De l'Auvergne à la Nouvelle-Zélande 2010 (18000 km)

Dubai : un indien dans la ville

Dubai - Dubai photos de cette étape

du 21/12/2010 au 23/12/2010

  • nombre de km prévus : 30
  • nombre km effectifs : 17
  • temps prévu : Du 21 au 23 décembre 2010
  • temps effectif : 1 heure
Nous sommes 6 cyclos à débarquer à DubaiIMG_1034Séance photo avant les séparations.IMG_1038IMG_1040Dubai comme nous l'attendionsIMG_1046

Dubai : un indien dans la ville

 

Dubai. Ce nom sonne comme un mystère dans nos têtes. Une ville sortie du désert qui est devenue en quelques années le symbole du capitalisme et de l'argent issu du pétrole. Une ville qui défie les lois de l'apesanteur pour construire les plus hauts buildings au monde. Une ville qui défie les lois de la nature en construisant des îles artificielles selon ses envies. Une ville qui se moque de l'écologie en construisant une piste de ski de 400 mètres de long, fonctionnelle toute l'année alors que les températures extérieures atteignent parfois les 50°C. Voilà en résumé ce à quoi nous fait penser Dubai. Dès notre arrivée sur la péninsule, le sentiment d'être dans un endroit qui ne nous plaira pas se confirme. Nous sommes très vite happés par la circulation dense et rapide. Ici, ce sont d'imposantes berlines qui nous doublent avec fureur sur des routes construites plus pour elles que pour nous. D'une simple deux voies, nous nous retrouvons sur une quatre voie, puis au milieu d'une huit voie le temps d'une bretelle d'accès. Le temps de quelques mètres nous nous sentons infiniement petits, plus encore que dans le désert de kalut ou dans la vallée d'Howraman. Deux petits cyclistes perdus dans la circulation dense de Dubai, se faisant doubler par la droite et la gauche sans pouvoir s'échapper de l'étau qui s'enserre autour de nous.

 

Sur la route, nous pouvons tout de même apercevoir des choses que nous avions oubliées. Ici une publicité pour Mac Donald, proscrit en Iran. Là, sur une plage de sable fin des hommes en maillot de bain montrent avec peu de grâce leur ventre opulent alors que leurs femmes sveltes jouent au tennis en bikini. D'autres femmes arborent de magnifiques décolletés dont j'avais oublié l'existence. Les parapets sont recouverts d'un gazon parfait, irrigué à outrance pour ne pas griller sous le soleil ardent. Les hôtels luxueux défilent, tout comme les magasins de grandes marques. Mais le plus impressionnant, c'est la végétation. Nous déambulons dans une forêt de buildings, certains flambants neufs, d'autres en construction. Nos regards ont grand peine à se porter jusqu'au sommet de ces tours gigantesques. A leurs pieds, des mosquées qui paraitraient imposantes en d'autres lieux sont ici bien petites, déposées à l'ombre des immeubles vitrés. Ces bâtiments bordent de grandes routes chevauchées par des ponts et s'étendent devant nous avec orgueil.

 

C'est ainsi, pédalant avec autant d'énergie que nous le pouvons, que nous parcourons les 17 kilomètres qui séparent le port de l'aéroport. Une joie immense nous emporte lorsque, en nage, nous pénétrons dans le terminal 1 de Dubai. Nous sommes arrivés vivant jusqu'ici ! Nous sommes sortis de l'étreinte oppressante du béton et pouvons maintenant savourer un repos bien mérité dans le hall de l'aéroport climatisé.

 

Pourtant, dans ce haut lieu du capitalisme, du luxe et du pétrole, il y a des hommes. Parmi ces hommes, il y a Sam. Cet indien de 45 ans travaille pour une agence de voyage. Lorsqu'il nous voit arriver devant son comptoir avec nos vélos, il nous sourit avec élégance. La discution se déroule avec douceur et il se prend à rêver de nous suivre à vélo. Alors que son collègue nous trouve une place dans un avion pour Chennai monnayant la modique somme de 1500 dollars, lui use de ses combines pour nous en dénicher une à 350 dollars. Il nous faudra cependant attendre un jour à Dubai. Cela tombe plutôt bien, car Sam ne souhaite pas que l'on quitte Dubaï sans l'avoir visité quelque peu. Sitôt sa journée terminée, il nous retrouve dans le salon de l'aéroport et nous offre à manger, puis nous invite chez lui. Nous nous y rendons en métro. Dubai compte 3 millions d'habitants mais seulement deux lignes de métro couvrant 75 kiomètres. Les gens préfèrent ici utiliser leur voiture, profitant d'un essence peu onéreux (25 centimes de dollar le litre). Le métro est d'un propreté irréprochable, d'autant plus que nous sommes dans la « gold class ». Un doux parfum de fleur vient chatouiller nos narines alors que nos têtes se reposent sur des appuis têtes molletonnés. Une fois dans la rue, les automobilistes nous laissent traverser en nous souriant. Nous avions vu ce matin une circulation dense et effrayante. Pourtant les rues sont incroyablement calmes. Les automobilistes ne klaxonnent pas et, comble du bonheur, il n'y a pas ces milliers de motos qui vous frôlent en pétaradant.

