De l'Auvergne à la Nouvelle-Zélande 2010 (18000 km)

Parc national de Nawegaon

du 15/02/2011 au 16/02/2011

Branle bas de combat a Nawegaon

Nawegaon, parc national. Nous arrivons au centre d'accueil en début d'après-midi et sommes tout de suite séduits par le cadre environnant et le calme. Devant nous un lac d'un beau bleu s'étend jusqu'aux collines les plus proches et a laissé naître une île de taille modeste. Les arbres ombragent la petite route et une jetée nous permet d'avancer au delà des roseaux pour approcher le lac où un pêcheur découpe tant bien que mal un poisson fraichement sorti des eaux. Comme tous ses confrères de Maharashtra et du Madya Pradesh, la vedette phare de ce parc est le tigre. On en dénombre une trentaine selon les dires d'un étudiant très préoccupé par la protection de cet animal, peu aimé de ses concitoyens et de fait menacé. Si il y a des tigres dans ce parc, il est cependant impossible de les approcher comme c'est le cas dans les autres parcs tel que celui Kanha, un peu plus au nord, où de nombreux Indiens proposent des safaris. Si de telles pratiques sont impossibles ici, ce n'est pas que la forêt soit trop dense pour y pénétrer. Nous sommes dans une région où le terrorisme (selon des termes indiens) sévit fortement. Un groupe indépendantiste s'étendant jusqu'à la mer de Bangal souhaiterait que cette région se détache de l'Inde. Leur souhait est tel qu'ils refusent toute autorité gouvernementale. Pire, si un membre du gouvernement, un officier du parc par exemple, est pris à gambader dans cette région, il peut être tué par ce groupe extrémiste. Ainsi le Parc national n'est pas visité par des officiers du parc par peur de représailles. Dans ces conditions, il est bien sûr impossible d'organiser des circuits touristiques dans la forêt, et encore plus difficile de protéger le tigre et d'autres animaux tel que le léopard. Ces deux animaux sont menacés par les éleveurs qui voient en lui de redoutables prédateurs, et par la déforestation massive en Inde. Les chiffres seraient à vérifier mais notre interlocuteur nous affirme que seuls 4% du territoire est recouvert par la forêt alors qu'elle représentait 60% avant la « révolution verte » qui a permit à l'Inde de sortir du cycle terrible des famines, mais qui a engendré de gros dégâts écologiques.

 

L'entrée du parc, là où les visiteurs sont accueillis, est un peu à l'image de la nature en Inde. Il semble tomber en lambeau, il est décrépi et prêt à s'effondrer au moindre souffle. Les panneaux explicatifs sont trop vieux pour être lisibles, les papiers et plastiques jonchent les bords de sentiers et vont se noyer dans le lac. Quelques animaux sont parqués un peu plus loin derrière des grillages rouillés. On peut y observer deux léopards que l'ennui fait pitoyablement tourner en rond ainsi que quelques cervidés, dont un endémique à l'Inde dont j'ai oublié le nom, nous fait penser à un mélange entre un âne et une gazelle. Avant de nous installer, nous souhaitons déjeuner dans l'unique restaurant du lieu. Lorsque nous exprimons notre souhait à un Indien présent sur les lieux, celui-ci s'enfuit dans la minute. Nous attendons. Il revient avec un étudiant parlant anglais (probablement la seule personne anglophone du parc). Nous lui expliquons notre cas. Il est 13h00, nous sommes dans un restaurant et nous aurions aimé manger, ne serais-ce que du riz avec un peu de dale.

- Vous voulez manger ? Nous demande notre interlocuteur, pour être sûr de bien avoir compris.

- Oui, c'est pour cela que les gens viennent ici non ? C'est un restaurant ?

- Oui oui...

Branle bas de combat dans le parc de Nawegaon. On appelle encore quelques autres personnes pour tenter de régler l'affaire. La matriarche, probablement cuisto à ses heures, vient voir ce qui se passe.

- Ils veulent manger.

Un quart d'heure après elle se décide à aller aux fourneaux, et le premier plat de riz nous est servi après une heure d'attente.

 

Rassasiés, nous nous mettons à la recherche d'un lieu où dormir. L'officier que nous avions croisé un peu plus tôt nous avait demandé si nous avions fait une réservation. Evidemment pas. Cela semblait lui poser un problème de taille, qu'il s'apprête maintenant à résoudre. La discution s'engage au téléphone, certainement avec un supérieur de Godiya, là où nous aurions précisément dû réserver. La problématique est la suivante : toutes les chambres sont vides, les dortoirs aussi. Mais nous n'avons pas réservé. La lourdeur de l'administration indienne est telle que le problème n'est pas facile à gérer pour la dizaine de fonctionnaires du parc présents dans le bureau étroit tapissé de posters bleuis par le temps qui passe trop lentement. Finalement après de longs pourparlers avec les autorités, le chef des lieux, mais en réalité petit sous-chef de son état, m'annonce avec une fierté non dissimulée que l'affaire est entendue. Nous pouvons dormir sur place. Il faut avant cela remplir quelques formulaires d'usage et s'acquitter des 400 roupies journaliers. Nous en payons 800, puisque nous souhaitons y passer deux nuits.

