Cordillère des Andes 2007 (11200 km) acheter le livre

Cross country et marathon en patagonie

Villa O'Higgins - El Calafate photos de cette étape

du 27/02/2008 au 04/03/2008

  • nombre km effectifs : 303
  • temps effectif : 19h50
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Cross country et marathon en patagonie

Nous quittons Villa O Higgins de bonne heure le matin. Le ferry part à 8h15. Brook Ethan et moi embarquons, ainsi que 6 autres cyclistes (deux espagnols, un allemand, un suisse et les deux italiens. Il y a aussi d'autres voyageurs faisant la traversée à pied ainsi que des touristes venus ici juste pour l'excursion sur le lac, jusqu'au glacier Villa O Higgins. La traversée dure 3 heures, durant laquelle il nous est possible de voir quelques petits glaciers détachés du glacier. Je suis le seul a descendre de l'autre côté du lac. Tous restent sur le bateau pour aller voir le glacier.

Je fais connaissance ici avec la douane chilienne. Ils sont venus chercher quelques colis, de nourriture principalement. Leur remorque chargée, ils repartent vers le poste de douane dans le véhicule le plus approprié ici : un tracteur. Un kilomètre plus loin se trouve le poste. J'ai parfois été surpris dans mes voyages de voir ô combien des postes de douaniers étaient isolés. Mais celui ci l'est plus que tout autre. Ici se trouvent 8 douaniers, de novembre à avril ; 6 maisons en tôles sont construites, à l'identique, donnant vue sur le lac. Le ravitaillement se fait deux fois par semaine en janvier et mars, et seulement une fois les autres mois de l'année (de novembre à avril). Le reste du temps la frontière est fermée. Le douanier m'explique qu'il passe environ 300 touristes par mois, juste de quoi ne pas trop tomber dans la solitude. Une fois mon tampon de sortie du pays obtenu, je poursuis la route. La piste est en mauvais état et s'élève sur 6 kilomètres ; 6 kilomètres de dur labeur où il me faut souvent pousser le vélo. Puis le relief s'aplanit. La vue sur le lac disparaît et je m'enfonce dans une forêt. Le sol est recouvert d'arbres morts.

Finalement après 17km un panneau m'indique mon entrée en Argentine. Il est 16h00, je m'y arrête. En face de moi j'aperçois le Fitz Roy, se montrer ou se cacher suivant le gré des nuages. Je n'avais pu le voir lors de ma première visite avec ma famille du fait d'un temps pluvieux. Je suis alors heureux de pouvoir enfin découvrir cet énorme pic rocheux se dresser dans le ciel.

C'est ici que je change le chargement de Teresa, car le chemin qui suit n'est qu'un sentier de muletier. Il me faut enlever les sacoches avant. Chose faite je me prépare à manger à 18h00, attendant toujours Brook et Ethan. Ces derniers ont du arriver à la douane il y a une heure, ils doivent leur rester encore une heure de vélo. Mais l'heure avance et ils n'arrivent toujours pas. C'est la pluie qui est au rendez vous, alors je me glisse sous ma tente. La nuit tombe, toujours personne, je m'inquiète et me rassure en me disant qu'ils ont du rester en bas en compagnie des autres cyclistes.

Soudain, c'est un bruit terrifiant sorti de la nuit qui me fait sursauter
- JU- LIEEEENNN !
C'est Ralf, le cycliste allemand embarqué avec nous ce matin. Il semble terrifié. Je lui demande où se trouvent mes compagnons. Derrière me dit- il, loin. Ils sont trop lents. Alors que la pluie tombe à verse, je le regarde de mon doux duvet. Il semble désemparé devant son vélo
- La nuit et des compagnons lents, ça fait une très mauvaise combinaison, dit- il.
Sa tente sortie il me demande de l'aider. Je crois rêver. Comment fait-il lorsqu'il est tout seul ? Il m'explique que d'habitude il est très organisé, mais que son vélo est préparé pour le bivouac de jour, pas de nuit... Alors c'est la panique générale, il saute sur sa tente lorsqu'un souffle de vent la soulève un peu. Finalement il plante quelques sardines sur sa tente et me remercie pour cette aide. Je le regarde encore faire avec curiosité. Voilà ce qui arrive lorsqu'un petit imprévu vient bouleverser la vie d'un allemand super organisé : c'est tout un monde qui s'écroule... Puis Brook et Ethan arrivent, plus calmement. Rassuré je peux m'endormir, les laissant cuisiner et planter leur tente, seuls...

