Ouest balkans 2006 (5300 km) acheter le livre

La traversée du désert...en Croatie.

Trstenik - Hutovo photos de cette étape

le 18/07/2006

  • nombre de km prévus : 76
  • nombre km effectifs : 99
  • temps prévu : 4h45
  • temps effectif : 6h50
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La traversée du désert...en Croatie.

Aujourd'hui je decide de quitter la Croatie temporairement pour retrouver la Bosnie. En effet il fait trop chaud ici. On ne peut rien faire d'autre que de se prélasser sur les plages, et c'est pas vraiment mon truc., Et puis la Bosnie sera bien moins cher pour moi. Je reviendrai à Dubrovnik le 20 comme prévu.

Je rebrousse donc chemin et reprends la même route qui m'avait tant ennuyée hier. A la fraicheur du matin, cela se passe mieux. Une fois sorti de la péninsule, il est déjà midi et il fait encore très chaud (désolé de me répeter, mais ça commence a être dur avec cette chaleur...). Je quitte la route principale pour une plus tranquille. A Doli je tourne à gauche et m'élève au dessus de la mer. La vue y est superbe, bien plus grande que sur la route principale. Au sommet de la cote, barrage routier. On ne passe pas. Un taureau est planté au milieu de la route. Je me souviens mes mésaventures du Monténégro et ne me sens pas trop chaud a refaire un sprint contre des taureaux (je ne vous l'ai pas raconté , mais les montagnes du Monténégro sont truffées de taureaux...). Sur le bord de route, encore 4 autres de ses collègues plus une dizaine de vaches. J'attendrai donc 20 minutes le temps que ces messieurs veulent bien se ranger. Je doublerai prudemment un dernier petit taureau avant le sommet de la côte. Là, je m'offre la descente la plus rapide du tour. 69,7 km/h d'adrénaline ! La montagne est brulée par les incendies. Il n'y a aucune végétation. Je pédale dans ce décor de Far West Americain sauce croate, ou passera bientôt l'autoroute qui reliera l'Italie au Monténégro. Elle ne risque pas de déranger grand monde. Il n'y a personne ici, rien... Si ce n'est quelques terrains minés, encore. A seulement 4 kilomètres de la frontière j'aperçois de nouveau la mer adriatique qui s'avance dans les terres dans une large baie. Au milieu, un pont utilisé par des millions de touristes. Je suis juste là, a côté, au dessus en fait, seul. J'ai préféré les terrains minés à la côte supra touristique, et je suis heureux ici. Le vent siffle dans mes oreilles. Il transporte avec lui une puissance insaisissable. Il m'est bien plus agréable que le bruit des moteurs et des klaxons, de tous ces gens qui s'agitent la bas, en bas. Savent ils au moins que je les regarde du haut de cette montagne ? Savent ils qu'il existe en Croatie autre chose que sa côte ? Vous m'avez gâché mon passage sur la côte du fait de votre incivilité. Alors là, je vous regarde avec mépris vous enfoncer dans le système de consommation de masse. Allez y, consommez de la côte croate. Moi, je m'en vais en Bosnie, j'y serai bien plus tranquille.

75 km. Il est 15h00 lorsque j'arrive au poste frontière, à Duyi. L'heure de la sieste pour notre officier croate que je surprends en plein sommeil. J'hésite avant de le réveiller. Il me demande ou je vais. Bosnie, évidemment... Il me laisse passer, pas encore bien réveillé. Le croate n'est pas bien nerveux au réveil, et un peu grognon aussi !

Après l'officier bosnien, me voilà de nouveau en Bosnie. Ici pourtant, ce sont bien les drapeaux croates qui flottent au vent, pendus en travers de la route. Le mot qui me vient a l'esprit pour décrire les prochains 25 kilomètres parcourus ici, c'est le "désert". Il fait très chaud, la végétation est rase, il n'y a personne. Le désert. Mes gourdes se vident peu à peu, par petites gorgées. Il n'y a pas d'eau ni d'habitants. Les montées sont courtes mais très pentues. Je gravirai la majorité d'entre elles a pied.

Au sommet de la dernière, je passe un chateau en ruine puis apercoit un petit vilalge au creux d'une vallée tres encaissée. Hutovo s'écrit avec un H et 2 O, un bon présage (H2O). Sur la terrasse d'une maison, une grand mère et sa fille. Cette dernière me remplit mes gourdes avec l'eau puisée dans le puit au fond du jardin. La fraicheur de l'eau sur mes doigts me fait jubiler. Elle parle un peu anglais. Elle m'explique qu'il fait chaud comme cela pendant 3 mois. Période durant laquelle ils ont peut être une averse de pluie...

Je la remercie de tout mon coeur pour cette eau inespérée, et m'en vais planter ma tente près d'un lac non loin de là. L'abondance ! L'endroit y est morbide.. Pas de vie, encore une fois. Je planterai ma tente au pied d'un arbre et d'une voiture delaissée là. Comme conmpagnie, je n'aurai que des guêpes affollées par ma confiture. Je suis alors bien loin de la côte croate, et je ne m'en porte pas plus mal.

L'occasion est belle de faire un bilan de ce premier mois passé à pédaler. J'ai parcouru 2577 kilomètres depuis le départ, soit 910 kilomètres de plus que prévu...J'ai déjà pédalé dans les 5 pays balkaniques, et j'en garde partout une excellent accueil. Ce premier mois de vadrouille a été d'une richesse exceptionnelle, inouie. Tant de gens rencontrés et de choses vues. Dernier point. Financièrement, j'aurai dépensé 191 euros. La Serbie m'aura coûté 4 euros par jour alors que les deux derniers jours passés en Croatie m'auront coûté 30 euros... Bref, je pense pouvoir m'en tirer à moins de 500 euros pour les deux mois et demi, ce qui est vraiment peu ! En revanche je n'aurai pas compté les litres de bières bus durant un mois, mais certainement un record pour moi !
 

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Prix public : 15 euros.
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