Ouest balkans 2006 (5300 km) acheter le livre

Bérengère II, le retour.

Mostar - Kalinovik

le 27/07/2006

  • nombre de km prévus : 70
  • nombre km effectifs : 111
  • temps prévu : 4h15
  • temps effectif : 7h20

Bérengère II, le retour.

Journée de repos a Mostar

Pour cette journée de repos à Mostar, une collecte de sang est organisée à l'hopital, à la quelle sont invités les journalistes. Le directeur de l'hopital est également le directeur du Rotary Club de Mostar. Cela a facilité l'organisation de cette journée, en lien étroit également avec Jasmina et Celine du centre culturel francais.

Je me dirige donc à l'hopital où les journalistes nous attendent à 10heures. Le centre de collecte de sang est de petite taille. Seulement 2 lits, et une dizaine de personnes par jour. Suffisant pour Mostar. Mais le directeur est ravi de ma présence ici car, comme dans tous les pays, le plus gros travail du centre est de communiquer autour du don du sang. Beaucoup de personnes ne sont pas informées, ne savent pas comment faire et ce que c'est. Avec les deux télévisions locales ainsi qu'un journal présents aujourd'hui, cette journée est très importante pour le centre. Le directeur est ravi de cette journée qui, nous l'espérons tous, permettra de trouver de nouveaux donneurs de sang.

Je les quitte pour retrouver sur le pont de Mostar une delegation de francais un peu particulière pour moi. Ils sont 4. Parmis eux mes deux parents ! Ils sont en Bosnie depuis une semaine (mon père pour des raisons professionnelles, ma mère pour des raisons de vacances) et nous n'étions pas certains de se voir ici. Mais finalement nos emplois du temps respectifs nous ont permis de nous rencontrer sur le plus beau pont des Balkans ,alors qu'ils sont sur le chemin du retour. Nous irons déjeuner dans un petit resto près du pont. Au menu un énorme plat constitué de toutes sortes de viandes : agneau, porc, brochettes, saucisses de petite ou grande taille, plus quelques frites. Bref, un plat très typique de la Bosnie. En effet ce pays n'est pas fait pour les végétariens, car ils sont de très gros consommateurs de viande. Chaque repas est constitué de viande...

Nous passerons deux heures ensemble avant qu'ils ne reprennent la route. A noter qu'il a plu le temps du déjeuner, ce qui est plus que rafraichissant. Mais la chaleur reprend vite le dessus. Ils quitteront la Bosnie comme j'y suis rentré, en suant à grosses gouttes ! Cela dit ils m'ont dit que les paysages plus au nord sont complètement différents, beaucoup plus verts. Cela me rassure, j'en ai marre de manger du grillé depuis deux semaines ! En tous les cas c'était sympa pour moi de voir mes parents ici après 3000 kilomètres à vélo. Et rassurant pour eux de voir que j'ai toujours la forme. J'en ai profité pour leur laisser 4 kilos de bagages superflus (des cadeaux principalement). Vraiment superbe de s'être vu !

Etape 28 : Bérengère II, le retour !

Bérengère me retrouve à 2h00 ce matin dans l'appartement de Céline. Elle m'accompagnera de nouveau sur de nombreux kilomètres, jusqu'à Sarajevo. Cette fois ci elle est tout de même stressée à l'idée de pqrcourir ces étapes. En effet, elle s'est beaucoup renseignée auprès de bosniens, en partie des cyclistes, sur les routes que j'ai décidé d'emprunter. Tous lui ont deconseillé de faire ces etapes. Trop difficile, trop de montagnes et trop de chaleur. Bref, des routes tres difficiles pour des cyclos confirmés, et impossibles pour une demoiselle. De mon côté je ne vois pas pourquoi elle ne réussirait pas à me suivre. Elle a un vélo et une motivation indestructibles, et cette montagne ne me parait pas si terrible... A suivre donc !

