De l'Auvergne à la Nouvelle-Zélande 2010 (18000 km)

Melange des couleurs

Pulau Langkawi - Johor Bahru photos de cette étape

du 07/06/2011 au 25/06/2011

  • nombre de km prévus : 1000
  • nombre km effectifs : 1139
  • temps prévu : 69 heures
  • temps effectif : Du 7 au 25 juin
Collecte de sang avec le Rotary de GeorgetownIMG_0002IMG_0007Une des actions du Rotary en Malaisie :mettre les gens au velo !IMG_0015IMG_0026On n'est pas mignons ?!

Melange des couleurs

Le sud de la Thaïlande laissait entrevoir ici ou là la présence accrue de la religion musulmane.
Dès la frontière passée, elle est visible partout, depuis le drapeau malais jusqu'aux femmes
voilées, en passant par la difficulté à trouver des bières. Nous faisons un premier arrêt sur
l'île de Langkawi, au nord ouest du pays. Nous sommes en période de vacances scolaires,
nombreux sont les malais venus ici pour quelques jours de vacances en famille. Les
musulmans affichent leur religion d'une façon très différente de ce qu'on a pu voir jusqu'ici
dans d'autres pays ou régions musulmanes. Même si le voile est porté d'une façon très stricte
et n'offre au regard que les yeux, les yeux et les joues, nous sommes loin de l'Iran ultra
conservateur ou des magasins « burqa palace » des quartiers musulmans de l'Inde. Ici les
femmes osent – oui, osent ! - montrer leurs avant-bras, regardent les autres hommes – comme
moi – dans les yeux, déambulent à vélo avec élégance. Les couples eux-mêmes sont plus
détendus, comme ceux que l'on voit batifoler dans les vagues, ou se promener, main dans
la main dans un centre commercial. Ils semblent également plus tolérants, à en croire les
groupes d'amies que l'on croise, les unes voilées, les autres en mini shorts. De même, aucune
animosité n'est affichée envers les touristes – comme nous – qui nous baignons en short de
bain et bikinis, alors que les musulmans se gardent bien de se dévêtir. Personnellement je
trouve très amusant de voir se baigner une femme couverte de la tête aux pieds, juste à côté
d'une occidentale simplement vêtue de deux bouts de chiffons. Nous ne ressentons pas non
plus le mauvais oeil, peu exercé en fait, des musulmans iraniens envers Marion. Ici les malais
semblent avoir l'habitude de voir des cuisses et des bras nus. Et pour cause, les malais ne
représentent que 60 à 65% de la population malaisienne.

Deux jours de vélos plus loin, changement d'ambiance. Nous avons l'impression d'avoir
quitté brusquement le pays lorsque nous arrivons sur l'île de Penang. Arrivés ici au XVIe
siècle, les Chinois peuplent majoritairement l'île (80% contre 20%sur le reste du territoire) ;
c'est la plus grande minorité du pays, ce qui a entraîné quelques conflits avec les malais. En
effet, il semblerait que les chinois soient plus brillants dans les affaires et le gouvernement
a du instaurer des quotas pour limiter les places aux chinois dans des grandes écoles, les
administrations, etc.

A Penang, nous sommes accueillis par le Rotary Club et visitons le centre de don du sang
en sa compagnie. Nous comprenons qu'en Malaisie, même si le don de sang compensé est
pratiqué, il n'est pas obligatoire; En fait, on demande aux futurs transfusés d'inciter leurs
proches à venir donner leur sang « en compensation » de ce qu'il reçoivent, sans que ce soit
cependant une obligation. Si un patient n'a personne dans son entourage pour donner son
sang, il sera tout de même transfusé, et ce sans coût supplémentaire comme cela peut être
le cas dans d'autres pays déjà visités. En nous baladant dans les rues de Georgetown, nous
trouvons l'ambiance réellement différente de ce que nous avons pu voir à Langkawi par
exemple. Les voiles ont disparu et les jambes sont à la vue de tous. Les Chinoises raffolent
des shorts ultra courts, contraste saisissant avec leurs compatriotes malaises. En traversant
les rues bordées d'échoppes aux enseignes écrites en mandarin et éclairées de lampions, on se
croirait dans le nouvel empire (ou du moins dans une région correspondant à l'image qu'on en
a). Mais Penang, ce n'est pas seulement une île à caractère chinois.

