Cordillère des Andes 2007 (11200 km) acheter le livre

De rencontres en paysages fantastiques

Huancayo - Ayacucho photos de cette étape

du 25/09/2007 au 01/10/2007

  • nombre de km prévus : 220
  • nombre km effectifs : 414
  • temps effectif : 29h25
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De rencontres en paysages fantastiques

Après avoir actualisé le site, je rencontre Yuri, un ami des policiers. J'irai avec lui boire un verre au sommet de la ville avant de redescendre au commisarriat pour dormir. Pour la petite histoire, c'est ici que le Che avait passé une nuit lors de son long périple en moto en Amérique du sud. L'anecdoe est amusante !

Avant de partir le lendemain, je dois m'armer d'un klaxon. Pas d'une de ces pacotilles de sonnettes. Non, un klaxon, un vrai, qui pourra me donner la priorité sur plus lourd que moi. Car ici peut être plus qu'ailleurs, c'est le plus bruyant qui passe ! Pour 5 soles je trouve mon bonheur. Me voilà le plus heureux des cyclovoyageurs ! Je dois également me trouver une carte un peu plus précise que la mienne. Sans succès, je devrai me contenter de ma carte au 2 millionièmes jusqu'en Bolivie... Il est 10h30 lorsque je dois partir. Je n'ai pas envie. Mes hôtes me conseillent de rester une nuit de plus ici avant de repartir. J'accepte. Yuri m'invite alors a manger chez lui. Avant cela nous nous dirigeons au marché. Mélange de couleurs et de saveurs.Les poulets, plumés et pendus par les pieds, font face à d'autres morceaux de viande (vache, cochon, mouton). Un peu plus loin un grand étalage de poissons, et bien sûr des fruits de toutes les couleurs. Un régal pour les yeux, puis pour les papilles. On peut également trouver de grands sacs de feuilles de coca. Et au milieu de cela se trouve la maison de Yuri. Petit coin de campagne au milieu du brouhaha péruvien. Le déjeuner est un régal. Nos légumes et fruits se mélangent avec les lentilles préparées par sa maman.

Après une petite sieste nous nous dirigeons de nouveau au commissariat. En route nous croisons Senaida, une charmante péruvienne de 22 ans qui manie à merveille le couteau pour préparer des jus de papayes, oranges ou bananes. Nous resterons une petite heure avec elle avant de poursuivre notre route. Il sera finalement 18h00 lorsque nous arrivons au commissariat après avoir croisé encore beaucoup de monde. Nous repartons chercher Senaida avec qui nous passerons la soirée.

Je quitte enfin Huancayo après avoir passé deux nuits au commissariat du tourisme et de l'écologie. J'y ai trouvé des policiers forts sympathiques et désireux de rendre le séjour des touristes le plus agréable possible. Huancayo m'a beaucoup plu, ses gens également. Ces deux jours passés en ville, au milieu des étalages de fruits et des mototaxis m'ont fait oublier ô combien la montagne alentour est aride. Après seulement 10 kilomètres je me retrouve dans ces paysages aux teints marrons, jaunes ou gris.. La route s'élève. Les villages traversés sont originaux. Les habitations sont toutes très précaires, faites en terre et de petites tailles. Sur le bord de la route se dresse une église de petite taille également, blanche au clocher crème. Seule trace de la colonisation espagnole. Des monticules d'herbe sèche sont disséminés partout dans le village, me faisant ainsi rappeler les Balkans. Au milieu de tout cela sont présents vaches, cochons, moutons, ânes ou autres chevaux, tous attachés à un piquet au milieu d'une parcelle labourée, ou gardés par des femmes ou enfants. Certaines s'affairent à d'autres tâches. Agenouillées près d'un cours d'eau elles lavent le linge. Les hommes quant à eux s'affairent à la construction ou reconstruction des maisons.

