Cordillère des Andes 2007 (11200 km) acheter le livre

Rencontres insolites et autres déboires...

Bariloche - Trevelin photos de cette étape

du 03/02/2008 au 07/02/2008

  • nombre de km prévus : 400
  • nombre km effectifs : 379
  • temps effectif : 28h00
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Rencontres insolites et autres déboires...

Je quitte mes hôtes après une journée de repos passée à me prélasser sur la plage. Je pensais aller grimper une montagne alentour mais l'envie m'a quitté dès les premiers kilomètres de pédalage. Demi tour, direction le sud. Il est déjà 10h00 et la chaleur commence a monter. Au dessus d'une montagne aux pics lacérés par la neige et l'eau, un soleil de plomb m'assaille. Ici, rien n'arrête ses rayons. Ni les nuages, ni la couche d'ozone qui a disparu ici. Car c'est justement sur la Patagonie que le trou de la couche d'ozone est présent. Créé par les pays industrialisés, ce sont les pays les plus pauvres qui en subissent les conséquences dramatiques. Alors seule la crème solaire peut me protéger de la morsure du soleil, qui, sans çà, me brûle en moins de 5 minutes.

Je croise une groupe de 5 étudiants chiliens partis pour 3 semaines à vélo. Ils vont à El Bolson, nous pédaleront un peu ensemble avant de nous séparer. Je croise également deux américains, un italien (qui ne s'est pas arrêté...), un couple chilien et un couple espagnol argentin. Bref, en une journée je verrai plus de cyclovoyageurs que tous ceux que j'ai pu voir au Pérou et Bolivie. Il y a quelques voyageurs de long parcours mais surtout des gens partis en vacances pour quelques jours ou quelques semaines.

J'arrive au canyon de Mosca. Ici, la route descend en dessinant d'amples courbes sur le versant boisé de la vallée. Celle ci est toujours dominée par un écrin rocheux grisâtre et aiguisé. Après 15 km de descente agréable, j'arrive au ruisseau. Je suis alors surpris par la présence d'un contrôle phytosanitaire. Ceux là se situent généralement au passage d'une région à une autre. Or, nous sommes ici à 50 km de la prochaine limite administrative.

Qui dit contrôle sanitaire, dit interdiction de passer avec fruits, légumes, fromage et viande. Or, j'ai dans mes sacoches quantité de tomates, pommes, un saucisson, du fromage. De quoi manger pendant 2 jours. Je n'ai pas envie de manger tout cela à l'instant. Je ferai diversion en demandant aux policiers où je peux dormir, où je peux acheter à manger, etc.. Ils me laissent passer sans ouvrir mes sacoches, et je continue mon chemin sous une chaleur infernale.

J'arrive enfin au ruisseau Foyel où plusieurs familles se baignent dans ses eaux fraîches. Je passerai la soirée avec l'une d'entre elle en voyage, puis m'endormirai bercé par les eaux tumultueuses de la rivière.

Le lendemain l'étape est très courte pour rejoindre El Bolson. Une fois arrivé, je suis attiré par le tenedor libre présent en face de la place centrale. J'y fais une pause de 2 heures. J'y rencontre Loïc, un français saltimbanque, qui me raconte ses misères. Il s'était amouraché d'une chilienne alors qu'il voyageait. Il lui a fait un enfant et depuis il vit un enfer !! Possessive, double personnalité, jalouse. Tout pour plaire ! Tomber amoureux est bien la pire des choses à faire pour un voyageur !

Je me dirige sur la place centrale pour digérer mon tenedor libre. J'y retrouve un des compagnons de voyage, David, l'américain avec qui je suis allé jusqu'à San Martin. Le groupe s'est disloqué, David est sur la bonne voie ! Nous discutons un peu mais cet homme ne me plaît guère. Alors que je songe à plonger dans une sieste je vois deux têtes qui ne me sont pas inconnues. Brook et Ethan !! Je pensais qu'ils avaient traversés la frontière plus au nord. Mais non, ils sont bien là, toujours souriants et peu bronzés !

Nous nous racontons nos voyages respectifs et planifions d'acheter quelques bières pour arroser ces retrouvailles. Cela tombe plutôt bien, car trois de leurs amies, cyclovoyageuses elles aussi, doivent les retrouver ce soir. J'avais prévu aller jusqu'au Lago Puelo pour dormir, je décide de rester ici.

