Cordillère des Andes 2007 (11200 km) acheter le livre

A vélo sur une des routes les plus hautes au monde

Lima - La Oroya photos de cette étape

du 18/09/2007 au 21/09/2007

  • nombre de km prévus : 200
  • nombre km effectifs : 277
  • temps effectif : 18h00
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A vélo sur une des routes les plus hautes au monde

C'est à 6h00 que je quitte la famille de Rossanna. Encore une fois j'ai été merveilleusement bien accueilli ici, et c'est avec un gros pincement au coeur que je me sépare de cette famille. Je me dirige alors vers l'ocean pacifique, car c'est de là que je décide de démarrer ce nouveau voyage. Km 0, altitude 0, les compteurs sont mis à 0. Que le voyage commence.

J'attendrai une petite heure un journaliste qui ne viendra pas avant de partir., Durant cette heure passée à attendre, je me demande si je dois vraiment partir., Il n'est pas encore trop tard, je peux décider de rester ici... L'idée me traversera l'esprit quelques secondes car j'ai peur de la longueur et de la dureté de ce voyage... Finalement je me lance sur la Carretera centrale en direction de La Oroya.

Ici, le terme de pollution prend un autre sens. pendant 50 kilomètres je vais recevoir du gaz carbonique plus qu'il n'en faut. Et pour survivre à vélo sur cette route, il faut avancer aussi vite que les minibus. Je suffoque rapidement., Vite, de l'air ! J'en trouve à partir de Chocica. Ici la brume se dissipe enfin, la pollution est moindre, le trafic aussi. La montée débute réellement ici, même si je suis déjà à 850 mètres d'altitude. Cette ville est la dernière avant La oroya, de l'autre côté du col. Les murs sont en briques, recouverts de poussières. Une grande pauvreté ressort de cette ville, comme de tous les villages suivants. Je m'arrêterai finalement après 100 kilomètres. Je dormirai tout près de la route, ce qui ne me permettra pas de fermer l'oeil de la nuit. Je suis à environ 2000 mètres d'altitude lorsque je m'enfonce dans ma tente.

A Matucana, la gare m'indique 2389 mètres d'altitude. Je m'arrêterai ici pour manger quelques fruits puis repartirai à l'assaut de la montée, aidé par un fort vent de dos. Jusque là, j'ai pu égalemnt voir beaucoup de lavages de voitures. Je regarde les jets d'eau avec envie, j'y vois ma future douche ! km 97 de la Carretera centrale. San Mateo. La traversée du village est de l'ordre du fantastique, comme tous ceux qui vont suivre. Les gens me saluent, discutent avec moi, me souhaitent bon voyage. Comme dans tous les villages, les gens me regardent avec curiosité mais timidité. Puis une personne vient me parler. Alors tous ceux qui n'ont pas osé s'approcher jusqu'ici viennent autour de moi, et c'est alors une avalanche de sourires et de questions. Et moi je parle je parle je parle alors qu'une semaine avant je ne parlais pas un mot d'espagnol ! La patronne du restaurant où je m arrête me reprends à l'ordre plusieurs fois. Elle me prie de manger plutôt que de parler, pour ne pas dévorer mon repas froid.

En dehors de la traversée des villages, le temps passé a pédaler est également sensationnel.. La plupart des routiers et péruviens croisés me saluent avec véhémence, m'encouragent de gestes ou de paroles. Et ainsi le gringo est porté par la foule jusqu'au sommet !

Cette deuxième journée, je ne parcourerai que 35 kilomètres. La pluie se faisant menacante, je planterai ma tente au dessus de la route, en dessous d'un pont ferroviaire. Le cadre est extraordinaire. Brutalement la montagne s'est renfermée en un étroit canyon, et je me sens misérable entre ces deux parois de roc. La sensation est rencorcée pendant la nuit, lorsque je dois sortir de la tente pour assouvir des besoins primaires. Les parois illuminées par les phares des camions et par la lune me paraissent demesurés. Je suis à 3400 mètres d'altitude.