Ici, ce sont les bruits des animaux qui rythment la vie du village. La paix règne, mis à part deux ânes un peu trop bruyants. J'écoute deux femmes se parler. Incompréhensible. Dans cette montagne, les gens parlent le Quechua entre eux, la langue originelle du Pérou, qui n'a pas été détruite par la colonisation, comme le fut par exemple le maori en Nouvelle-Zélande.

La montagne est cultivée. Partout de petits carrés de quelques ares. Nous sommes en été depuis quelques jours et les péruviens y plantent des "papas", a savoir des pommes de terre. Le Pérou est le pays de la pomme de terre, avec dit-on plus de 3000 variétés (voir Forum)

Après 20 kilomètres de montée je plonge dans un canyon profond de 1000 mètres. La chute libre dure 10 kilomètres. En bas on cultive le mais, il fait chaud. Je revois de la vie, des fleurs, des abeilles. J'arrive à 15h00 à Izcuchaca, à 2885 mètres d'altitude. Ici un pont Inca traverse la rivière. Il est situé sur le chemin des Incas, reliant Cusco à Quito (voir Forum). Je quitterai ce village après un bon repas et repartirai à l'assaut d'une montée. La montagne est encore une fois titanesque, et je trouverai ou dormir sous une bouche d'évacuation de l'eau, à l'abri des regards indiscrets. Je m'offre ici une superbe vue sur la montagne et sur la pleine lune qui s'en extirpe. Je la regarderai longtemps se battre avec un nuage. Elle en sortira vainqueur, bien plus brillante encore. Le froid me sortira de mes pensées. Je me glisse sous ma tente en espérant qu'il ne pleuve pas cette nuit, ma position étant un peu delicate !

Des gouttes d'eau me font sursauter à 4h00 du matin. J'emballe rapidement mes affaires. Fausse alerte, la pluie ne viendra pas. Après Huancapapa, je double un groupe d'écoliers. Ils se mettent à ma poursuite. Je les attends et nous ferons la montée ensemble. Ils se rendent à l'école située à 3 km d'ici. Le groupe s'agrandit au fil des kilomètres. Ils sont très curieux et nous discutons de tout et de rien, du voyage, comment je mange, je dors, ce que je fais de mes journées, d'où je viens où je vais... Nous prendrons une dernière photo devant leur école ou leur professeur se joint à nous.

Plus loin je m 'arrête prendre en photo un de ces ralentisseurs. Voilà encore une caractéristique du Pérou : les ralentisseurs sont impressionnants, très efficaces, et interdisent toute sorte de tunning ! J'entends derrière moi "gringo, gringo" (voir Forum). Je me suis en fait arrêté près d'une école. C'est l'heure de la récréation. Tous sautent par dessus la grille et viennent entourer Teresa. S'en suit une partie de photos, où les filles déguerpissent en courant et où les garcons se rapprochent encore plus de l'objectif.

Après une longue descente, vous l'aurez deviné, je remonte ! Je me retrouve alors à onduler sur un plateau entre 3500 et 4000 mètres d'altitude. J'y vois cochons, vaches, chevaux, moutons et lamas, le tout dans les mêmes troupeaux ! De ce plateau ressort une multitude de rochers de toute taille. Il est alors d'autant plus surprenant de voir les péruviens s'obstiner à fabriquer leur maison en terre alors qu 'ils ont à portée de main tant de matériaux de bien meilleure qualité. Mais où est donc passé le talent de batisseur que possédaient leurs ancêtres les Incas ?

Je redescendrai finalement pour arriver à Huancavelica. J'y resterai le temps de me ravitailler, puis quitterai cette ville sous la pluie. Je planterai ma tente dans le premier pré venu. Demain m'attends une longue journée. Commencera alors de nombreux kilomètres de piste...

