De l'Auvergne à la Nouvelle-Zélande 2010 (18000 km)

Raghu

Hampi photos de cette étape

du 27/01/2011 au 31/01/2011

Ferdinand, l'allemand qui a organisé l'aide pour RaghuRaghu et son ami qui lui donner son sang. Les deux Nous remettons à Raghu les 4000 roupies que nous lui confions pour aider quelqu'un dans le même cas que lui.Raghu et son beau sourire

Raghu

 

Nous rencontrons Raghu dès notre arrivée à Hanuman, un petit village situé à quelques kilomètres d'Hampi, loin de l'agitation liée au tourisme de masse de cette région où sont parsemés plus de 400 temples. Frêle et agile, il a le sourire honnête, ce qui n'est pas si commun dans le coin. Son père a été emporté par un cancer de la gorge lorsqu'il avait 22 ans ; sa mère par la folie cinq années plus tard, après dix ans de traitement. Il l'a accompagné et soignée jusqu'à son dernier souffle, tel se doit de le faire un fils envers sa mère. Maintenant âgé de 34 ans, il est orphelin et n'a plus que deux frères pour unique famille. Il s'en occupe autant qu'il peut, prenant au sérieux la responsabilité qui lui est donné en tant que seul homme valide de sa famille. Son frère aîné a pour habitude de transformer l'argent qu'il obtient de la vente de coconuts en alcool. Il a tout de même réussi à le marier, en espérant que cela le remette sur le droit chemin, ce qui n'a pas vraiment été un succès. Il devient violent et Raghu s'inquiète maintenant pour l'enfant issu de ce mariage. Son deuxième frère vit avec lui, dans une chambre séparée. Il est handicapé mental et est complètement à la charge de Raghu. Malgré la vie difficile qu'il mène, notre ami a le cœur sur la main et, même s'il est pauvre, il a pour habitude d'aider ceux qui en ont besoin dans la mesure des ses possibilités. Aider les autres, cela consiste à offrir des caches oreilles à des mendiants souffrant du froid hivernal. Cela consiste aussi à aider jusqu'à ses derniers jours la femme qui l'a recueilli dans sa famille lorsque ses parents sont décédés alors qu'il n'était qu'un enfant. Cela consiste aussi à aller rendre visite à son frère à l'hôpital après une opération du foie dû à un excès d'alcool.

 

C'est justement après une de ses visites à l'hôpital de Bellary que Raghu se fait piquer par un moustique à son avant bras gauche. Il se rappelle du moustique se posant dans le pli de son coude. Il buvait un thé et n'a pas eu le temps de poser son verre pour faire fuir le moustique qui le piqua. Quelques minutes après, les démangeaisons commencèrent, d'abord au niveau de la piqure, puis dans tout le bras qui enfla peu à peu. Comme la situation commençait à être inquiétante, il consulta un médecin qui lui donna un médicament et lui demanda de revenir deux jours plus tard s'il n'y avait pas d'amélioration. Les deux jours passèrent et son bras avait alors triplé de volume. A l'intérieur, il sentait comme des vers qui le dévoraient de l'intérieur. Un de ses amis le conduisit à l'hôpital public. Géré par le gouvernement, ils sont gratuits mais de mauvaise qualité. Les pauvres gens y viennent pour des consultations, mais ne peuvent espérer y survivre en cas de gros problème de santé. Et Raghu justement, avait un sérieux problème. Les médecins lui découpèrent toute une partie de son bras pour en extraire le pus. La douleur était insupportable et Raghu leur demanda de couper carrément le bras tant la douleur était insoutenable. Il ne fut pas amputé mais son bras fut simplement recouvert de bandes. A ce moment là, notre pauvre Raghu ne savait plus qui il était et ne pensait basculer dans l'au-delà. Etant pauvre, il ne pouvait pas non plus aller se faire soigner dans un hôpital privé, là où il pourrait espérer être mieux soigné. Ses heures étaient comptées.

 

Ferdinand est un jeune volontaire allemand travaillant à Anagundi, le village où vit Raghu. Les deux hommes sont amis depuis plusieurs mois. Ferdinand aime en Raghu son honnêteté, son sourire et son côté Saint Bernard. « Un homme qui vient vous parler anglais ici, c'est louche, il veut quelque chose de vous. Mais pas Raghu, il est différent des autres Indiens » nous confie Ferdinand. Lorsqu'il a su dans quelle situation son ami se trouvait, il a demandé à plusieurs européens (français et allemands surtout) qui connaissaient Raghu d'envoyer de l'argent pour le sauver. L'urgence était de le changer d'hôpital, pour qu'il puisse avoir des soins de meilleure qualité. En 24 heures l'argent afflua et Raghu fut transféré dans un hôpital privé. A présent, il avait besoin d'autre chose : du sang. Au total, neuf poches de sang ont été utilisées, en grande partie pour la greffe de peau qui a été nécessaire pour refaire son bras à moitié pourri par l'infection et arraché par les médecins. Ce sang provient pour partie de ses amis proches ayant le même groupe sanguin que lui. Ils ont été appelés à donner et l'ont fait spontanément et gratuitement. Pour les trois poches supplémentaires, il a du débourser 1500 roupies par poche, soit l'équivalent d'un mois de salaire. En Inde, la transfusion n'est possible que si on est riche ou si on a des amis. Pour les autres, il n'y a que l'espoir d'une mort pas trop douloureuse, ou d'un miracle.