 

Sam vit dans un appartement avec sa femme et ses parents. Sa mère vêtue d'un sari rose nous ouvre la porte et nous apporte le thé accompagnés de quelques biscuits. A la télévision, un reportage sur facebook est diffusé. Ravitaillés, nous montons dans sa mercedes et nous dirigeons au centre ville. Au pied du building le plus haut du monde (près d'un kilomètre de haut) et du centre commercial le plus grand du monde, nous regardons les jets d'eau virevolter sous une musique rock'n roll dans la fontaine la plus grande du monde tout en sirotant une citronade. Vue la taille du verre, ce doit être la plus grande du monde. Ici, nous prenons conscience de ce que peut être la démesure. L'homme a usé ici de toute la technologie qui lui est possible ainsi que de beaucoup d'argent pour construire des immeubles aussi grands que beaux. Les jets d'eau sont à eux seuls un spectacle incroyable, digne des meilleurs sons et lumières que l'on puisse trouver en France. Mais ici, le spectacle a lieu 365 jours par an, avec une fréquence d'une demi-heure entre 18 et 22h00.

 

Dubai n'était pour nous qu'une escale. Nous n'avions aucunement envie de visiter cette ville qui est à l'opposée de notre mode de vie et de nos aspirations. Malgré tout, nous y avons fait une rencontre inédite et inespérée, qui nous a fait découvrir quelques parcelles de son univers en nous gratifiant de sa gentillesse et de son sourire. Dubai a été une agréable parenthèse entre l'Iran et l'Inde, en parfait décalage avec l'évolution de notre voyage et avec nos aspirations écologiques et économiques.

 

Avant de nous quitter, Sam nous tend un sac rempli de sucreries et autres gourmandises. Puis il ajoute en nous serrant la main :

- J'ai arrangé les choses pour vous. Vous voyagerez en Business class.

 

Après avoir bu une bière au terminal (notre première depuis près de trois mois), nous nous installons dans de beaux fauteuils et dégustons quelques carreaux de Tobleron avant de nous endormir en rêvant à la destination vers laquelle nous volons. L'Inde nous tend les bras, le choc s'annonce brutal.



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NB : passage de frontière

 

Nous étions assez inquiet pur le passage de frontière. Avec dans nos sacoches nos deux caméras semi-professionnelles, nos 6 cassettes enregistrées et nos deux appareils photos, nous avions peur de devoir passer quelques heures à la douane pour expliquer que nous sommes de simples touristes venus pédaler ici à la découverte de l'Iran et filmer nos souvenirs de vacances. Finalement tout s'est très bien passé mais nous voulions écrire un petit paragraphe pour les futurs voyageurs désireux de venir en Iran. Ce paragraphe risque de manquer de poésie mais a pour seul objectif de renseigner les futurs prétendants pour des vacances dans le pays :

 

Notre visa d'entrée obtenu en 2 petites heures à Trabzon pour la modique somme de 75 euros (quand même), nous sommes arrivés à la frontière de Seru juste avant la nuit. Ici, aucun bagage n'a été fouillé et nous sommes entrés sans difficulté, Marion coiffée de son premier voile.

 

A Bandar Abbas, nous devions faire notre demande pour obtenir notre visa indien. Nous nous étions fait envoyer au préalable (à Kerman) une lettre de recommandation de l'ambassade de France, stipulant que nous voulions un visa touriste de 4 mois. Au consulat indien de Bandar Abbas, notre visa nous a été octroyé, en nous disant bien que sans la lettre d'invitation, nous n'aurions obtenu qu'un visa d'un mois. Un grand merci donc à l'ambassade de France qui a bien voulu nous faire cette lettre et nous l'envoyer sans que l'on se déplace à Téhéran. Nous ne savons pas si une lettre simplement faxée aurait suffit. Le fait d'avoir l'original est sûrement mieux. En tous les cas le personnel du consulat indien est très sympathique. Nous avons du payer 13 dollars le premier jour, puis 39 autres dollars lors du retrait du visa 3 jours après.