Le choix est grand. On nous propose d'abord de dormir dans un dortoir. L'étudiant anglophone nous avait annoncé un prix de 20 roupies par nuit (30 centimes d'euro). Il ne devait pas être au courant que le prix pour touriste occidental n'est pas le même que pour les Indiens. L'officier sous-chef nous annonce 40 roupies. En réalité, peu nous importe le prix du dortoir. En poussant la porte (après une demi heure d'attente, le temps de débusquer le maître des clefs), une odeur nauséabonde nous fait grimacer. Nous demandons quand furent les derniers visiteurs. Deux jours, nous affirme notre ami étudiant. Nous aurions cru que le pas de la porte n'avait pas été franchit par des humains depuis le jour où elle a été posée. La poussière est palpable et une odeur fétide s'échappe de chacun des matelas rongés par les rats. Les toilettes plongés dans l'obscurité resteront un mystère ; nous ne poussons pas l'investigation plus loin et nous dirigeons vers les « suites ». Annoncées à 400 roupies par nuit (soit environ 6 euros), elles nous paraissent plus convenables. A l'entrée, une première salle comprend une table, un canapé et deux fauteuils, tous d'époque. Nous y logeons nos vélos. Plus loin, une autre salle est composée de deux lits simples et d'une commode. Une armoire est également encastrée dans le mur. Nous y mettons nos bagages. La salle d'après sert de laverie. Deux lavabos y ont été posés ainsi qu'un immense séchoir. Enfin plus loin la dernière porte conduit à la salle de bain et aux toilettes. Nous nous réjouissons de passer deux nuits dans ce lieu confortable et spacieux.

 

Confortable il l'est, vous diront les rats qui y ont élu domicile. Nous nous rendons compte de leur présence après notre premier dîner. Lorsque nous revenons dans notre chambre, notre pain est sérieusement entamé, tout comme le savon et un désinfectant pour les yeux. Spacieux, l'endroit l'est suffisamment pour héberger plusieurs familles de rats. Alors que nous nous apprêtons à plonger dans les bras de Morphée après une semaine marathon, nous les entendons s'éparpiller dans notre suite. Ils sont partout. Près des vélos, certains se régalent de notre poubelle et terminent le pain déjà entamé. Dans la commode, deux rats font connaissance et s'ébattent dans de petits cris aigus. Derrière, une famille a élu domicile depuis quelques générations dans le séchoir métallique et chaque mouvement d'un des membres nous fait grincer des dents. Sur les plafonds, nous les entendons courir pour aller d'une salle à une autre lorsqu'ils ne passent pas sous notre lit ou sur ses montants. Quant aux toilettes, c'est le lieu récréatif. Un rat y plonge gaiement lorsque nous nous approchons le matin pour y effectuer nos besoins.

 

Malgré tout, le lieu nous plaît. Ce parc est un endroit idéal pour se reposer tant il est empli de quiétude. Au restaurant, maintenant que nous leurs disons à l'avance nos heures de repas, nous sommes bichonnés par la matriarche et les serveurs nous gratifient de sourires sincères. Nous nous y sentons bien. L'étudiant anglophone n'est jamais bien loin lorsque nous voulons quelque chose de spécifique (une omelette par exemple). Et puis, chose précieuse en Inde, il n'y a presque pas d'Indiens à venir ici (et encore moins d'occidentaux). Nous pouvons nous balader autour du lac sans que personne, ou presque, ne vienne nous prendre en photos et nous demander d'où nous venons.

 

Mais ce qui pouvait arriver arriva. Un Indien solitaire, peu convaincu par le confort des dortoirs, vient dormir dans la chambre voisine. Simplement séparées par une porte en bois rudimentaire, les deux chambres jumelées offrent une promiscuité dérangeante. L'intimité n'existe pas en Inde, nous le savions. Et cette nuit nous découvrons une autre façade de la personnalité des Indiens : ils ronflent fort et longtemps. La mélopée de notre voisin ne suffit pas à faire fuir les rats qui s'agitent de plus belle autour de nous . Il est 5 heures du matin lorsque j'écris ces quelques lignes. En face de moi un rat me regarde d'un oeil dubitatif, lui aussi est sûrement un peu énervé d'avoir été dérangé par notre voisin. Une fois de plus nous fuyons face aux Indiens. Notre voisin dort encore lorsque nous enfourchons nos vélo.

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Julien et Marion Leblay quittent l'Auvergne en juillet 2010 pour une aventure de 22.000 kilomètres à vélo. Portés par le désir de découvertes et de rencontres, mais aussi par celui de promouvoir le don du sang, ils traversent l'ex-Yougoslavie, la Turquie, l'Iran, l'Inde, l'Asie du Sud-Est et l'Australie pour finalement arriver en Nouvelle-Zélande vingt mois plus tard.
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