Je me lève de bonne heure car une longue journée m'attends. La piste s'élève tout de suite. Après 15 kilomètres rendus difficiles par la pente et la piste qui se dérobe sous mes pneus, j'apercois mes premiers lamas. Signe que je m'approche des 4000 mètres d'altitude. Un panneau me le confirme. 4170 mètres. Je pénètre depuis ce matin au coeur de la cordillère. Autour de moi des sommets enneigés se degagent avec majesté d'une montagne déjà très haute. Je m'en approche timidement, regrettant de ne pas avoir pris plus de ravitaillement à Huancavelica. Car ici il n'y a pas de village ; tout au plus quelques fermes isolées. Une voiture de police me double, puis s'arrête. Je pense qu ils veulent me reprimander pour ma conduite à gauche sur ce chemin où il n y a pourtant personne. Un policier en sort.
- C'est vous qui faites le tour du monde à vélo ?
- Oui, c'est moi...
- Félicitations ! Pouvons nous prendre quelques photos ?
Petite séance photo avec comme arrière plan un 5000 mètre enneigé...

Après 20 km j'évolue dans une grande dépression située à 4500 mètres d'altitude, avec la montagne comme seul horizon. A ma droite la chaine de montagne semble s'allonger. L'herbe est encore jaunie par l'hiver, mais les troupeaux d'alpagas y sont nombreux. On les élève ici pour leur laine, pour fabriquer gants, écharpes, bonnets ou autres vêtements chauds indispensables au Pérou.

Santa Ana. 32 kilomètres. Premier village. Je n'y voit que trois personnes. J'ai faim La boutique restaurant est ouverte mais il n'y a personne. J'use de ma voix et de mon klaxon sans succès. Je poursuis la faim au ventre. Derrière moi la montagne est emprisonnée par les nuages

Pucapampa. J'ai faim, terriblement faim. Je m'arrête dans un petit restaurant. Le patron me promet un repas à 3 soles, je n'aurai droit qu'à une soupe de piètre qualité. Je me fâche, je veux pour ce prix là du riz et un morceau de viande agrémenté de quelques pommes de terre. Un repas quoi. Il me demande trois soles en plus, sous prétexte que les prix augmentent avec l'altitude. Et à 4500 mètres, c'est plus cher... Je le quitte en déposant 2 soles sur la table, en plus de ma malédiction. Je ne me retournerai pas sur ses jurons. Je poursuis.

La route s'élève encore. A 4750 mètres d'altitude je verrai mes derniers alpagas. Finalement, après 5h30 de vélo et 50 km, j'arrive au col de Chonta. 4850 mètres d'altitude ( à vérifier). Plus haut encore que le premier col d Anticana, et bien plus beau. Si haut, je n'ai aucune difficulté à respirer et n' ai pas mal à la tête non plus. Preuve que le corps s'adapte magnifiquement bien à l'effort. Alors qu'à 4818 mètres d'altitude, abreuvé de mate de coca je suffoquais, ici je suis aussi bien qu'au niveau de la mer, et je pourrais aller encore plus haut. Mais cette fois-ci ce sont mes jambes le facteur limitant. Je veux redescendre !

De l'autre côté du col, une multitude de lacs sont prisonniers des montagnes et y reflètent leurs cimes. La chaine de montagne s'étend à perte de vue, disséminant des sommets aussi hauts que pointus. Je suis de l'autre côté, là où sévit un violent orage. Alors que j'ai passé le col en short, c'est en tenue d'hiver que je descends. Après 15 kilomètres je suis à Choclococha, à 4500 mètres ( à confirmer aussi). Ce petit village se trouve près du grand lac du même nom qui s'étend sur 6 kilomètres de long. Je le longe jusqu'à son extrêmité, jusqu'à Santa Ines, dans un décor blanchi par la neige tombée à l'instant.. Arrivé à Santa Ines, je n'ai pas d'espoir de redescendre en dessous des 4000 mètres avant la nuit. Poussé par la fatigue, je décide alors de rester ici pour la nuit. A une boutique je demande à une dame ou je peux dormir. Ici me répond t-elle. Puis elle appelle la patronne
- Il y a quelqu'un pour toi !
- Qui ? demande l'intéressée.
- Un gringo !