Accueillis par le Rotary Club au 1926 Héritage Hôtel – dont les membres sont tous d'origine
chinoise – nous sommes baignés dans une autre époque, celle où les britanniques dominaient
la région et bâtissaient des villes coloniales : les imposantes bâtisses aux plafonds hauts et
aux murs colossaux en sont les témoins et notre hôtel en est un beau spécimen. Une époque
aussi où les voyages entre les continents se faisaient en bateau. Il existait notamment une
connexion entre Penang et l'Inde, dont il résulte aujourd'hui un petit quartier, « Little India ».
A l'exception de l'odeur et de la crasse, tout y est : la musique Bolywoodienne, la couleur de
peau foncée, la cuisine épicée, le capharnaüm des magasins, les traces de crachat de bétel sur
le sol, les saris colorés, les marchands qui vous alpaguent jusque dans la rue.

Entre l'Hindi qui refait surface et la calligraphie mandarine, c'est à en perdre son latin. Pas
vraiment en fait, puisque toutes les enseignes sont traduites dans la langue malaisienne, c'est
à dire avec notre alphabet, que nous retrouvons avec un immense plaisir : nous pouvons
enfin transformer ce que nous lisons en sons sortant de notre propre bouche, sans avoir à
rester pantois devant le moindre mot, aussi futile soit-il. Nous ne comprenons toujours pas
la langue, certes, mais le simple fait de pouvoir lire l'alphabet est déjà un soulagement en
soi. Pour le parler, c'est une autre affaire. Mais très vite nous nous rendons compte que les
malais, dans leur ensemble, parlent excellemment l’anglais. A vrai dire, depuis le début
de notre voyage, ce doit être le pays où l'on parle le mieux la langue de Shakespeare, en
seconde position derrière la Slovénie. Cette maîtrise de la langue anglaise est certes due à
l'ancienne appartenance à la couronne, mais aussi au mélange des communautés, elles mêmes
confrontées au choix du conservatisme (apprentissage de la langue maternelle à ses enfants)
ou du modernisme (choix de la langue anglaise). Au final, ne soyez pas étonnés d'entendre
des parents chinois parler en anglais à leurs enfants, de trouver des librairies vendant des
livres en anglais comme s'il s'agissait de la langue malaisienne et des films américains sans
sous-titrages sur beaucoup de chaînes TV. Bref, c'est le seul pays où nous n'avons pas appris à
dire merci ni bonjour dans la langue locale, et cela ne nous trouble pas plus que cela.

Deux jours de vélo après Penang, et nous voilà sur l'île de Pangkor. Nous arrivons le dernier
jour des vacances scolaires : tout le monde a déserté. Mis à part quelques couples malais ou
des groupes de chinois, les plages sont à nous. Nous nous installons dans une guest house aux
couleurs du reggae (il y a dans chaque endroit touristique une guest house soi disant reggae)
et Marion peaufine mon entraînement à la natation. J'en viendrais même à aimer ça ! La pluie
nous accompagne pour notre dernier jour, et nous quittons l'île sans trop de regret.