 

Nous aurions voulu partir le jour où l'on a obtenu le visa, sachant qu'il y a deux bateaux par semaine pour Dubai, le lundi et le mercredi. Malheureusement il nous fallait nos passeports pour acheter le billet. Nous sommes donc allé nous balader deux jours sur l'île de Qeshm (certainement nos heures de pédalages les plus ennuyeuses de tout l'Iran, et peut-être même du voyage !). A notre retour, nous avons eu la surprise de constater que le prix du billet avait baissé. Au lieu des 105 dollars demandés quelques jours auparavant, nous avons eu à débourser 79 dollars par personne. Gosha et Lucas ont du payer 20 dollars de plus par personne pour leur vélo. Une arnaque qui arrive souvent aux cyclos ici. Nous conseillerons donc aux voyageurs d'acheter leur billet près du rond point Abuzar et non pas près du port. Il nous a bien été stipulé que nous ne devions rien payer pour les vélos. Donc, si par hasard on vous demande de l'argent supplémentaire pour les vélos lorsque vous êtes au port : refusez catégoriquement !

 

On nous avait demandé d'arriver 3 heures avant le départ. A 5 heures nous étions donc au port. Nous aurions pu arriver à 7 heures seulement (comme les polonais). Nos vélos ont été embarqués sur le bateau sans autre forme de procès, mis à part une question de la part d'un officier : avez vous des tapis ? Pour notre part, nous avons simplement du ouvrir nos bagages à main (les sacoches de guidon, préalablement vidées de toute caméra et couteaux).

 

En conclusion, les deux passages de frontière se sont déroulées sans aucun problème ni aucune fouille. Durant toute notre traversée, nous aurions pu traverser l'Iran avec n'importe quoi sans avoir d'ennuis. Les officiers sont généralement souriants avec les étrangers et ne causent pas de problème. « Iran good ? » Vous demandent-ils pour conclure les interviews. « Iran good », convient il de répondre avec les plus beau des sourires.

 

Arrivé à Dubai, un visa d'un mois nous est donné gratuitement. Les vélos sont fouillés mais pas dans les détails, et les sacs à main des femmes aussi.

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Le livre

Que vous soyez cyclotouriste, voyageur ou sédentaire ouvert sur le monde, il y a mille et une raisons de vous réjouir de la lecture de ces Nouvelles Vagabondes.
Après plusieurs voyages en solitaire, Julien Leblay nous livre cette fois-ci le récit de son périple avec sa compagne Marion. Ne voulant se contenter de décrire le quotidien de leur voyage, il s’engage et se place résolument loin des clichés pour nous livrer avec sincérité ses impressions, que ce soit sur la vie du couple en voyage, ses préoccupations écologiques ou sur les traits culturels ou sociologiques des pays traversés.
Ce livre ne laisse pas indifférent et bouscule nos représentations exotiques du monde ; à sa lecture on découvre, on s’indigne et on s’émerveille tour à tour. Dans un style à la fois personnel et documenté, il nous offre une immersion complète, sans langue de bois, dans son voyage à vélo en couple. Il réussit finalement le pari de dresser un tableau contrasté et nuancé de cette longue aventure cyclotouriste qui ne sera probablement pas la dernière !

Cécile R.

352 pages dont 16 en couleur
Prix de vente : 20 euros

Disponible sur http://goodaventure.com

Le DVD

Julien et Marion Leblay quittent l'Auvergne en juillet 2010 pour une aventure de 22.000 kilomètres à vélo. Portés par le désir de découvertes et de rencontres, mais aussi par celui de promouvoir le don du sang, ils traversent l'ex-Yougoslavie, la Turquie, l'Iran, l'Inde, l'Asie du Sud-Est et l'Australie pour finalement arriver en Nouvelle-Zélande vingt mois plus tard.
Savoureusement pimenté, ce voyage donne le "goût d'aventure" !

Durée : 84 minutes.
Prix de vente : 15 euros

Disponible sur http://goodaventure.com
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