De l'Auvergne à la Nouvelle-Zélande 2010 (18000 km)

50 jours de vélo en Iran : bilan

Bandar Abbas photos de cette étape

du 10/12/2010 au 21/12/2010

  • nombre de km prévus : 200
  • nombre km effectifs : 223
  • temps prévu : Du 10 au 21 décembre 2010
  • temps effectif : 15 heures
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50 jours de vélo en Iran : bilan

A Bandar Abbas, alors que nous attendons notre visa indien et notre bateau pour Dubai, l'heure est au bilan. Allongé sur un matelas posé à même le sol dans une maison près du rond point Abuzar, mes pensées refont tout notre voyage en Iran. Mohammad, notre hôte couch surfer, me demande si je suis fatigué. Je lui explique que je repense à nos 50 jours passés dans son pays.

- C'était bien l'Iran, me demande-t-il.

- Plus ou moins, lui répondais-je avec une moue dubitative.

En quittant ce pays, j'ai du mal à savoir si je l'ai apprécié ou pas. Ce que nous avons apprécié le plus en Iran, c'est sans conteste ses paysages, variés et si particuliers. D'abord la vallée d'Howraman bordée de montagnes majestueuses. La piste empruntée pour aller au plus profond des gorges a été un enchantement. Puis les villes comme Esfahan et Yazd, la première arborant la magnificence des monuments islamiques, l'autre les couleurs douces et calmes du désert. Et enfin, justement, les déserts qui constituent une grande majorité de la surface du pays. Le plus impressionnant fut celui des kaluts au nord de Kerman, où les édifices sableux pouvaient faire penser à d'autres parcs nationaux plus célèbres aux Etats-Unis. En dehors de la beauté des paysages, ce qui nous a plu dans tous ces lieux, c'est le calme. Le calme des villages étagés d'Howraman, le calme de la place de l'Imam à Isfahan et des ruelles de Yazd, le calme du désert, relatif certes, car toujours quadrillé de routes. Le bruit justement, c'est certainement ce qui nous a le plus déplu en Iran; Le pétrole coule à flot et beaucoup d'iraniens le perçoivent comme une denrée inépuisable qui arrive dans le réservoir de leur voiture ou de leur petite moto de façon divine. Le bruit permanent qu'engendre ce pétrole si bon marché (maintenu à un tel prix par des subventions étatiques) ne permet aucun repos au voyageur. Nous avons vite regretté les routes turques désertées par les automobilistes du fait d'une essence excessivement chère. En plus d'être nombreux au volant de voitures, une grande majorité d'entre eux sont irrespectueux sur la route. Nous avons également regretté de ne plus pouvoir nous poser sur des petits tabourets, pour déguster un thé offert par des passants curieux. Il n'y a ici quasiment aucun lieux pour se poser, pour boire un verre en regardant simplement les passants passer, les gens discuter, les marchands crier les prix de leurs marchandises. Il y a bien eu quelques vraies invitations durant ces 50 jours. A Tekab, le dîner passé chez Kia fut très apprécié. Avant d'arriver à Howraman, la famille qui nous a hébergé chez elle restera dans nos mémoires pour l'éternité ; tout comme cet homme qui nous a accueilli chez lui à Noru Abad avant que nous prenions le bus, ou encore cette jeune femme qui nous a ouvert ses portes en pleine nuit à Mahan avant que les policiers nous délogent et qu'elle les suive au commissariat (peut-être y est-elle encore à l'heure actuelle). Mis à part ces invitations, qui montrent une tradition d'accueil réelle et appréciable, il y a ce ta'arof, dont nous avons eu grand mal à appréhender malgré les nombreux avertissements et conseils reçus. Une invitation en est-elle vraiment une ? Cet homme qui nous offre le thé veut-il vraiment le faire ? Nous avons souvent refusé pour respecter le ta'arof, mais peut-être parfois avec trop d'insistance, ce qui a fait que nous avons plus abusé de notre tente qu'en Turquie où les invitations étaient franches et sincères.

Mais ce qui a été le plus difficile, c'est ce que je dis à Mohammad lorsqu'il me demande ce que nous avons le moins aimé en Iran :

- les hommes.
- Les hommes ? Me demande t-il en se montrant du doigt, un peu embarrassé ?
- Oui, les hommes. Leur comportement envers Marion.