De là, il nous faut deux jours de vélo (encore) pour gagner la Capitale. Si vous vous
demandiez d'où venait l'huile de palme que vous pouvez acheter en France, ne cherchez plus :
elle a de fortes chances de venir d'ici, puisque la Malaisie produit 40% de la production
mondiale. Nous venons de parcourir plus de 200 kilomètres où notre regard ne pouvait se
détacher des plantations de palmiers, et nous avons l'impression que ce paysage n'est pas
vraiment terminé. Ce sont des milliers d'hectares de forêt qui ont été décimés pour être ensuite
remplacés par des plantations de palmiers et, accessoirement, de bananiers. Lorsqu'un pont
nous permet de nous élever de quelques mètres, nous ne voyons que d'autres arbres au dessus
des cimes, tous identiques. Mais peu à peu, les ponts nous dévoilent d'autres paysages.
Lorsqu'ils n'enjambent plus les rivières mais simplement d'autres ponts, nous sentons la fièvre
de la ville nous envahir. Du béton, de l'acier, du verre, des tours gigantesques, des autoroutes,
des voitures : Kuala Lumpur. Notre entrée dans la ville peut être située entre Dubaï et
Bangkok. Par bonheur, la dangerosité n'atteint pas celle de Dubaï, mais l'arrivée au centre
ville nous paraît bien plus longue que lorsque nous entrâmes dans Bangkok. Les deux tours
jumelles de Petronas (compagnie pétrolière) sont le symbole de l'expansion économique de
Kuala Lumpur, qui se plaît à faire dans la démesure : 700 000 tonnes pour chacune des tours,
deux ans de construction, 240 mètres de haut, 88 étages. Sur ce point là non plus, Kuala
Lumpur n'égale pas Dubaï, mais apparaît plus développée que Bangkok. En fait, l'impression
que l'on a à vélo correspond à une réalité que l'on peut percevoir autrement, en faisant du
shopping, par exemple. Jamais nous n’avions vus de centres commerciaux de cette ampleur
(nous n'étions par rentrés dans ceux de Dubaï, avec nos excuses !). A vrai dire, on se croirait
parfois dans un aéroport, et ne serions pas surpris d'entendre une hôtesse déblatérant dans un
haut parleur des paroles du genre « Dernier avertissement à l'intention des deux pecnos en tee
shirt blancs : veuillez vous présenter immédiatement dans le premier magasin de mode pour y
faire quelques achats. ». Les dits pecnos, c'est nous. Avec nous, la France, pays de la mode,
n'est pas vraiment bien représentée. Comme VRP, on peut mieux faire. Magistralement bien
habillés pour des cyclovoyageurs, mais pas vraiment au top compte tenu des lieux que nous
fréquentons à présent, nous profitons délicieusement de l'air conditionné. Si les montres de
luxes, les parfums onéreux, les sacs en peau de crocodile ornent des vitrines étincelantes, la
part belle revient aux magasins de vêtements pour hommes, femmes et enfants. A croire que
la vie des habitants de Kuala Lumpur tient à leur façon de s'habiller. Alors forcément, on
craque. Depuis quelques temps, la brassière de Marion montrait quelques signes de faiblesse à
cause... du soleil, évidemment. Nous en avons trouvé une à notre goût. Dans un magasin de
jogging ? Non. Dans un magasin de lingerie alors ? Diantre non, la lingerie est ici trop fine
pour résister au moindre rayon de soleil ! Dans un magasin de vélo peut-être ? De quoi ? De
vélo ? Pas vu à Kuala Lumpur. Mais alors où ? Où ? Dans un magasin de boxe ! Autant vous
dire que je ne me suis pas plaint de suivre Marion pour faire du shopping, trop content qu'elle
ne reparte pas avec tout l'armada du parfait boxeur ! Bien sûr, comme tout sous-vêtement
vendu en Asie du sud-est, il faut qu'il soit rembourré... Attention, publicité mensongère. A
bon entendeur...

