Cordillère des Andes 2007 (11200 km) acheter le livre

Le Pérou, ce plat pays...

Arequipa - Copacabana (Bolivie) photos de cette étape

du 26/10/2007 au 29/10/2007

  • nombre de km prévus : 300
  • nombre km effectifs : 499
  • temps effectif : 32h00
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Le Pérou, ce plat pays...

Je quitte mes hôtes de bon matin. Merci pour l’accueil exceptionnel qui m'a permis de reprendre des forces et des kilos, merci pour l’ascension du Misti, pour les sourires et les fous rires et le petit air d’accordéon pour terminer. J’aurai passé une semaine à Arequipa sans m'ennuyer, mille mercis à mes trois français ! Je quitte le confort pour le désert et retrouve également l'altitude. Après plus de 60 kilomètres je suis de nouveau à 4500 mètres d’altitude. Le désert a disparu. Une végétation rase, drue et épineuse recouvre le vaste plateau où je me trouve. Elle fait le bonheur des Vicunas que l'on trouve en grand nombre. Le Misti, fidèle à lui même, domine le plateau, toujours accompagné du Machu Picchu et du Chanchani. Au loin l'Ampato se fait plus discret mais toujours présent.

Le vent est violent. Teresa ne peut rester sur sa béquille et tombera de nombreuses fois. Le vent me vient de l'océan et me pousse avec force dans des lignes droites interminables. Ainsi j'arrive à 15h00 au croisement avec la route conduisant à Cusco. Nous nous étions donné rendez-vous ici avec Céline et Virginie (mes deux hôtes d’Arequipa) pour un dernier baiser. Mais elles n’arriveront que 2 heures plus tard alors je poursuis ma route, profitant de l’élan donné par le vent. Au pied d'une petite montée, je m'endormirai à 4300 mètres d'altitude. Je passerai là ma dernière nuit en compagnie du Misti. Ce volcan a une personnalité très forte, je tenais a passer une dernière nuit sous sa bienveillance.

Alors qu'hier le vent m'aidait, aujourd’hui il me repousse avec la même force (voir photo : ça décoiffe !!). J’évolue sur un plateau perché à 4500 mètres d’altitude. On peut y voir de nombreux animaux, ou du moins les panneaux de signalisation provenant les automobilistes de leur présence (je vous laisse me dire sur le forum quel panneau correspond a quel animal !). Après 80 kilomètres le lac Lagunalillas vient rompre la monotonie du paysage qui s'installait. Le bleu est intense et contraste avec le jaune des collines alentours. Je m’y arrêterai pour prendre des forces puis repars en direction de Santa Lucia, mon objectif du jour. Dans la montée qui suit, j’aperçois au loin deux objets qui me sont familiers. Ils se rapprochent. Pas de doute, ils s'agit de deux cyclovoyageurs. J'actionne mon klaxon et traverse la route à leur rencontre. Ce sont les deux premiers que je vois depuis le début de ce voyage, je suis heureux ! Ils s’arrêtent à ma hauteur.

- Holà ! Como estas ? Leur lance-je. - Julien Leblay ? Me demande la demoiselle. A cet endroit du voyage, sur un plateau quasi désertique, la réplique surprend... - Euh, oui... Et vous, qui êtes vous ? - Céline et François, nous sommes des amis de Yves et Gaël !

Il est 16h00 et décidons de poser le bivouac ensemble près du lac. Nous nous y baignerons avec François. Bain plus que rafraîchissant.... Ce jeune couple est sur la route depuis un an en Amérique latine, et nous terminerons le voyage en même temps. Vous pouvez voir leur site http://velharmonie.apinc.org. Ils ont pédalé avec Yves et Gaël à Ushuaia et dans le Lipez et ont le dynamisme et le sourire propre aux cyclovoyageurs. Cette rencontre fait du bien, elle me rempli d’énergie. Qu'il est bon de rencontrer d'autres cyclovoyageurs dans des lieux aussi insolites, comme ce plateau entre Arequipa et Puno!

L'orage approche, le vent a redoublé de violence. Chacun regagne sa demeure pour une nuit pluvieuse. Demain nous continuerons notre route séparément. Ainsi en est-il...

Nous nous séparons. Plus loin un péruvien à vélo me rattrape. Sa course est égayée par le son de sa radio qu'il tient en bandoulière. J’ai croisé beaucoup de péruviens ainsi équipés, que ce soit à pied, à vélo ou à dos de mule. Et comme tous ses concitoyens, lorsque la radio s’éteindra, il remplacera les piles usagées et les jettera sur le bord de la route, sans savoir les méfaits de ce geste dramatique. Les piles usagées, avec les couches culottes, représentent le déchet le plus représenté sur les bords des routes péruviennes.

Arrivé à mes côtés nous discutons. Il me dit que j’ai une bonne bicyclette. - Combien coûte t-elle ? Me demande t-il. - Combien coûte ta femme ? Lui répondis-je. - Ma femme n'a pas de prix ! - Eh bien c'est pareil pour mon vélo !

Je ne verrai que deux villages avant Juliaca. La plaine où je suis est peuplée d’une manière très sporadique. Ici ou là je peux voir quelques fermes isolées ,une maison en pierre et un grand parc à lamas délimitée par des murets de pierre. Autour, le paysage est doux. Les versants délimitant la vallée sont en pentes régulières et couverts de cette herbe jaune. Ils sont chapotés par une barrière rocheuse, chape sommitale donnant de l’ampleur à ces courbes qui me guident jusqu’à Juliaca. En m'approchant de cette ville je me dirige plus vers le nord. Ainsi le vent me vient plus de côté. Même chose lorsque je quitte Juliaca pour Puno. Le vent venant du lac Titicaca me pousse vers le bas côté.

