De l'Auvergne à la Nouvelle-Zélande 2010 (18000 km)

Petites pensées de Marion

Petites pensées de Marion

du 29/08/2010 au 29/08/2010

Petites pensées de Marion

Krusevac - Km 3594 - 2 mois - 2 crevaisons

Certains d'entre vous me demandent de prendre la plume (le clavier), alors allons y pour quelques lignes mais ne vous attendez pas à de la grande littérature, ni même à un beau récit de voyage,j'en suis incapable.
Deux mois c'est à la fois peu et déjà beaucoup... Deux mois face à soi-même, à appuyer une fois à gauche, une fois à droite, à monter, à descendre, sous le soleil, sous la pluie, à se sentir seule, à faire de belles rencontres. Deux mois à douter,à continuer quand même, à rire et à pleurer...

Reprenons depuis le début. Il y a d'abord eu notre départ avec beaucoup de monde, beaucoup d'émotion et beaucoup de larmes. Alors les jours qui suivent, vous vous demandez pourquoi partir ? Pourquoi quitter tous ces gens qui vous témoignent leur affection et leur amitié ? Quitter tous ces gens sans savoir si vous les reverrez un jour, sans être à leur côté dans les moments difficiles comme dans les moments de joie. Et ce qui me peine énormément c'est de ne pas voir grandir ma petite nièce, Lila, qui me manque terriblement. Si aujourd'hui encore elle me montre sur une photo quand on lui parle de moi, qu'en sera t-il d'ici quelques mois ?
Mais il parait "qu'on voyage autour du monde à la recherche de quelque chose et qu'on rentre chez soi pour...le trouver ! " (G.Moore) Alors j'espère retrouver tout ce monde...

Le problème à vélo, c'est que l'on a de long moment face à soi-même et que durant toutes ces heures où l'on pédale, dans la tête aussi ça travaille. "Mais qu'est ce que tu fous là ?!", "tu avais tout : ta maison, ton boulot, tes amis, ta famille". Et le pire je crois, ce sont les journées de pluie, lorsque l'humidité vous ronge jusqu'au os et que la seule envie qui vous passe par la tête c'est de prendre le prochain train, direction "case départ", un thé près du feu avec votre vieille Jaja. Et puis finalement vous continuez parce que vous vous dites qu'il vaut mieux avoir des souvenirs que des regrets !

Le début du voyage en France a été très intense. Nous étions attendus chaque soir et puis il y a eu l'ascension du Mont-Blanc,  moment magique mais terriblement fatiguant. Arrivés en Suisse, nous nous sommes tout d'un coup retrouvés seuls, sous la pluie, sans rencontrer personne et lorsque vous demandez à un suisse si vous pouvez planter votre tente ici, il vous indique le camping le plus proche à 35 euros la nuit. J'ai souffert en Suisse à cause de la pluie, à cause de ses cols qui n'en finissent pas et desquels vous ne voyez rien sous le brouillard.
La traversée des Dolomites, tout aussi difficile physiquement s'est avérée plus agréable sous le soleil et l'italien est une langue qui vous parle tout de suite plus que l'allemand (enfin pour ma part).

Le voyage a vraiment commencé en Slovénie, pays splendide où les gens vous invite à prendre une bière, puis deux et avec qui vous vous sentez bien.
J'appréhendais beaucoup la Bosnie dont les seules images que j'avais étaient celles d'un pays en guerre où mon cousin était militaire. C'est finalement le pays que j'ai le plus apprécié jusqu'à maintenant. Paysages magnifiques, gens très sympas mais malheureusement un pays coupé en deux, à deux vitesses où les cicatrices de la guerre tutoient le modernisme, où les richesses s'exposent face aux plus démunis. Lorsque nous sommes passés du côté Croato-musulmans, j'ai été mal à l'aise, au milieu de ces ruines, de ces champs encore minés, de ces villages entiers dévastés, de ces cimetières où sont alignées par dizaines des stelles portant toutes les mêmes dates. A l'heure où, innocente j'apprenais à faire du vélo, à seulement quelques heures de voiture de chez nous, des gens vivaient l'horreur de la guerre.

La Croatie m'a fait du bien, d'une part parce que nous avons retrouvé mes parents (avec vin rouge, saucisson et fromage de chèvre de Nadaillat !) mais aussi parce que nous avons passé quelques jours sur la côte, au milieu des touristes. Moi qui ne suis d'ordinaire pas friande de ce gens d'endroit, ça m'a fait du bien de voir du monde, de flâner sur la plage et cela m'a permis de digérer la traversée de la Bosnie.

Je suis rentrée peu à peu dans ce voyage et j'avoue que j'ai pensé faire demi-tour plus d'une fois, que mes émotions me jouent encore des tours et que le simple fait de penser à mes proches me gorge les yeux de larmes. Il m'arrive encore de me demander ce que je fais là, que les vacances sont finies et que lundi mes patients m'attendent à 8h. Car vous n'allez pas me croire mais mon travail me manque ! Le contact avec mes patients me manque. Moi qui d'ordinaire voyais une vingtaine de personnes par jour, les journées me semblent parfois longues. Non pas que je m'ennuie seule avec Julien mais la transition est rude !

Alors vous qui êtes en France, si vous retrouvez (mais j'en doute) la grand-mère auvergnate qui disait qu "'il ne faut pas rêver mesquin", allez lui dire qu'à avoir des grands rêves, on se sent parfois bien petit !

Ne vous attendez pas à me lire souvent. Je crois que je ne pourrai pas partager ce voyage avec vous. J'ai besoin de le vivre de l'intérieur, de le digérer et puis après tout, c'est Julien l'écrivain, moi je suis kiné et en vacances ! lol

Merci de tous vos messages sur face de bouc. Mes pensées s'envolent vers vous...à bientôt.
Marion



Le livre

Que vous soyez cyclotouriste, voyageur ou sédentaire ouvert sur le monde, il y a mille et une raisons de vous réjouir de la lecture de ces Nouvelles Vagabondes.
Après plusieurs voyages en solitaire, Julien Leblay nous livre cette fois-ci le récit de son périple avec sa compagne Marion. Ne voulant se contenter de décrire le quotidien de leur voyage, il s’engage et se place résolument loin des clichés pour nous livrer avec sincérité ses impressions, que ce soit sur la vie du couple en voyage, ses préoccupations écologiques ou sur les traits culturels ou sociologiques des pays traversés.
Ce livre ne laisse pas indifférent et bouscule nos représentations exotiques du monde ; à sa lecture on découvre, on s’indigne et on s’émerveille tour à tour. Dans un style à la fois personnel et documenté, il nous offre une immersion complète, sans langue de bois, dans son voyage à vélo en couple. Il réussit finalement le pari de dresser un tableau contrasté et nuancé de cette longue aventure cyclotouriste qui ne sera probablement pas la dernière !

Cécile R.

352 pages dont 16 en couleur
Prix de vente : 20 euros

Disponible sur http://goodaventure.com

Le DVD

Julien et Marion Leblay quittent l'Auvergne en juillet 2010 pour une aventure de 22.000 kilomètres à vélo. Portés par le désir de découvertes et de rencontres, mais aussi par celui de promouvoir le don du sang, ils traversent l'ex-Yougoslavie, la Turquie, l'Iran, l'Inde, l'Asie du Sud-Est et l'Australie pour finalement arriver en Nouvelle-Zélande vingt mois plus tard.
Savoureusement pimenté, ce voyage donne le "goût d'aventure" !

Durée : 84 minutes.
Prix de vente : 15 euros

Disponible sur http://goodaventure.com
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