Cary et Jude nous rejoignent. Leur autre amie est restée dans la ferme où elles travaillent depuis trois jours. Enfin, une ferme d'une vache et de quelques poules, peut-on vraiment appeler cela une ferme dans ce pays où l'on trouve des estancias de plusieurs milliers d'hectares ? Il s'agit en fait d'un endroit où un riche américain s'essaye à faire de l'agriculture qu'il qualifie de biologique sans rien connaître à ce métier. Un amusement qui ne plaît pas à nos deux voyageuses qui n'y trouvent pas ce qu'elles cherchaient.

Nous passons l'après midi à nous reposer sur le gazon de la place centrale, comme tant de voyageurs le font. El Bolson est bien différent de Bariloche. Alors qu'à Bariloche ce sont surtout des touristes huppés qui s'y arrêtent, ici ce sont des saltimbanques, jongleurs, rasta qui font halte. Bref, une ville de Hippie comme la qualifient les argentins. Ainsi nous rentrons parfaitement dans le moule de ces vagabonds.

Le soir arrive, les capsules volent, la bière se boit très bien. Nous en goûtons de toutes les formes, de tous les goûts. Vient le moment de la photo collective. Bras dessus, bras dessous, nous rions aux éclats et nous nous étalons tous sur le gazon. Sur le gazon ? Pas exactement nous dirait Ethan. Lui est tombé sur une de ces bouteilles de bière qui nous faisait tant rire. Le bilan est assez dur : notre ami cyclovoyageur vient de se casser une côte. Cela est vite confirmé par une radiographie. Il est opéré sur le champ. Il va plutôt bien malgré tout, et passe la soirée à se faire cajoler par nos deux amies qui ont l'art et la manière de remonter le moral des blessés !

Cette blessure est arrivée d'une manière la plus stupide qu'il soit. Mais cela risque de compromettre sérieusement le voyage de mes deux amis. Alors que je pensais poursuivre ma route dans la nuit avec eux jusqu'au Lago Puelo, je décide de rester un jour de plus en leur compagnie pour voir comment évolue l'état de santé d'Ethan.

Brook et Ethan ont toutes leurs affaires dans un camping situé non loin de là. Cary et Jude habitent dans la montagne à 8 km de là. N'aimant peu les campings, je décide de les suivre un moment pour trouver un endroit tranquille où planter ma tente. Je retrouverai mes amis demain. Il est 3h00 du matin lorsque nous nous séparons, et c'est très bien accompagné que je me dirige dans la montagne.

La piste est très accidentée. Nous faisons une partie à pied, le reste en forçant sur les pédales. Après 7km je trouve mon bonheur, non loin d'une rivière. J'abandonne alors mes compagnes ici. Je m'endormirai bien plus tard, le temps de me débarrasser d'une forte indigestion. Le tenedor Libre n'était pas des meilleurs...

Je retrouve mes amis à midi. Ethan sort péniblement de sa tente mais a le sourire. Ils vont encore se reposer deux jours. Je passe la première journée avec eux. Nous quittons le camping, un peu trop cher, pour nous installer près de la rivière non loin de là. Nous installons notre campement dans un endroit ombragé et profitons de moments de pur repos. Rien d'autre à faire qu'attendre. Attendre qu'Ethan aille mieux. Nous sommes en face du quartier le plus pauvre d'El Bolson. Rien à voir cependant avec le bidonville fait de maisons en carton qu'Ethan et Brook ont pu voir à la sortie de Bariloche. Ici des maisons ayant le strict minimum, et étant animées par l'énergie des enfants. Ceux là nous rendent visite en soirée, nous discutons, rions. Ils nous quittent , nous nous endormons peu de temps après sous un beau ciel étoilé.

Je quitte mes amis de bonne heure, rassuré par l'état de santé d'Ethan, Nous nous donnons rendez vous dans trois jours à Esquel. Eux, iront par la route asphaltée, moi par la piste qui traverse le parc national de los Alerces. Sur la route je m'arrête auprès d'un groupe de cinq auto-stoppeurs. Je n'ai malheureusement pas la place de les prendre tous. Il y a ici une chilienne, une italienne, deux argentins et un français. Ils se dirigent au lac d'Epuyen. J'y suis quelques temps après. La chaleur est encore très forte et je pense m'y arrêter la journée. Je recroise ce groupe de jeunes et je passe la journée avec eux. Le lac d'Epuyen est un petit coin de paradis. Des petites plages permettent de s'y reposer, des rochers permettent de plonger dans l'eau d'une douceur agréable. Et partout autour cette même montagne revêtue d'une foret. Nous buvons quelques bières, du maté, faisons connaissance. Vincent a 35 ans et voyage depuis 4 mois. Il aime les enfants et était animateur de quartier à Toulouse. Il vient se ressourcer ici quelques temps. L'italienne est également en voyage jusqu'en avril, ou plus. Les autres sont des saltimbanques, des hippies. Ils font, des bracelets ou autre artisanat qu'ils vendent dans les marchés ou dans la rue. Ils voyagent ainsi en travaillant et en profitant de la vie qui s'offre à eux. Passer une journée avec ces hippies est intéressant. J'essaye de savoir comment me placer par rapport à eux. Moi aussi je suis un peu saltimbanque, usant mon pneu sur les routes du monde, profitant de tous ces plaisirs du voyage, revenant en France pour écrire et faire des conférences. Mais ils sont animés d'une insouciance à laquelle je ne m'accorde pas. J'ai un but dans ma vie, des objectifs, une certaine responsabilité dans mon voyage liée à cette cause que je défends et qui me tient à coeur. Je vis le voyage comme une expérience de ma jeune vie, tout en essayant de garder un pied dans notre société. Voyageur oui, hippie non.