Nous nous réveillons avec le soleil. En face de nous le Fitz Roy dort encore. Masse sombre plantée dans le lointain. A 7h30 les premiers rayons du soleil viennent lui lécher la face est. Il s'illumine alors. C'est notre signal de départ, nous voilà lancés sur ce petit sentier très prometteur... Les 6 kilomètres qui suivent sont assez difficiles mais moins que ce que l'on pensait. Certes il y a des troncs d'arbres a franchir, un sentier très raviné a parcourir, des ruisseaux a traverser sur des branches glissantes ou dans la boue. Mais après 1h30 d'effort nous abordons la dernière descente. C'est alors que nous sommes récompensés par la vue du Fitz Roy et du lac désierto turquoise : paysage à couper le souffle, récompense de tous les efforts passés.

En bas de la descente la douane. Nous obtenons nos visas d'entrée en Argentine et embarquons une heure plus tard pour une traversée du lac. Une heure après nous sommes de l'autre côté du lac, à 37 km d'El Chalten. Je reconnais alors la route pour l'avoir empruntée avec mes parents en janvier. Mais elle m'apparaît bien différente. Là où il n'y avait que des nuages je peux voir aujourd hui des glaciers et de belles montagnes comme le Fitz Roy et le cerro Torres. Les 37 km sont laborieux. Je devance mes amis ralentis par le mauvais état de la route. Je les retrouve plus tard dans une boulangerie, à bout de force. Nous nous consolons avec des facturas, ces pâtisseries recouvertes de crèmes confitures ou dulce de leche. Nous retrouvons aussi avec grand plaisir le sourire des argentins, toujours très agréables.

El Chalten est le village le plus jeune d'Argentine. Agé de seulement 22 ans, il a été construit pour que l'Argentine ai un accès direct au Fitz Roy, cette montagne mythique. Une manière aussi de protéger sa frontière avec le Chili car les conflits entre les deux pays sont toujours très présents. Cela a été une surprise de voir ô combien ces deux pays ne s'entendent pas, ne s'aiment pas, se détestent même parfois. Alors ce village perdu au pied de la montagne est un village touristique poussé a l'extrême. Tout ici est fait pour les touristes, nombreux. Ce village compte 700 habitants, soit 200 de plus que Villa O Higigns au Chili. Mais alors que ce dernier ne doit voir moins de 2000 touristes par mois, El Chalten en compte 3000 par jour. Et ce chiffre augmente chaque année, la période touristique augmente également. Et l'asphalte, qui est maintenant a 5 petits kilomètres du village, va encore augmenter le nombre de visiteurs, accrocs d'escalade, de randonnée ou de nature sauvage.

Nous nous installons à l'un des deux campings gratuits du village. Ici nous faisons plus ample connaissance avec le vent, terrible, nous venant du Chili. Nos tentes sont agitées avec force, la nuit est difficile, et le matin encore agité.

Nous nous offrons un jour de repos. Nous ne pouvons malheureusement pas marcher en direction du Fitz Roy car il pleut trop. Nous nous reposons. Alors que mes compagnons sont afférés a réparer leur vélo dans un magasin de bicyclettes (porte bagage, crevaisons et quelques rayons de cassés, la routine quoi !), j'installe une voile sur mon vélo. L'idée m'étais venue lorsque j'avais vu deux français voyageant à vélo ainsi parés (ventduvoyage.free.fr). J'avais alors entendu dire que le vent du sud de la Patagonie était parmi les plus impressionnants au monde. Alors je m'étais préparé a le recevoir dignement. S'il est la, autant s'en servir ! C'est une branche morte mais solide qui me sert de mat, alors que la voile n'est autre qu'un sac de riz. Le stratagème semble fonctionner, la voile se tend sous l'effet du vent et fait tomber mon vélo de sa béquille... Le reste de la journée est occupée a manger et dormir.