Nous décollons à 5h00. Après un petit détour du a une erreur de lecture de carte, nous commencons la montée au dessus de Mostar. La voilà la montagne. Le test pour Bérengère ! Nous évoluons dans un décor encore désertique, asséché par la chaleur et le sol caillouteux. La route s'élève. Nous observons un chateau perche, tout là haut. La route s'élève encore. Nous regardons avec stupéfaction le décor qui se déroule sous nos yeux. En bas, tout petit, le même chateau qui nous dominait. Puis le decor change. Les arbres envahissent peu a peu le terrain. Enfin des arbres plus grands que moi ! Je redécouvre des sensations très agréables : l'ombre ! Je peux enfin m'arrêter sous un arbre, protégé des rayons du soleil. Je peux relever mes lunettes de soleil dans des forêts. Je ne suis plus ébloui par cet ennemi redoutable. La forêt, enfin, après plus de deux semaines passées dans des regions désertiques et arides.

Plus haut, un plateau où les rochers reprennent le dessus. La bataille semble rude entre rochers et arbres. Qui gagnera ? Le deuxième je le souhaite ! Après 26 kilomètres de montée, la route s'arrête enfin de s'élever. Nous sommes à 1093 mètres d'altitude. Une longue descente dans une splendide forêt nous emmene à Navesinje. Petite bourgade ayant son charme. Les maisons ne sont pas en ruines et plutôt jolies. Nous resterons ici le temps de nous rafraichir un peu et de nous ravitaller. En effet, il s'agit du dernier endroit où nous pourrons trouver a manger avant Ulog, le point d'arrivée prévu pour cette étape. Fruits, pâtes, sardines. Nous voilà repartis.

La route que nous empruntons depuis ce matin est peu encombrée par les voitures, ce qui me reconcilie un peu avec la Bosnie. Qu'il est bon de circuler ici lorsqu'il n'y a pas de voitures ! La route que nous empruntons ensuite est encore plus tranquille. Le bitume a disparu, les cailloux et la poussière le remplassent. Nouvelle montée. Là, le cadre est magique. Le chemin évolue dans une gorge de calcaire gris. Nous suivons un lit de rivière. Un endroit idéal pour se baigner. Les rives enherbées, quelques arbres, un décor magique. Il manque juste de l'eau dans la rivière, complètement asséchée. Plus haut, un plateau karstique. Les dolines succèdent aux avens dans des ondulations à la fois douces et abruptes. Je retrouve dans ce plateau à la fois l'aridité des Causses de Lozère et la douceur du Cézallier. En arrière plan, une montagne de rochers se dresse, impériale. Au milieu ce chemin qui serpente entre les rochers saillants, dressés, momifiés par l'eau et le gel. Un décor glacial, lunaire. J'explique à Bérengère que c'est dans ce genre d'endroits que je peux facilement pleurer, transporté par la puissance de la nature qui s'empare de tous mes sens et de tout mon corps. C'est là que je prends conscience de la grandeur des éléments, capables de sculpter et modeler de tels paysages, et de la petitesse du cyclotouriste, qui se trouve un peu là par hasard, et qui ne veut surtout pas déranger. Je ne fais que passer, ne me transformez pas en momie de pierre ! Mais je ne pleurerai pas cette fois-ci. On ne pleure pas devant les femmes lorsqu'on est un homme. C'est vrai quoi, j'aurai l'air de quoi ?!

Plus loin, un troupeau de vaches. Pas de taureaux, nous passons sans encombre ! La civilisation n'est donc pas loin. Cela fait plus de 15 kilomètres que nous n'avons vu personne. Pas une maison. Nous en voyons alors deux. Des gens vivent ici... Des enfants sortent de l'une d'entre elle. Nous les saluons. Ils nous répondent avec vivacité. Certainement contents de voir du monde, même de loin. Commence alors une longue descente sur Ulog. Descente diffile a négocier sur ce chemin de terre.

Ulog. Petit village de 15 habitants. Une rivière, un bar sur chaque rive. Petite baignade pour se rafraichir. Ulog signe la fin de l'étape. Nous dénichons un petit coin sympa pour planter la tente. Mais il n'est que 13h00. Bérengère veut continuer, pour racourcir l'étape de demain. Elle qui pensait souffir dans cette etape se voit en demander encore plus ! Je rechigne un peu, elle me plait bien cette petite berge. Mais c'est vrai qu'il est tôt. Bérengère a gain de cause et nous repartons à 16h00. J'appuie fort sur les pédales dans la montée, pour lui faire regretter sa dernière volonté !