Je lui explique alors les mauvaises expériences avec les iraniens, qui ne furent jamais très méchantes mais qui, les unes mises au bout des autres, font que nous n'avons jamais pu faire confiance aux iraniens. Cela peut aller des tentatives d'attouchements de la part d'un hôte bourré, jusqu'aux « I kiss you » des militaires, en passant par les sifflements et autres regards pervers. Mohammad me comprend et, après s'être excusé, argumente en disant que la seule image des femmes occidentales qu'ont ses concitoyens est véhiculée à travers les films pornographiques. Par translation, ils concluent que toutes les occidentales sont des prostituées, des femmes faciles qu'il suffit de siffler pour avoir dans son lit. Jamais je me serais permis de me comporter avec leurs femmes comme eux l'ont fait avec Marion. Certes, il ne convient pas de généraliser. Cela dit la fréquence de ces expériences nous emmène à croire qu'une majorité d'Iraniens pensent ainsi. Mais ce serait une erreur de tout mettre sur le dos des films pornographiques. Les codes sociaux peut être plus que le gouvernement ont transformé une génération de jeunes gens sympathiques en frustrés sexuels. Et ceci est vrai pour les deux sexes. Si le sexe fort montre beaucoup d'intérêt envers Marion, j'ai moi aussi eu droit à quelques « I love you » de la part de demoiselles voulant exercer leur anglais. Et tout comme les hommes envers Marion, ces mêmes femmes ne se souciaient pas de voir mon amoureuse à mes côtés en me lançant leurs avances.

Avant de venir en Iran, nous pensions que le peuple subissait le gouvernement autoritaire et ses idées « arriérées ». Une fois ici, nous nous sommes vite aperçus que ces idées sont partagées par beaucoup. Certes, il impose le port du voile et il le interdit beaucoup de choses. Mais il ne convient pas de mettre tout sur le dos de ce gouvernement. En 50 jours, nous n'avons vu que trois femmes non voilées chez elles : la femme de Jalal, un guide touristique. Farnaz, notre amie téhéranie qui souhaite à tout prix quitter le pays et Samantha, notre hôtesse à Mahan qui a vécu 5 ans en Inde après avoir divorcé de son cousin à qui elle avait été mariée à l'âge de 16 ans (alors qu'il en avait 42). Partout ailleurs, les femmes ont toujours porté le voile en ma présence dans leurs maisons, et ça ce n'est pas le gouvernement qui les oblige. Ce n'est pas non plus le gouvernement qui a demandé à cette vieille femme de sermonner Marion dans le bus à Kermanshah parce qu'elle n'avait pas son poignet recouvert. La famille kurde qui met deux nappes pour le dîner, une pour les hommes, une pour les femmes, ce n'est pas non plus le gouvernement qui lui demande de séparer ainsi les sexes. On se rend compte que beaucoup d'iraniens souhaitent cette constitution et ses règles. Je me souviens les paroles d'un argentin qui me disait, en parlant de la corruption de son gouvernement, que le peuple a les chefs qui lui correspondent. Qu'en est-il des iraniens ? Ne se comportent-ils pas en voiture comme le font leurs chefs ? C'est la loi du plus fort qui règne sans aucun doute. Ne sont-ils pas satisfaits, ces hommes qui sifflent Marion, de voir leurs femmes voilées. D'ailleurs la burqa ni même les masques de Bandar Abbas n'ont rien à voir avec le gouvernement, mais bien avec la culture. Lorsque l'on en parle à Ben, à Kerman, il nous dit que les plus gros problème de l'Iran, ce n'est pas le gouvernement, qui changera sûrement un jour pour un meilleur (il ne peut pas y avoir pire selon lui même si c'est pourtant ce qu'ils disaient tous après la révolution), mais la culture, profondément ancrée et difficile à changer.