Enfin, après encore trois jours nous arrivons à Johor Bahru. Nous pensions pouvoir enfin
rencontrer les deux cyclovoyageurs français que nous talonnons depuis Ko Tao, en Thäilande.
Cette fois-ci nous nous loupons pour quelques minutes. Ils ont déjeuné dans les parages mais
ont poursuivi leur route pour Singapour. Nous arrivons également pour déjeuner mais nous
y restons et ne traverserons pas la digue reliant la Malaisie à Singapour, un ferry partant
directement d'où nous sommes pour rejoindre l'Indonésie, nous préférons éviter la circulation
frénétique de Singapour. Nous ne verrons donc pas les deux français mais nous nous donnons
rendez-vous à Bali, dans un mois. Cette fois-ci, nous espérons bien nous voir !

Nous en terminons avec la Malaisie. Ce pays nous a beaucoup plu dans un sens. Le contact
avec les gens a été très agréable et leur maîtrise de la langue anglaise nous a facilité la vie.
Nous avons trouvé des endroits calmes où nous reposer entre deux tronçons à parcourir à
vélo. Ce côté là justement, le vélo, ne nous a par contre pas vraiment enthousiasmé. Les
paysages le long de la route ont été on ne peut plus ennuyeux, à l'image de ce que nous avons
pu voir jusqu'ici en Asie du Sud-Est. Cela nous conforte dans l'idée que ces pays ne sont pas
forcément adaptés au voyage à vélo, tant les paysages peuvent être monotones. Sans parler du
climat, qui n'a pas vraiment changé depuis notre arrivée à Bangkok fin mars.

Nous embarquons sur le ferry pour l'île de Batam à 10h00 et partons une demi-heure
plus tard. Pour la première fois du voyage, nous perdons une heure sur la France. Nous la
reprendrons à Bali, dans quelques jours. Il est donc 11 heures du matin lorsque nous arrivons
en Indonésie, le vingtième pays que nous allons découvrir pendant ce voyage.

à bientôt

PS : une petite pensée pour Arnaud. Vous vous souvenez sûrement de notre acolyte
cyclonomade qui nous a accompagne en Turquie. Il vient de terminer son voyage, de la Suisse
jusqu’à Pékin. Julien et Stéphanie rencontrés à Hampi sont également rentrés il y a peu de
temps. Allez, encore 9 mois et ce sera notre tour !



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Le livre

Que vous soyez cyclotouriste, voyageur ou sédentaire ouvert sur le monde, il y a mille et une raisons de vous réjouir de la lecture de ces Nouvelles Vagabondes.
Après plusieurs voyages en solitaire, Julien Leblay nous livre cette fois-ci le récit de son périple avec sa compagne Marion. Ne voulant se contenter de décrire le quotidien de leur voyage, il s’engage et se place résolument loin des clichés pour nous livrer avec sincérité ses impressions, que ce soit sur la vie du couple en voyage, ses préoccupations écologiques ou sur les traits culturels ou sociologiques des pays traversés.
Ce livre ne laisse pas indifférent et bouscule nos représentations exotiques du monde ; à sa lecture on découvre, on s’indigne et on s’émerveille tour à tour. Dans un style à la fois personnel et documenté, il nous offre une immersion complète, sans langue de bois, dans son voyage à vélo en couple. Il réussit finalement le pari de dresser un tableau contrasté et nuancé de cette longue aventure cyclotouriste qui ne sera probablement pas la dernière !

Cécile R.

352 pages dont 16 en couleur
Prix de vente : 20 euros

Disponible sur http://goodaventure.com

Le DVD

Julien et Marion Leblay quittent l'Auvergne en juillet 2010 pour une aventure de 22.000 kilomètres à vélo. Portés par le désir de découvertes et de rencontres, mais aussi par celui de promouvoir le don du sang, ils traversent l'ex-Yougoslavie, la Turquie, l'Iran, l'Inde, l'Asie du Sud-Est et l'Australie pour finalement arriver en Nouvelle-Zélande vingt mois plus tard.
Savoureusement pimenté, ce voyage donne le "goût d'aventure" !

Durée : 84 minutes.
Prix de vente : 15 euros

Disponible sur http://goodaventure.com
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