Encore une fois le décor est splendide, avec une énorme gorge à notre droite. Plus loin, la montagne sous toutes ses formes. Au loin, une montagne rocailleuse, qui ferait certainement le plaisir des amateurs de treks et d'escalade. Plus près, des gorges profondes rongées par une rivière que nous ne voyons pas. Autour, des versants moins abruptes recouverts par une forêt de chênes ou conifères. Ici ou là des petites éclaircies exploitées par les paysans. Et ou nous sommes, encore un plateau karstique. Bérengère commence a être une spécialiste des avens et dolines. A l'approche de Kalinovik, ces dernières sont remplies par les ordures. Pratique les décharges en Bosnie. Les trous sont dejà fait, il ne faut plus que les remplir !

Des vaches nous accueillent, puis des tracteurs et des paysans. Des petites fermes et maisons. J'ai l'étrange sensation de traverser le village d'Anzat le luguet, dans le Cézallier. Seule différence la forme de l'église et la Rakija que l'on nous sert au bar. Un alcool fait maison de 50 degrés et plus. Ca nous aidera a planter la tente !

Les enfants du village nous disent que l'on peut dormir au pied de l'église.
- pas de probleme pour planter la tente. C'est souvent que des marcheurs ou des cyclistes viennent dormir ici.

Bérengère parle un bosnien parfait et c'est donc elle qui fait la discussion. Elle leur explique ce que l'on fait là, et plus particulièrement mon périple autour des Balkans. Un enfant me demande mon numéro de téléphone et un autographe. Le voila ravi ! Ils resteront avec nous le temps que l'on mange et que l'on plante la tente. Tout les impressionne. Le vélo (bien sûr), la tente, le camping gaz, le decolleté de Bérengère et la photo de la demoiselle sur mon vélo (photo que j'ai recupérée sur un bord de route en Croatie; charmante compagnie dans les longues montées !), la facon de manger du pain de Bérengère... Bérengère s'amuse de ces discussions auxquelles je ne comprends absolument rien. Ils sont très sympathiques et complètement innofensifs pour nos affaires. Juste curieux, communicatifs et attanchants.

Attachants est le mot qu'il convient. Impossible de s'en débarasser. Nous allons nous coucher. C'est alors que le groupe de curieux grossit. Ils étaient seulement 4, les voilà une dizaine a tourner autour de notre tente. Attachants... Nous voulons dormir. Je sors une première fois brutalement de la tente. Mais ils courent vite, impossible d'en choper un. La deuxième tentative est plus convaincante. J'ai le temps d'expliquer a l'un d'entre eux que nous souhaitons dormir maintenant. Ils comprennent et tous désertent notre terrain. Il s'agissait donc juste d'enfants très sympathiques et compréhensifs, qui n'avaient juste pas l'habitude de voir débarquer chez eux deux cyclistes.

Cette étape m'a donc reconciliée avec la Bosnie. Les paysages traversés aujourd'hui furent grandioses. Cette montagne est belle et grandiose. Sa puissance se lit sur tous ses rochers. A côté de cela nous n'avons vu que très peu d'automobilistes et la fin de journée avec ces enfants était très agréable. Je m'endormirai le sourire jusqu'aux oreilles, avec a mes cotés une demoiselle ravie et rassurée de sa prestation cyclopédique. Finalement cette montagne bosnienne n'était pas si terrible. Nous avons du grimper au total entre 40 et 50 kilomètres. Mais les pentes n'étaient pas terrible, tout comme les températures très raisonnables. Belle journée !

PS : désolé pour les photos, mais j'ai fait une petite erreur de manip tout de suite. J'ai efface les dernières photos de la journée. L'album s'arrête donc brutalement dans la dernière montée après Ulog. Mais je n'en avais pris que très peu après...
 

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Ballade cyclobalkanique, 5300 kilomètres à vélo pour le don du sang, Julien Leblay, 2007.

Prix public : 15 euros.
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