Il est 21h00. L'heure de partir. Le vent est toujours bien présent. Nous avons décidé de faire la route vers El Calafate de nuit. Avant de partir nous croisons un cycliste italien et le suisse. Tous sont bien arrivés à El Chalten. Ils sont surpris de nous voir partir de nuit, certains cette fois ci que ce trio n'est composé que de fous ! Dès le village quitté la pluie cesse. Le Fitz Roy est un aimant à nuages. Tous viennent s'y échouer et y restent accrochés. Aucun ne va s'aventurer plus loin dans la pampa. ALors la plaine que nous nous apprêtons a traverser est sèche. La verdure a disparu, les herbes sont jaunies. La différence pluviométrique entre El Chalten et cette pampa est incroyable. C'est a ce moment la aussi que le vent cesse. Il aurait du nous aider a sortir d'El Chalten, il décide de nous laisser maître de notre propre sort. La déception est grande, ma voile est inutile. Le vent de la Patagonie ne tient pas ses promesses.

La nuit tombe peu à peu, les étoiles remplissent alors le ciel. Les voitures se font rares, une tous les 15 minutes, puis toutes les demi heure, puis plus rien. Nous les voyons arriver de loin, tant l'horizon s'étend à perte de vue. Les petits points lumineux s'approchent lentement, passent a nos côtés puis disparaissent. De nouveau le calme, juste le bruit de nos pneus sur le bitume. Nous n'utilisons aucune lampe, pour mieux nous concentrer sur l'environnement que nous traversons. La sensation est sublime. La route nous appartient, le ciel nous appartient. Aucune barrière ne se dresse devant nous. Libres, parfaitement libres. Cette liberté que seule la nuit peut nous apporter. A trois de front nous avalons les kiomètres sans un mot. Le fait qu'il fasse nuit est un grand atout. Nous ne pouvons voir ces lignes droites s'étendre à perte de vue. Alors nos pensées s'évadent autrement, peu contrariées par cette mauvaise vision.

1h15. Une lumière apparaît en face de nous. Nous pensons a une Estancia. Mais cette lumière grossit et prend de la hauteur. C'est finalement un croissant de lune qui s'élève parmi les étoiles. L'instant est magique. C'est dorénavant notre point de repère. Lancés a près de 30km/h nous partons décrocher la lune.

Il est 2h00 lorsque nous arrivons au croisement de la route 40. Les 90 kilomètres se sont fait a une moyenne de 30 km/h. Ici, je souhaite continuer. Mes deux compagnons sont épuisés, ils souhaitent s'arrêter. Pour eux le contrat était d aller jusqu'ici et de planter la tente. On s'est mal compris ! Alors je les quitte et continue ma route. Nous nous donnons rendez vous a El Calafate. Je me dirige vers le sud. Le vent ne souffle toujours pas. Dans le ciel je peux voir au loin un nuage éclairé. Il se situe juste au dessus de El Calafate. Cette pollution visuelle est mon objectif, mon point de repère.

Les premiers kilomètres m'apparaissent très étranges. La présence de Brook et Ethan me manquent. Puis je m'habitue a la solitude. Le sentiment de liberté devient alors plus grand. Derrière mon épaule gauche la lune veille sur moi, éclaire mon chemin avec timidité mais suffisamment. A ma droite je peux voir la constellation de Tucana, la seule que je puisse reconnaître entre ces mille étoiles. Et devant moi, les lignes blanches qui défilent. La sensation d'effort disparaît tant la nuit me procure de la force et de l'apaisement. Les kilomètres défilent sans que je m'en préoccupe. Puis vient une partie de piste. Je ne m'en souvenais plus. La réalité est la pour me raffraichir la mémoire, 37 kilomètres d'une route qui est en travaux. Ce sont les derniers kilomètres non asphaltés entre El Calafate et El Chalten. D'ici quelques mois les travaux devraient être terminés. Mais ils semblent avancer lentement. Alors peut être que beaucoup de cyclistes vont manger de la poussière sur cette portion avant que cela soit terminé.