 

Avec cette solidarité transcontinentale, Raghu a pu être sauvé. Ferdinand a pu récolter 100.000 roupies pour le sauver, soit près de 1.500 euros. Il nous raconte maintenant son histoire avec une lueur dans les yeux. L'émotion est perceptible lorsqu'il parle de Ferdinand et de ses amis donneurs de sang. Raghu est pourtant pauvre. Mais il a su, avant de se faire piquer par un moustique, aider ses prochains par de simples gestes, chaque fois qu'il le pouvait. Il a su accueillir dans son village des européens sans arrière pensée, sans vouloir les trahir ni les voler. Il a su rendre de nombreux services, et cette générosité lui a été rendue aujourd'hui. Les gens qu'il a accueilli chaleureusement dans son village se sont souvenus de lui au moment où il fallait le sauver, et Raghu leur rend hommage en étant en vie grâce à eux. Cet accident lui a démontré que, même s'il n'avait plus vraiment de famille, il avait tout de même des amis sincères en qui il peut avoir confiance, des amis qui ont tout fait pour le maintenir en vie, des amis qui ne voulaient pas le voir partir si tôt, à seulement 34 ans. Il est né le 11 janvier 1977, mais il nous dit que maintenant il a un deuxième anniversaire à célébrer. Chaque année en septembre il se souviendra des neuf poches de sang qu'il a reçu et de tous les dons venus d'Europe.

 

Stéphane est Suisse et tient un magasin de vélo. Il vend, entre autres, des podio, des MP3 pour cyclistes. Nous lui en avions commandé un en décembre dernier et il crache maintenant ses décibels sur le guidon de Marion. Ce petit outil, qui n'arrive tout de même pas à couvrir le vrombissement des « tata mobiles », Stéphane a préféré nous l'offrir. En échange, nous devions donner la somme équivalente à une personne nécessiteuse pour lui acheter un outil de travail dont il avait besoin pour gagner sa vie pare exemple. Finalement, après avoir parlé à Ferdinand, nous confions les 4.000 roupies à Raghu. Nous avons entièrement confiance en lui et il nous fait la promesse de les donner à quelqu'un étant dans la même situation que lui, un pauvre Indien à qui il manque simplement de l'argent pour survivre, comme 1500 roupies pour être transfusé. Il nous dit aussi que dès qu'il sera parfaitement remis, il ira lui aussi donner son sang autant que possible. Ce geste lui a sauvé la vie.

 

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Le livre

Que vous soyez cyclotouriste, voyageur ou sédentaire ouvert sur le monde, il y a mille et une raisons de vous réjouir de la lecture de ces Nouvelles Vagabondes.
Après plusieurs voyages en solitaire, Julien Leblay nous livre cette fois-ci le récit de son périple avec sa compagne Marion. Ne voulant se contenter de décrire le quotidien de leur voyage, il s’engage et se place résolument loin des clichés pour nous livrer avec sincérité ses impressions, que ce soit sur la vie du couple en voyage, ses préoccupations écologiques ou sur les traits culturels ou sociologiques des pays traversés.
Ce livre ne laisse pas indifférent et bouscule nos représentations exotiques du monde ; à sa lecture on découvre, on s’indigne et on s’émerveille tour à tour. Dans un style à la fois personnel et documenté, il nous offre une immersion complète, sans langue de bois, dans son voyage à vélo en couple. Il réussit finalement le pari de dresser un tableau contrasté et nuancé de cette longue aventure cyclotouriste qui ne sera probablement pas la dernière !

Cécile R.

352 pages dont 16 en couleur
Prix de vente : 20 euros

Disponible sur http://goodaventure.com

Le DVD

Julien et Marion Leblay quittent l'Auvergne en juillet 2010 pour une aventure de 22.000 kilomètres à vélo. Portés par le désir de découvertes et de rencontres, mais aussi par celui de promouvoir le don du sang, ils traversent l'ex-Yougoslavie, la Turquie, l'Iran, l'Inde, l'Asie du Sud-Est et l'Australie pour finalement arriver en Nouvelle-Zélande vingt mois plus tard.
Savoureusement pimenté, ce voyage donne le "goût d'aventure" !

Durée : 84 minutes.
Prix de vente : 15 euros

Disponible sur http://goodaventure.com
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