Au croisement de la route allant aux ruines de Silustani, je revois Véronique, que j’avais croisée avec son ami dans le canyon de Colca. Finalement le Pérou est un petit pays ! Nous discuterons quelques minutes en attendant son bus pour Puno. Je tourne ensuite le dos au vent. Sur cette plaine j'avance à plus de 40 Km/h. J’arrive alors aux ruines. Je planterai ma tente près du lac. Trois enfants et deux adultes viendront me tenir compagnie le temps que je cuisine ma Quinoa. Puis le jour s’efface devant la nuit. Je vais me coucher après cette longue journée. 130 kilomètres ont été parcourus aujourd’hui.

Visite touristique. Puno est réputée pour ses îles flottantes. Ne croyez pas qu'il s'agit du dessert. Non, ce sont des îles faites de roseaux et présentes sur le lac Titicaca. Elles font la curiosité des touristes, dont je fais partie aujourd’hui. A bord d’ une barque collective je me dirige en direction de ces îles avec d’autres péruviens et un couple d’australiens. Le bateau peine a arrivé. Il cale à quelques mètres des îles, il nous faudra un bon quart d'heure pour faire les derniers mètres. Une fois sur l'île, les femmes nous attendent pour vendre leurs objets artisanaux. L'île est réduite, nous en avons vite fait le tour. Je veux interroger les femmes.

Depuis quand ont été construites ces îles. 5 ans me dit l'une, 2 ans me dit l’autre. Vivez-vous ici? Oui bien sûr. Alors pourquoi ne sont-elles pas d’accord sur la date de fabrication de ces îles ? Où sont les hommes ? Ils sont en ville pour travailler. Ils reviennent les soirs me disent-elles... François et Céline sont également venus ici quelques jours auparavant. Eux ont eu la chance de pouvoir parler avec quelqu’un qui connaît très bien ces îles. Il leur a clairement dit qu'elles ne sont faites que pour le tourisme, personne n'y vit réellement. Plus loin si, d'autres îles flottantes sont habitées, mais il est impossible d'y aller car les habitants refusent d'y voir des touristes.

Le temps est long sur ces quelques mètres carrés. On nous avait dit un arrêt de 20 minutes. Notre marin conducteur s'occupe a aguicher une insulaire. Il ferait mieux de s'occuper de son embarcation. Nous doutons tous de pouvoir repartir. Ce sera alors l' occasion de voir si l'on peut vraiment vivre sur ces îles ! 40 minutes après nous repartons pour une autre île, puis une troisième. Cette fois ci ça en est trop pour notre embarcation. Impossible de redémarrer. La barque navigue au gré du courant. Soudain, nous entendons "Titanic" et les péruviens à mes côtés s’empressent de mettre le gilet de sauvetage. Notre bateau prend l’eau. Armés d'une bassine, une femme éjecte l'eau qui pénètre par le plancher pourri, alors que d’autres vont à l’arrière du bateau pour contre balancer. Tout est une question d'équilibre. Au prix d'un long effort notre chauffeur parvient tout de même à actionner le moteur et nous repartons en direction de Puno, à la fois vigilants sur le plancher et sur les tressautements du moteur. Je continue le lendemain ma longue course le long du lac Titicaca. Depuis la descente du plateau sur Juliaca, le Pérou est derrière moi. Cette longue plaine me permet de digérer ce premier mois de voyage. Je replonge ainsi avec douceur et mélancolie dans les montagnes péruviennes, les sourires, les rencontres... Ce début de voyage a été difficile. Et pourtant le mois prochain le sera plus encore. Alors je profite de la platitude du relief et de l’asphalte. Il n’y en aura pas beaucoup jusqu’à Santiago...

Je dépenserai mes deux dernières soles dans l’achat d’un pneu. J’en ai enfin trouvé un à la bonne taille. Car chausser Teresa s’avère aussi difficile que de me trouver des gants. Ce pneu est d’occasion, et nécessitera des soins particuliers avant sa remise en service. Mais il me le faut, car il est plus large que ce que j’ai jusqu’alors. Et la Bolivie arrivant il m’est impératif de changer de pneumatique...

Yunguyo. Dernier village péruvien avant la frontière. Là, un péruvien me demande encore le prix de mon vélo. Même réponse que pour tous les autres. Alors il s’énerve, me traite de mal élevé. Me dit que ce n'est pas une manière de parler que de lui demander le prix de sa femme... Celui ci n’a pas le sens de l’humour apparemment, et je le laisse s’énerver. Je lui dirai simplement qu’en un mois et demi, ce fut le premier imbécile que je rencontre (mis à part le jeune après Cusco, que son jeune âge excusera). C’est dommage, à quelques kilomètres de la frontière...

Le prix du vélo. C'est une question que l'on me pose des dizaines de fois par jour. Je la déteste. Teresa m'a coûté 500 euros, le double tout équipée. Soit dix mois de salaires pour un péruvien moyen. Je n’aime pas cette question car sa réponse est indécente... Teresa n’est pas à vendre, elle n’a donc pas de prix. C’est mieux pour tout le monde.

C'est à 13h00 que j’arriverai à la frontière bolivienne. Le Pérou est derrière moi, un nouveau pays s’offre à ma découverte.


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Cap sur Ushuaia, Julien Leblay, 2009.

Prix public : 18 euros.
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