Le lendemain, la gare de Rio Blanco m'indique 3505 mètres d'altitude. Plus loin, Chicla se trouve à 3793 mètres d'altitude. Là encore je me fait interpeller par un péruvien, et ce sont tous les enfants du village qui s'attroupent autour du vélo. A Casapalca, je commence à avoir mal à la tête. Après avoir pris un copieux repas dans un restaurant pour 4 soles (un euro), je m'en vais planter ma tente un peu plus haut, la ou une piste quitte la Carratera pour s'évader dans la montagne. Quelques mètres après je me retrouve en plein rêve. Je suis sur une de ces nombreuses pistes, seul avec la montagne comme seul spectateur. Malgré les 4300 mètres d'altitude, j'ai encore de la force pour jubiler. Que cette montagne est grande et belle, et que je suis petit au milieu de ces pics aiguisés par des milliers d'années d'érosion, et dressés ici par la puissance des plaques tectoniques.

Avant de dormir je boirai un thé à la coca (voir forum) pour apaiser mon mal de tête. Cela s'avère très efficace, je passe une nuit paisible.

J 4. La tente est givrée, l'eau est gelée. A cette altitude, et alors que l'été n'est pas encore arrivé, les nuits sont fraiches dans la Cordillère des Andes ! Je prépare de nouveau un thé à la coca, car aujourd hui je pense passer le col. Ce fameux col perché à 4818 mètres d'altitude, soit quelques mètres de plus que le sommet du mont Blanc, la plus haute montagne d'Europe. La Cordillère des Andes, une montagne démesurée pour nous européens.Ici, la montagne est rouge et offre un peu plus de végétation qu'en bas. Ainsi, du vert et du jaune recouvrent la couleur pourpre, et le bleu intense du ciel donne du volume à ce panel de couleur.

La route s'élève encore, le mal de tête grandit. Je m'inquiète. A combien de kilomètres se situe le col ? 5, 10 ou 15 ? Je n'ai aucun vivre sur moi. Je choisis de continuer. Sinon il me faut faire demi tour pour retrouver le dernier village situé à 4 kilomètres de là. km 120. 23 petites chapelles bordent la route. Le 1er novembre 1996, un bus a baculé ici. Sa carcasse git encore au fond du ravin, plusieurs dizaines de mètres plus bas. Un petit avant goût de la route de la mort, en Bolivie.
km 121. En face de moi se dresse subitement un pic enneigé. Le col ne peut être loin. Il fait froid, le vent me fait face. Le souffle est plus court, j'ai encore mal à la tête et me force a boire ce thé à la coca, franchement pas bon.. J'avance péniblement à 6km/h
km 123, j'apercois mes premiers lamas.Et là haut, au loin, un énorme panneau blanc. Je pense que c'est le col. Il est tout près. Je dois avancer ou alors redescendre jusqu'à Casapalca pour me ravitailler. Je dois passer !
km 126. Il neige. Gros avantage, la neige ne me mouille pas mais glisse sur mes vêtements.Devant moi le grand panneau blanc. C'est simplement un panneau publicitaire pour Jésus. Après tout je n'étais pas si loin, je n'aurai jamais été si près de dieux ! Le col ne peut plus être loin. 3 km m'a -t on dit...
km 130. Enfin je le vois, il est juste devant, à un kilomètre, dominé par ce grand pic enneigé. Je suis alors a plus de 4800 mètres d'altitude, plus haut que le Mont Blanc !
km 131. 4818 metres d'altitude. Col d'Anticana. 130 kilomètres d'ascension non stop. Je viens d'effectuer en quatre jours 4818 mètres de denivelé positif, sur une des routes les plus hautes du monde. Pour preuve ce panneau indiquant qu'il s'agit de la route ferroviaire la plus haute au monde. Quel plaisir, quel bonheur que d'être parvenu jusqu'ici à vélo. Les jambes ne m'ont pas fait souffrir, car tout mon esprit était concentré sur ma tête et mes poumons. Tout s'est très bien deroulé. Je viens de passer le plus haut col de tout mon parcours à venir. Le plus dur serait donc derrière moi..

Quelques kilomètres après le col j'essuie une tempête de neige. La descente est alors périlleuse, et je ne vois presque rien des paysages qui m'entourent. En fait, paysage faits de montagnes et de mines, qui fait de cette région une des plus polluée du Pérou. Je me laisse glisser ainsi jusqu'à la oroya d'où je vous écris Dehors il a cessé de pleuvoir. Je vais descendre un peu plus bas pour dormir. Il est 17h00, la nuit va bientôt tomber.

PS : les deux dernières photos sont a mettre avant le départ de la quatrième étape.. Il y a eu un petit bug...

 

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Cap sur Ushuaia, Julien Leblay, 2009.

Prix public : 18 euros.
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