De l'Auvergne à la Nouvelle-Zélande 2010 (18000 km)

J 200

Chennai - Tirupathi photos de cette étape

du 17/01/2011 au 20/01/2011

  • nombre de km prévus : 300
  • nombre km effectifs : 273
  • temps prévu : 18 heures
Julien met un peu de couleurs sur nos velosIMG_0020Un papy genial rencontre a ChennaiIMG_0022Rencontre avec le Rotary clubIMG_0098IMG_0104IMG_0384

J 200

Cela fait deux cent jours que nous sommes partis. Il est 7h00 lorsque nous nous réveillons. Une fois de plus j'ai le dos fourbu par la nuit peu confortable. Nos matelas sont posés sur le carrelage de notre chambre. Au dessus de nous une moustiquaire éloigne l'ennemi de son quadrillage fin. Une demi-heure plus tard nous déjeunons avec les étudiants du « boys hostel » de Puttur. Ils sont une quarantaine à dormir ici, entassés à quatre dans une chambre de 10 mètres carré durant leurs quatre années d'étude en Ingénierie Informatique. Nous avons fait connaissance la veille, lorsque le patron des lieux nous a fait visité l'endroit et proposé d'y dormir moyennant 200 roupies. Ils sont pour la plupart issus de la classe moyenne, cette partie de la population indienne pas vraiment riche, mais pouvant tout de même s'offrir le luxe de financer des études à leurs enfants, et leur logement. Ici, ils paient 300 roupies par mois pour l'hébergement et la nourriture. Ils ont entre 18 et 20 ans, presque près à être mariés. L'âge légal est de 22 ans, Dans le groupe d'étudiants que nous côtoyons, environ la moitié fera un mariage d'amour. Cette option n'est pas évidente étant donné qu'il n'est pas permis de fréquenter le sexe opposé avant d'être marié. « Crime » nous dit l'un d'entre eux. Alors pour les autres, les parents s'occupent de leur trouver une femme. On appelle ça un mariage arrangé, et c'est très commun en Inde. Nous leur expliquons que pour nous, c'est un mariage d'amour. Ils nous envient.

 

En les quittant, le responsable des lieux refuse que je lui laisse de l'argent en plus pour le dîner et le petit déjeuner. Lorsqu'il me tend mes 300 roupies de caution, j'essaye de négocier :

- Non, rendez-moi seulement 200 roupies.

- Non, non, 300.

- Et la nourriture ? Aller, 250.

- Non, 300.

Alors je repars avec mes 300 roupies et remercie encore cet homme avenant, qui nous a hébergé dans cet hôtel plus pour nous rendre service que pour gagner quelques roupies.

 

Aujourd'hui comme hier, nous sommes motivés pour pédaler ; Par contre l'énergie nous manque. En fait, on peut clairement dire que l'on manque d'entraînement. Certes, on a bien pédalé 8.000 kilomètres avant d'arriver ici. Mais nous terminons une coupure de 24 jours sans vélo. 24 jours d'inactivité quasi totale. Nos jambes sont maigres, le coup de pédale n'est pas fluide, le souffle nous manque.

Alors, tranquillement, avec la même peine que celle des pèlerins se rendant à pied au temple de Tirumala, nous traversons la campagne indienne. Ici, des marchands de noix de coco sont assis derrière leurs fruits soigneusement rangés. Ils ont au préalable balayé avec le même soin le parterre pour accueillir les consommateurs. Maintenant, ils attendent, séparés les uns des autres d'une centaine de mètres. Certains sont munis de cache-oreilles pour se protéger de la rigueur de l'hiver. Car il fait 30°C et l'Indien est frileux.

Plus loin, un homme guide son attelage de zébus pour racler le fond d'une rizière. C'est l'étape préalable au semis. Celui-là justement est effectué dans une rizière voisine. Un vieil homme tient d'une main un grand récipient plat et de l'autre jette le riz à la volée. Il faudra quelques jours pour que des plants d'une dizaine de centimètres émergent des eaux. Ce semi serré devra ensuite être arraché pour être ensuite repiqué. C'est ce que fait une famille un peu plus loin. Des hommes sont accroupis dans une rizière où poussent des plants de riz bien verts. D'un geste vif et précis ils les arrachent un par un et les regroupent en petits paquets. Dans la rizière attenante, des femmes vêtues de saris colorés les repiquent d'un geste aussi précis et vif. Ainsi espacés d'une dizaine de centimètres, les plants vont grandir rapidement. Régulièrement les femmes viendront arracher les mauvaises herbes à la main jusqu'à la moisson, deux mois après le repiquage. Ces gestes ancestraux permettent de faire vivre plus d'un milliard d'habitants dans ce grand pays.