5h30. J'en termine avec les 35 kilomètres de piste lorsque je croise les premières voitures du matin : trois bus allant chercher les touristes à El Chalten.

C'est après 150 kilomètres que je peux voir les lumières d'El Calafate, épanchées le long d'un lac que je ne peux encore voir. Il est 6h30, la nuit se termine bientôt. Je m'arrête à 8h00 juste après avoir traversé le rio Santa Cruz (?) prenant naissance dans le lac Argentino. Assis sur une barrière de sécurité, je dévore quelques biscuits en regardant le soleil se lever. Tous mes efforts sont récompensés à cet instant la, lorsque le ciel s'embrase de mille feux. Le ciel est couvert d'un tapis de nuages incandescents, et l'eau de la rivière devient sang. La magie est dans le ciel. Ce ciel si beau de la Patagonie qui m'enchante à chaque instant, que ce soit par ses nuages aux formes uniques, par les étoiles en quantité démesurée ou par ce lever de soleil, certainement le plus beau depuis le début de ce voyage. 15 minutes plus tard le spectacle est terminé. Les nuages deviennent gris, le soleil est caché derrière l'un d'entre eux et les paysages m'apparaissent. Je suis dans une plaine vallonnée, aussi sèche qu'il y a 10 heures à la sortie d El Chalten. Je traverse de gigantesques estancias marquées par ces clôtures rectilignes qui renferment quelques chevaux paissant une herbe grillée. Les chardons recouvrent partiellement ces grands espaces, rompant ainsi la monotonie.

Quelques minutes plus tard, après 185 kilomètres j'arrive à l'intersection avec la route menant à El Calafate. Je me dirige alors plein ouest. Par bonheur le vent ne souffle toujours pas et il me faut moins de deux heures pour arriver à la ville promise. El Calafate. 220 kilomètres effectués. Il est 10h30. La nuit est terminée depuis longtemps, je peux enfin dormir ! Je fais un bref ravitaillement dans le premier supermarché que je croise et file m'installer dans un camping. Je dors une bonne partie de l'après midi, puis envoie un mail a Brook pour lui dire où je me trouve. Puis retourne me coucher. Il est 10h00 du matin lorsque je vois le vélo de Brook attaché au mien. Je suis heureux de les revoir après avoir effectué ce marathon. Eux sont arrivés hier soir a 21h30, épuisés par un vent de face impertinent. Leur récit me fait encore plus apprécier cette longue nuit passée entre El Chalten et El Calafate.

Nous passons une journée ensemble a manger pour reprendre des forces. Au camping sont présents deux cyclistes autrichiens très agréables. Eux ont commencé leur voyage au Pakistan, ont traversé le Tibet et le Laos et s'en vont en direction de la Bolivie et du Pérou. Leur récit me fait rêver. Le Tibet fait toujours rêver, surtout a vélo... Puis en fin de journée nous hélons un autre cycliste. Waiki. Son chargement m'impressionne. Les sacs dépassent de toute part sur son vélo. Waiki est un chaman péruvien, parti sur les routes du monde depuis quelques mois pour apprendre aux gens croisés le temps naturel et celui artificiel. Mais ça, c'est une autre histoire que je vous conterai lors de la prochaine actualisation... Mais autant vous dire que le personnage est incroyable comme vous pouvez le voir sur les dernières photos...

Demain nous allons voir le Périto Moreno puis ensuite nous allons à Puerto Natales. Nous pensons y être le 8 ou le 9 mars. Ici sera organisée une action médiatique pour le don du sang en compagnie du Rotary club. Ca faisait bien longtemps que cela n'était pas arrivé, ça me manquait. C'est ici aussi que je quitterai définitivement Brook et Ethan. Ils me manqueront par la suite, sans aucun doute !

A bientôt !

Julien
 

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Cap sur Ushuaia, Julien Leblay, 2009.

Prix public : 18 euros.
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