De ce fait, dès la première moitié du voyage en Iran, l'envie n'était plus à la rencontre. Chaque « hello mister » ne me fait plus sourire. Nous avons traversé l'Iran sans vraiment essayer de communiquer avec les iraniens car les mensonges et le peu de confiance que l'on pouvait leur octroyer ne nous incitait pas à approfondir les relations. Ceci est dommage et représente un gros regret de ce pays; En discutant avec d'autres voyageurs, nous nous rendons compte que chacun a eu des expériences différentes, la plupart positives, d'autres négatives. Nous quittons donc le pays en nous disant que l'expérience valait le coup d'être vécue, que les paysages traversés étaient fabuleux. Au voyageurs souhaitant s'y rendre, nous leurs disons « allez-y ! » car le pays mérite très largement d'être visité et mieux connu. Mais à l'inverse de la Slovénie, la Serbie, la Turquie ou la Nouvelle-Zélande où nous nous rendons, nous ne reviendrons pas en Iran. Il y a dans ce monde beaucoup de choses à voir, et ce pays ne nous a pas laissé une assez bonne impression pour que nous ayons envie d'y revenir.

Bien sûr, ce serait une erreur de mettre tous les chefs d'accusation sur le dos du pays. Nous sommes en partie responsables de ce sentiment mitigé et de cette pointe de déception ressentie en quittant le pays. Si nous n'avons pas pu apprécier l'Iran pleinement et que nous nous sommes parfois énervés envers ses habitants, si nous avons parfois vu plus de points négatifs que positifs, peut-être est-ce parce que nous n'étions pas en de bonnes conditions, déjà fatigués par 5 mois de voyage. Cela dit, lorsque nous arrivons au port, près à embarquer pour Dubai, la rencontre avec Gosha et Lucas nous réconforte. Ces deux cyclotouristes ont commencé leur voyage à Istanbul et s'en vont pour l'Inde. Lorsqu'ils nous expliquent leur perception du pays, nous nous reconnaissons dans leurs propos. Ils ont trouvé le pays incroyablement beau mais ont eu beaucoup de mal avec les iraniens, leurs questions permanentes sur nos origines et notre destination sans jamais couper le moteur de leur engin, la pollution et le bruit permanent, leur mauvais comportement sur la route. En les écoutant on se dit que finalement, tout n'est pas que de notre faute. L'Iran doit avoir quelque chose en lui qui peut excéder les voyageurs. Mais dans tous les cas, la conclusion de nos compatriotes cyclovoyageurs est la même que la notre : ce sera pire en Inde !
Mais avant cela, nous devons transiter par Dubai...





Le livre

Que vous soyez cyclotouriste, voyageur ou sédentaire ouvert sur le monde, il y a mille et une raisons de vous réjouir de la lecture de ces Nouvelles Vagabondes.
Après plusieurs voyages en solitaire, Julien Leblay nous livre cette fois-ci le récit de son périple avec sa compagne Marion. Ne voulant se contenter de décrire le quotidien de leur voyage, il s’engage et se place résolument loin des clichés pour nous livrer avec sincérité ses impressions, que ce soit sur la vie du couple en voyage, ses préoccupations écologiques ou sur les traits culturels ou sociologiques des pays traversés.
Ce livre ne laisse pas indifférent et bouscule nos représentations exotiques du monde ; à sa lecture on découvre, on s’indigne et on s’émerveille tour à tour. Dans un style à la fois personnel et documenté, il nous offre une immersion complète, sans langue de bois, dans son voyage à vélo en couple. Il réussit finalement le pari de dresser un tableau contrasté et nuancé de cette longue aventure cyclotouriste qui ne sera probablement pas la dernière !

Cécile R.

352 pages dont 16 en couleur
Prix de vente : 20 euros

Disponible sur http://goodaventure.com

Le DVD

Julien et Marion Leblay quittent l'Auvergne en juillet 2010 pour une aventure de 22.000 kilomètres à vélo. Portés par le désir de découvertes et de rencontres, mais aussi par celui de promouvoir le don du sang, ils traversent l'ex-Yougoslavie, la Turquie, l'Iran, l'Inde, l'Asie du Sud-Est et l'Australie pour finalement arriver en Nouvelle-Zélande vingt mois plus tard.
Savoureusement pimenté, ce voyage donne le "goût d'aventure" !

Durée : 84 minutes.
Prix de vente : 15 euros

Disponible sur http://goodaventure.com
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