La fin de journée approchant je décide de les suivre au camping. Je m'y rends en premier avec Vincent. Nous buvons le maté (encore), mangeons quelques pâtes, payons les 2 pesos du camping. Le groupe nous rejoint plus tard, rougit par le soleil. La nuit arrivant je plonge dans ma tente. Mais mes amis du jour continuent leur journée comme si de rien n'était. Il y a dans ce camping deux autres groupes de jeunes voyageurs. Alors, ça joue de la guitare, ça joue au théâtre. Je ne peux évidemment pas leur demander de se taire, ils ne comprendraient pas. Si près d'El Bolson, nous sommes encore dans la région de cette insouciance voyageuse. Alors il est 2h00 du matin lorsque, toute mes affaires rangées, je reprends la route. Je pars sans dire mot. Mes compagnons me regardent sans se poser de question sur mon départ. Voyageur oui, hippie non. J'en suis définitivement sûr ! Mais le plus désolant dans cette situation, c'est qu'il s'agissait ce soir de la première fois que je payais un camping depuis Lima ! Cette nouvelle expérience me conforte dans mon amour pour le camping en pleine nature, où la nature est bien moins bruyante que l'homme !

Un ciel de mille étoiles m'accompagne et éclaire mon chemin. Mes yeux s'habituent peu à peu à l'obscurité et je n'ai pas besoin de lampe pour avancer. Me voilà de nouveau revenu dans la calme, dans la sérénité alors qu'au camping la fête doit battre son plein.

Après une heure et 17 kilomètres effectués, l'asphalte disparaît pour une route en terre. J'allume alors ma lampe frontale. Le ciel est d'une beauté incroyable. A chaque arrêt, dû à une chute car cette piste en construction est en très mauvais état, je lève les yeux et reste de longues minutes subjugué. Alors j'ai souvent le plaisir de voir une étoile filante transpercer l'espace. J'essaye de lui lancer quelques pensées ou quelques souhaits mais l'instant est très furtif.

J'éteindrai ma lampe quatre heures plus tard lorsque le liseré de la montagne s'éclaircira. Le soleil se lève doucement. Des ombres apparaissent, puis des montagnes. Je découvre avec douceur le paysage que j' ai traversé durant la nuit. Ce sont des montagnes massives qui m'entourent. Certaines, au loin, forment de grandes tours au creux desquelles dorment des petits glaciers.

il est 9h30 lorsque j'arrive à l'entrée du parc des Alerces. Juste avant, je vois sur la plage en contrebas des cyclistes. Je vais à leur rencontre et je reconnais le couple de chiliens rencontré avant El Folyen. Ils n'ont pas d'argent pour payer l'entrée du parc et sont bien embêtés de cette situation. Je leur dis de me suivre. La famille d'argentins rencontrée sur la plage de Bariloche m'avait donné un petit tuyau pour rentrer gratuitement dans le parc. Je leur dis de me retrouver plus loin le long de la plage, le temps pour eux de ranger leurs affaires. Une plage située en dessous du parc. Je la suis donc et arrive à un ponton en bois. Il me faut le traverser. Derrière c'est le parc des Alerces. J'enlève les sacoches avant de Teresa et la juche sur mes épaules. Nous traversons ainsi l'unique obstacle. Je récupère les sacoches et m'avance un peu à l'abri dans la forêt. J'attends quelques instants les deux chiliens lorsque j'entends derrière moi une porte claquer. Je suis en fait tout près d'une maison d'un garde parc, et celui-ci se dirige vers moi. Je me cache du mieux possible, m'allonge au sol en faisant semblant de dormir. Il passe devant moi sans me voir et se dirige vers le ponton. Dès qu'il sort de ma vue je m'enfuie à grande vitesse sans attendre les deux autres voyageurs. Je regagne la route et pédale aussi vite que je peux jusqu'à un endroit tranquille où je puisse les attendre, puis dormir.

