Balkans - Carpates 2007 (4054 km)

De pire en pire !

Garda de Sus - Tarnova photos de cette étape

le 21/08/2007

  • nombre de km prévus : 61
  • nombre km effectifs : 135
  • temps prévu : 4h30
  • temps effectif : 8h50
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De pire en pire !

Je m'étais promis pour aujourd'hui de rester sur la route. Teresa tout comme moi n'en pouvons plus de nous faire secouer sur les chemins. Après une courte montée puis une longue descente interrompue par la rencontre d'un couple d'allemands cyclovoyageurs très sympathiques, j'arrive sur la route nationale numéro 76. En descendant vers le sud, j'affronte un vent de face très désagréable. J'ai prévu de rester plus de 25 km sur cette route. Quelques km après, entre Lunca et Vascau, un panneau m'indique Moneasa à 25 km. Sur ma carte c'est un chemin qui y conduit, mais ce panneau me fait penser qu'il s'agit en réalité d'une route Je décide de m'y rendre. Le goudron en parfait état me conforte dans mon idée. La route qui suit sera courte, belle et tranquille, loin de la circulation. C'est une évidence. Je pédale calmement en drection de Moneasa, m'attenddant à voir une petite montée mais rien de bien méchant, la montagne de Codru Moma culminant difficlement à 1112 metres.

Après un petit village, le goudron s'efface, remplacé par un chemin de pierre. Cela ne me dérange pas outre mesure, car il est tout à fait praticable. Je vois la route s'élever plus loin, alors je m'arrête déjeuner pour alleger mes sacoches. Un roumain en vacances viendra me tenir compagnie pndant plus d'une heure, et nous tentons de discuter malgré les problèmes de langue. Je lui demande s'il s'agit bien de la route pour Moneasa. Oui oui, c'est par là. Bon, tout semble en ordre.

Je le quitte et me lève. Très vite je dois descendre de vélo car la pente est trop raide. Ce chemin est en fait incroyablement pentu ! Je dois délester les bagages de mon vélo, hisser ce dernier sur plusieurs mètres puis retourner chercher mes affaires. Plus haut la pente est moins raide. Je pousse mon vélo par saccades, avancant dix mètres par dix mètres et me reposant pour reprendre mon souffle. Le chemin est défoncé et m'offre parfois plusieurs possibilités. Le quel choisir pour souffrir le moins. Comment est-ce possible! Comment les roumains peuvent-ils indiquer cela comme un chemin praticable. Je sue à grosses gouttes, je glisse souvent et dois freiner dur pour que mon vélo ne reparte pas dans le sens de la descente. Je me poserai la même question que je me suis tant posée hier : "Mais qu'est-ce que je fais là ?!". Mais, le plus surréaliste de cette histoire, c'est que je suis les traces de roues. Ce chemin est utilisé par les hommes et leurs charrettes. Plus fous que les cyclovoyageurs, les roumains ! Je n'aurai pas la chance d'en croiser pour voir comment ils se débrouillent ici. En tous les cas je ne suis pas offensé par la présence de véhicules à moteur non plus !

Je gravis ainsi le premier kilomètre en une heure. 1 km/h, jamais je n'ai été aussi lent, et je suis pourtant a plus de 100% de mes capacités. C'est essouflé et les jambes tremblantes que j'arrive sur une portion plus plate. Elle me couduit ainsi sur une vaste clairière. Au milieu un troupeau de chèvres. Je cherche en vain le berger pour demander ma route. Alors, dans l'enchevêtrement de chemins qui s'offrent à moi je choisis tout droit. J'ai une chance sur beaucoup trop de viser juste.

Me voilà dans une superbe forêt de hêtres. La piste semble continuer. Je suis le chemin balisé par des petits carrés rouges et blancs, sur un terrain plus propice a ramasser des champignons qu'a faire du vélo ! La encore je dois tirer le vélo sur plusieurs mètres. La piste n'est plus visible, seuls les flèches et les carrés m'indiquent ou aller. C'est de la folie de venir pédaler ici en pleine forêt. Cependant, je ne peux pas dire que je sois perdu. Car, au bout de ce chemin balisé une piste plus grande. Et tout autour de moi j'entends des bruits de tronçonneuse, voit des clairières exploitées. Une cabane un peu plus loin, un troupeau ici. Je ne suis pas seul dans cette montagne. Je traverse encore une clairière avant de trouver une piste bien plus large que les autres et des poteaux électriques. Le tout dans une vaste clairière humanisée Victoire ! La Roumanie est un pays épatant, sa montagne encore plus. Je sors de nul part pour débouler sur un espace agraire parfaitement bien exploité. C'est là toute la magie de ce pays, surprenant au possible et exploité dans ses moindres recoins. Il me plait de plus en plus !