 

Nous passons ainsi devant plusieurs rizières avant qu'elles ne disparaissent. Il y a maintenant de la canne à sucre qu'un paysan coupe à la serpe, puis des petits arbustes épineux entre lesquels des vaches viennent paître. Elles sont emmenées au pré le matin une fois que le soleil est bien levé. Elles ont les cornes peintes de rouge, vert ou bleu et une pâte avant attachée au cou. Car il arrive souvent qu'elles déterrent le piquet auquel elles sont attachées et prennent la poudre d'escampette. Ainsi attachées sur elles mêmes, elles ne vont jamais bien loin.

 

Nous croisons aussi un groupe de porteuses d'eau. Pieds nus sur la route, elles portent sur leur hanche ou leur tête de belles cruches colorées contenant le précieux liquide. L'eau ne manque pas dans la région, mais moins nombreux sont les lieux où elle est potable. Nous les saluons d'un gentil « hi » qui les fait sourire. Car dans cette campagne, on ne parle pas anglais, pourtant communément parlé en Inde, mais simplement la langue locale.

 

C'est ainsi que nous arrivons à Tirupati, accueillis par les klaxons et la circulation dense. Nous n'avons fait que 40 kilomètres et il n'est que 11 heures. Nous nous mettons pourtant à la recherche d'un hôtel. Entendons « hôtel » un lodge ou guesthouse. Car les « hôtels » indiens ne sont souvent que des restaurants. Nous avions déjà vu des postes sans timbre en Turquie, ici nous avons des hôtels sans lits ! Le premier hôtel où nous nous arrêtons affiche un haut standing. Les chambres sont à 1600 roupies. Nous aurons maintenant l'impression de faire des économies en visitant les autres. Plus loin, 700 roupies, puis 500. Là, on nous affirme qu'il n'y a pas moins cher. 100 mètres plus loin, on nous propose 400 roupies. L'hôtel voisin à une chambre à 300 roupies. Nous la négocions à 250 roupies, prétextant que nous n'avons pas besoin de la télévision, ce qui est vrai par ailleurs. Ce tour des hôtels nous permet de constater qu'il existe une constante chez les patrons d'hôtels : leur antipathie. Ils accueillent les clients, leur font visiter les lieux, leur souhaitent la bienvenue sans un seul mot échangé si ce n'est celui du prix de la chambre. Généralement avachis sur leur chaise ou sur un banc, ils n'inspirent aucune amitié et n'ont d'intérêt que dans la signature que vous porterez en face de la somme que vous acceptez de payer, sur leur cahier d'enregistrement. Nous aurions pu trouver encore moins cher mais le temps presse un peu si nous voulons profiter de notre après midi. Les vélos déshabillés de leurs bagages et rangés dans la chambre, nous nous évadons rapidement pour rejoindre la station de bus. Là, nous prenons un aller retour pour Tirumala, à 20 kilomètres de là. Départ toutes les 5 minutes ; c'est parti !

 

Ce qui frappe en arrivant à Tirumala, ce sont les échoppes de casquette. On trouve de ces couvre-chefs de toutes les couleurs, de tous les styles, pour toutes les têtes. Mais pourquoi diable les indiens viennent-ils acheter leurs casquettes ici ? Parce qu'ils sont frileux, souvenez-vous ! En fait, s'ils viennent ici, c'est avant tout pour se faire couper les cheveux. Ils seraient même plus nombreux à venir ici qu'à la Mecque ou à Jérusalem. Chaque jour en moyenne, 40.000 pèlerins gagnent la montagne. Comme une offrande à un de leur dieu, qu'ils soient enfants (souvent l'année de leurs 5 ans), plus âgés, hommes ou femmes, leur objectif en venant ici est d'en ressortir rasés. Cette offrande est une véritable aubaine pour le temple de Venkateshwara qui, de ce fait, est un des plus riches d'Inde. Car ces cheveux, ces tonnes de cheveux qui tombent sous les rasoirs des barbiers, sont revendus à des multinationales de la perruque. Je me souviens d'un reportage de « Capital » où l'on voyait comment quelques occidentaux avaient ainsi fait fortune grâce aux croyances hindoues...