Ils ne passeront que bien plus tard. Je les héle et leur demande des nouvelles. Ils ont été pris par les gardes parc juste au moment où ils regagnaient la piste et ont eu une petite amende qu'ils n'ont évidemment pas pu payer. Ils semblent heureux de cette escapade et me remercient. Soit ! Je les laisse car la fatigue m'assomme. Au moment de regagner Teresa je me rends compte que j'ai perdu mon drapeau. Certainement devant la maison du garde parc. Je dois le retrouver. Je rebrousse donc chemin. La maison est assiégée par des enfants. Je cherche un moyen de rentrer coûte que coûte et le trouve après plusieurs tentatives. Je remonte en selle et file à vive allure le plus loin possible de l'entrée du parc.

M'endormir maintenant est impossible. Trop d'adrénaline, d'attente, d'action durant ces deux dernières heures. Alors j'avance tranquillement à la découverte du parc des Alères. Ce parc tient son nom d'un arbre, l'Alerce, qui est un des plus grand du pays. Malheureusement on ne peut en voir sur la route. Il faut faire une excursion en bateau pour avoir ce privilège. Je me contente alors des paysages sublimes qui ornent ce parc. Je longe dans un premier temps le lac Rivadaria qui signe l'entrée du parc. A son extrémité, une petite marche à pied m'emmène à un mirador. De là je découvre le lac Vert (lago verde), surplombé par un autre lac. Cette vue donne un petit air de fjord, où des lacs filiformes sont coincés dans des montagnes aux pentes très fortes. Celles ci sont boisées et ont le crâne chauve, parfois recouvert de glacier. Le plus impressionnant est celui de Torrecillas. Accroché au sommet de la montagne, c'est le premier que je vois de ce voyage (sans compter tout ce que j'ai vu avec mes parents, plus au sud).

A bout de force, je m'arrête à la plage du français (playa del frances) où il est autorisé de camper librement. Sur cette plage, il y a quelques familles, des pêcheurs. Un homme assis sur un tronc d'arbre joue de la guitare. La soixantaine, il n'est ni tatoué, ni percé, ne fume pas de marijuana. Me voilà rassuré, la nuit sera plus tranquille ! Je mange un peu puis installe ma tente. Je m'y glisse alors à 19h00 pour faire une petite sieste bien méritée. Je me réveillerai à 8h00 le lendemain matin. La nuit a été bonne !

Le lendemain le ciel est un peu couvert. Je continue de longer le lac Futalaufquen. La route en dents de scies m'offre tantôt des parties ombragées, tantôt une vue sur le lac. Les rayons du soleil sont tamisés par les nuages et la lumière brille de mille éclats sur la surface du lac. Je me baignerai à l'extrémité de ce lac pour profiter une dernière fois ces paysages de ce parc. Paysages sauvages faits de lacs et de montagnes. Simplement dommage que la piste soit dans un si mauvais état. Mais bon, pour le prix que cela m'a coûté, je ne vais pas me plaindre !

Je sortirai du parc en compagnie de Neil et Luciana, deux cyclistes rencontrés une première fois à El Bolson. Après avoir enfin retrouvé le bitume après plus de 120 kilomètres de piste, nous passons devant un lieu historique d'Argentine. Un cimetière où ont été enterrés les premiers habitants du coin. Ce cimetière, en bon monument historique, date de... 1900 et a été utilisé jusqu'en 1942. L'Argentine comme la Nouvelle Zélande est un pays neuf, où la notion d'histoire est bien différente que la nôtre.

Je les quitte rapidement pour aller à Esquel. Mais la route barrée m'oblige à aller à Trevelin. C'est ici finalement que je retrouverai Brook et Ethan. A l'heure où je vous écris ils sont sur la route entre Esquel et Trevelin. Nous avons décidé de passer la frontière ensemble. Ensuite nous nous séparerons, une nouvelle fois. La carratera australe, au Chili donc, est réputée comme une des plus belles routes d'Amérique latine. Mais une des plus mauvaises aussi pour la qualité de son revêtement. Brook et Ethan risquent donc d'avancer plus lentement que moi. Ils rattraperont leur retard plus au sud sur l'asphalte pour peut-être, faire une arrivée groupée à Ushuaia. Nous le souhaitons tous les trois !

L'Argentine est donc terminée pour un moment, deux ou trois semaines. J'y retournerai à El Chalten, au niveau du Mont Fitz Roy. D'ici là plein de belles choses à voir, et sûrement de la pluie. Je vous dis à bientôt, au Chili cette fois ci !

A bientôt

Julien

 

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