Je choisis de descendre. J'évolue donc sur un plateau karstique creusé par des dolines. Généralement ce genre d'espace est aride. Mais ici il est très vert et les troupeaux se régalent de cette herbe fraiche. Trois kilomètres après un paysan m'annonce que je me trompe de sens. Demi tour. Je rencontrerai alors plusieurs paysans à cheval ou à pied. Une fois la surprise passée, tous m'indiquent avec le sourire le chemin à suivre. Ces roumains m'impressionnent. Quelles forces de la nature sont- ils pour exploiter cette montagne et y vivre ? Ils sont rudes et résistants. Qui sont-ils pour sculpter cette montagne avec grâce et élégance ? Ce sont des artistes !

Au bout de la piste se trouve toujours le bitume. Mon expérience de voyage m'a toujours appris cela ! Et justement, je le trouve à Dezna à 17h00 après 30 km de cailloux et forêts. Encore une fois je ne suis pas là ou je le voulais, mais pas trop loin ! Et cette fois ci mon compteur n'affiche pas de kilomètres en trop. Je ne me suis donc pas tellement trompé. Juste un petit peu, trois fois rien ! A Dezna, Rodica m'offre une soupe et des tomates. Cette roumaine est la patronne du bar et du magasin où je m'arrête et parle très bien français. Elle est surprise et ravie de recevoir chez elle un français. Son ami Dani parle aussi un peu français. Il travaille à Paris depuis 6 mois, dans la construction. Il revient ici pour les vacances. Il m'explique qu'il pense travailler en France pendant 4 ou 5 ans, gagner de l'argent là et venir s'installer en Roumanie, y construire une maison... Je les quitte après avoir retrouvé des forces et mes esprits. Je dois avancer un maximum pour espérer arriver à Timisoara demain. Après Bara je me trompe de route et suis obligé de faire un grand détour. Qu'a cela ne tienne, au premier village je tourne à gauche et me retrouve à travers champs pour regagner ma route. La Roumanie m'enchante ! Ca y est, enfin ! Nous avons mis du temps a nous livrer l'un à l'autre mais le plaisir s'en retrouve décuplé. Je traverse un troupeau de vaches, salue avec entrain le garcon qui les garde Il me répond avec un grand sourire, certainement étonné de voir dans son pré un cyclovoyageur pédaler avec insouciance. La Roumanie est un pays sans barrière, sans limite, ou se perdre est un véritable plaisir. J'arrive dans un petit village ou toute la basse cour est dehors, de chaque côté de la route. Le matériel agricole est exposé sur les espaces enherbés tels un écomusée, mis à part qu'ici ils sont tout à fait utiles.

Après ces deux jours de montagne, je dois rendre hommage à Teresa. Ce vélo est d'une résistance incroyable. Il a vibré de tous ses rayons pendant tous ces kilomètres chaotiques mais n'a pas cédé. Juste quelques boulons qui ont désertés. Et pourtant, venir en Roumanie doit être la pire des choses pour un vélo ! Celui -ci est de marque GIANT, c'est un CRS 2.0 (n'y voyez aucune allusion à notre président de la république). Il n'est pourtant pas étudié pour le voyage au long cours, avec ses grandes roues et ses pneus fins. Beaucoup d'autres cyclovoyageurs sont surpris de me voir juché sur un tel vélo. Et pourtant il a du affronter bien des tourments et il est encore debout sur ses deux roues !

Avant qu'il ne fasse nuit noire je plante ma tente derrière un champ de mais. La plaine dans laquelle j'évolue est découpée par de minuscules parcelles rectangulaires. La chute du communisme a entrainé un redécoupage des immenses exploitations collectives, aboutissant à ces paysages assez particuliers, ou la plaine est découpée avec régularité et d'une manière très rectiligne.