Nous sommes donc allé au dîner hebdomadaire qui se tenait ce soir. J'ai pû rencontrer tous les membres rotariens présents, et ainsi promouvoir notre action ainsi que la région Auvergne ! Soirée très agréable, qui s'est terminée chez Mark, le fils de Madelene, que j'avais déjà croisé sur la route ! Nous avons passé un moment avec lui et sa femme allemande. Un couple très charmant. Antji (sa femme) a fait des études pour être vétérinaire je crois. Elle a ocsulté mon genou avec attention. Il apparaitrait qu'en fait j'ai un petit problème qui ne date pas d'hier, et que les cols néo-zélandaises ont agravé. Mais elle n'a pas l'air allarmée, donc ça me rassure. Je suis encore bon pour le service !

Demain, je reprends la route en direction de Gisborne. Je ne pense pas pouvoir vous donner des nouvelles avant un bon moment, le temps pour moi de rejoindre cette ville. Je vous préviens dès que j'ai traversé ce bout de terre pour rejoindre la côte de l'autre côté !

A très bientôt donc !!

Julien



 
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