En tous cas il règne sur ces hauteurs une grande sérénité. Nous lézardons entre les pèlerins, admirant les femmes et les enfants qui, même la tête rasée, sont d'une beauté étonnante. Quant aux hommes, certains en groupe ressemblent à des demis de mêlées, d'autres à des stars Hollywoodiennes. Bref, autant dire qu'à Tirumala on y est bien, entouré de gens bons, autant par l'aspect physique que par leur coeur, en témoigne leur profonde croyance.

 

N'ayant pas la patience que les indiens ont d'attendre de longues heures pour se faire couper les cheveux, nous redescendons dans la vallée. Nous dévalons en bus les nombreuses épingles à cheveux qui nous conduisent à Tirupati. Entre Marion et moi un citron soigneusement glissé dans ma poche nous protège. Et il faut bien ça, car le bus usé par les millions de pèlerins l'ayant déjà utilisé n'est plus qu'un tas de tôles rouillées au ronronnement effrayant. Autour de nous, les indiens regardent la route avec sérénité. Parmi eux une dizaine n'ont plus de cheveux et deux sont coiffés de casquettes (les plus frileux). Gagné par la fatigue et la sérénité ambiante, je finis par m'endormir dans les derniers lacets.

 

Quant à Marion, elle attendra de gagner notre hôtel. Malgré l'inconfort du lieu (pour 250 roupies, il ne faut pas être trop exigeant), elle s'endort rapidement alors que j'écoute pour la première fois le premier CD d'Emmanuelle Chaillou chantant « il pleut ».

 

Le soir n'est plus loin. Marion se réveille et nous allons nous glisser dans un « hôtel », à savoir un restaurant. Pour moins d'un euro chacun nous mangeons à notre faim. Il est 21h00 lorsque nous nous enfermons une dernière fois dans notre chambre pour une nouvelle nuit en Inde.

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Le livre

Que vous soyez cyclotouriste, voyageur ou sédentaire ouvert sur le monde, il y a mille et une raisons de vous réjouir de la lecture de ces Nouvelles Vagabondes.
Après plusieurs voyages en solitaire, Julien Leblay nous livre cette fois-ci le récit de son périple avec sa compagne Marion. Ne voulant se contenter de décrire le quotidien de leur voyage, il s’engage et se place résolument loin des clichés pour nous livrer avec sincérité ses impressions, que ce soit sur la vie du couple en voyage, ses préoccupations écologiques ou sur les traits culturels ou sociologiques des pays traversés.
Ce livre ne laisse pas indifférent et bouscule nos représentations exotiques du monde ; à sa lecture on découvre, on s’indigne et on s’émerveille tour à tour. Dans un style à la fois personnel et documenté, il nous offre une immersion complète, sans langue de bois, dans son voyage à vélo en couple. Il réussit finalement le pari de dresser un tableau contrasté et nuancé de cette longue aventure cyclotouriste qui ne sera probablement pas la dernière !

Cécile R.

352 pages dont 16 en couleur
Prix de vente : 20 euros

Disponible sur http://goodaventure.com

Le DVD

Julien et Marion Leblay quittent l'Auvergne en juillet 2010 pour une aventure de 22.000 kilomètres à vélo. Portés par le désir de découvertes et de rencontres, mais aussi par celui de promouvoir le don du sang, ils traversent l'ex-Yougoslavie, la Turquie, l'Iran, l'Inde, l'Asie du Sud-Est et l'Australie pour finalement arriver en Nouvelle-Zélande vingt mois plus tard.
Savoureusement pimenté, ce voyage donne le "goût d'aventure" !

Durée : 84 minutes.
Prix de vente : 15 euros

Disponible sur http://goodaventure.com
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