La chambre est à 7 soles. 4 murs, un toit, un lit et 6 couvertures en guise de chauffage. Pas de douche, juste un robinet d'où sort une eau gelée. J'ai grand peine a m'y laver les mains. Je passerai le reste de la soirée avec les enfants. Omar, Jumy, Brian, Yercin. Après avoir joué un peu au football et échangé quelques pièces de monnaie, Brian me demande l'heure.
- 18h20
- Eh, les Simpsons !
Ils me quittent en vitesse, me laissant seul à mon sommeil. Dehors la montagne est prise au piège des nuages, encore. Il pleut, comme tous les soirs.

La journée fut fantastique. J'ai traversé d'immenses espaces seulement peuplés de lamas et d alpagas. Le ciel bleu qui surplombait le tout jusqu'à 14h00, heure à laquelle j'ai franchi le col, a donné encore plus de volume à ces sommets qui n'en manquent pas. Et puis j'ai de nouveau affronté l'altitude, tutoyant des sommets, et cette fois-ci j'ai pu en profiter pleinement car parfaitement bien acclimaté. Je vais dormir à 4500 mètres d'altitude sans la moindre appréhension. Le Pérou est grand et on s'y adapte rapidement !

Le lendemain, même chose. Debout de bonne heure pour une difficile journée. Je commencerai par une longue descente de 30 kilomètres. Aujourd'hui plus qu'hier, j'évolue sur une piste que l'on appelle dans le jargon des cyclovoyageurs de la piste ondulée, tant la sructure du chemin y fait penser. Cela devient très vite douloureux, pour moi comme pour Teresa. Finalement le goudron, enfin. Et aussi un panneau. Ayacucho : 138 km. Je n'y serai jamais ce soir. Commence alors une nouvelle ascension, une de plus. Celle là a de déprimant que la route s'étend à perte de vue, là haut, au loin. Alors je ferme mon horizon à 5 mètres, et je pense. Penser pour ne pas penser a la montée. Penser à mes amis, à ma famille, si loin d'ici. Penser au Cézallier aussi, et à mon prochain livre que je devrai écrire en son honneur avec la collaboration de David Genestal. David justement, je devrai le voir bientôt., Où est-il maintenant ? Je pense à la recette du riz au lait façon péruvienne. Un délice lorsqu'il est savoureusement agrémenté de cannelle, mais pas trop... Parfois mon regard s'extirpe sur ma gauche. Je peux alors voir une formation intéressante. Un énorme bloc de pierre blanc a été formé ici par accumulation de sédiments du à la présence d'une source chaude. Il existait la même en Nouvelle Zélande, mais elle a été détruite par un tremblement de terre. Il s'agissait à l'époque d'une des merveilles du monde. Plus haut je peux voir une superbe glacier dégueuler d'un cirque glaciaire. L'érosion et la colonisation végétale ayant fait leur travail, il fait aujourd'hui le bonheur des lamas qui y broutent une herbe verte. Ce seront les derniers que je verrai. Ensuite la montagne devient rouge, inhospitalière, alors que la route poursuit son chemin vers les nuages.

4746 mètres.. Col de Apocheta. J'y suis, enfin. La montagne n'existe plus, disparue dans les nuages. Après 56 km de descente la route s'élève de nouveau. Ayacucho est à 40 km, il est déjà 15h30. Des péruviens me disent que j'y serai dans une heure. Mais comme tous ici ils n'ont aucune idée de ce qu'est le voyage à vélo et ne se rendent pas compte non plus des distances. Je dormirai à mi pente près de la route. Je rejoindrai Ayacucho demain.

J'y suis finalement de bonne heure, à 8h30 du matin. La ville m'accueille d'abord avec ses garages ou aures réparateurs automobiles ou de moto taxis, les laves auto, les spécialistes de pneumatiques. Puis la place centrale où je peux voir un défilé. C'est pour un marathon cette fois ci. Je quitterai la ville à midi après avoir actualisé le site. Je voulais m'y arrêter une journée mais la route s'annonce encore longue jusqu'à Cusco, et j'ai prévu un petit extra en cours de route...

 

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Cap sur Ushuaia, Julien Leblay, 2009.

Prix public : 18 euros.
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