Ouest balkans 2006 (5300 km) acheter le livre

Enfin de la pluie !

Pozega - Osijek

le 02/07/2006

  • nombre de km prévus : 97
  • nombre km effectifs : 105
  • temps prévu : 6h00
  • temps effectif : 5h25

Enfin de la pluie !

Départ 11h00 à la place centrale. Aujourd'hui encore plusieurs cyclos vont m'accompagner sur les premiers kilomètres. Mais cela se fera sans Berengère, qui doit rejoindre Banja Luka pour retourner au boulot demain. Elle ne sera restée que deux jours avec moi mais ils furent des plus agréables. Elle m'a surpris a avaler sans problème plus de 250 kilomètres en deux jours, le tout sans entraînement, avec une robe a poisson et un sourire radieux ! Chapeau m'zelle, et au plaisir de pédaler avec toi !

5 cyclistes m'accompagnent pendant une trentaine de kilomètres. Parmi eux, Marin. Ce jeune homme parle un très bon français et est, comme ses collègues, très sympathiques. Je lui laisse la barre de mon vélo le temps de quelques kilomètres, juste le temps de prendre quelques photos qui vous rappelleront peut-être les temps lointain ou j'arpentais les routes d'Europe cheveux aux vents ! Donc rassurez vous, je n'ai pas profité de la nuit pour me faire des rastas ! Nous traversons notamment le village de Kula (je ne suis plus bien sûr du nom). Marin m'explique que ce village, avant la guerre (1991-1995) était peuplé en majorité par des Serbes. La guerre arrivant, ils sont tous partis s'installer en Serbie. Des Croates habitant à l'époque en Serbie sont venus s'installer ici à leur place. Echange de maisons en bonne et due forme.

Ils feront avec moi 30 kilomètres, un peu casse patte, puis me laisseront au pied de la plus grosse montée de la journée. La pluie prend le relais. Je grimperai les 5 petits kilomètres avec la fraîcheur de la pluie. En Nouvelle-Zélande, je l'aurai maudite. En effet, dans le pays du bout du monde, lorsque vous prenez une journée de pluie on vous donne le pack "semaine de 10 jours, pension complète (eau matin midi et soir). Mais ici, après les premières étapes d'une chaleur extrême, cette pluie est reçue comme une bénédiction. Je l'attendais avec impatience, et je l'apprécie, vraiment !

Une descente me fait arriver à Nasice. Je pensais pouvoir me ravitailler ici. Tous les "Konzum" (supérettes très répandues) sont fermées. Ben mince alors. Je me souviens alors que l'on est dimanche. Je suis complètement perdu dans les jours de la semaine; cela fait partie du voyage, où l'on perd rapidement la notion de temps...

La suite du parcours est on ne peut plus plate. Elle me rappelle la monotone et particulière plaine de Hongrie. De longues lignes droites de 5 kilomètres, du mais et des céréales... D'un point de vue paysager, je n'ai donc rien a me mettre sous la pupille.

A Cepin, une voiture me double. Je la voie s'arrêter dans le virage plus loin. Le chauffeur descend et m'applaudit alors que je passe devant lui
- Bravo, bravo !!
- Hvala ! (merci)
Puis il remonte dans sa voiture et me redouble a nouveau en me saluant... Cette petite scène me fait beaucoup sourire et alimentera mes pensées jusqu'à ce que je rencontre Antun dans les rues d'Osijek. Ce cycliste croate de 33 ans m'interpelle à un feu rouge.
- Where are you from ?

- C'est pas vrai ?!! - Eh, you speak french ?
- Oui bien sûr. Tu veux que je t'offre quelque chose à boire ?
- Euh... oui, pourquoi pas !
Nous voilà assis autour d'une bière bien fraîche. Antun a passe 20 mois a Paris, en 1993 et 1994. La, il a travaillé pour le journaliste Guy Berges, qui avait obtenu, selon ses dires, les prix Albert Londres en 1968 ou 1969. Il garde un excellent souvenir de la France, avec ses jolies filles et ses fromages ( a ne pas mettre dans le même panier, bien sûr). Alors qu'il estime (à tort ou à raison, je ne sais pas) qu'il n'a aucune leçon a me donner sur le premier point, il n'est pas de même pour le deuxième point.
- Vos fromages de chèvres se marieraient remarquablement bien avec nos vins croates, spécialement le Postup ou le Diezac
- Certainement...

Il me parle également des Balkans, des Serbes et des Croates plus précisément.
- Tu seras super bien accueilli par les Serbes, tu verras. Ce sont des gens très bien.
Bonne entrée en matière pour un croate quand on connaît le passé de ce pays. Ce gars me plait bien !
Il continue en me disant que dans n'importe quel pays, France, Allemagne, Serbie ou Croatie, on a toujours des imbéciles, et qu'il est mauvais de généraliser. L'imbécile numéro 1 étant selon lui Milosevic. Il me conseille ensuite de passer par Vukovar demain. Cette ville de style baroque fut complètement détruite par la guerre. "Il n'y avait plus de mur pour pisser". A priori les croates l'auraient défendus pendant 300 jours et auraient sauvés ainsi la Croatie du rêve de grande Serbie de Milosevic, qui s'étendrait sur tous les Balkans. Je ne pourrai malheureusement pas passer par cette ville, mon itinéraire étant plus au nord...

Je vous parle de cela car depuis que je suis en Croatie, la guerre de 1991-1995 apparaît dans toutes les discussions que j'ai avec les gens, d'une manière plus ou moins marquée. Il s'agit d'un repère pour tous. Antun avait 17 ans lorsqu'elle a commencé...

La patronne du bar veut nous offrir un verre. Nous acceptons volontiers. Je demande à Antun pourquoi la patronne nous offre un verre alors que nous ne sommes que de passage.
- Les Croates et les gens des Balkans en général aiment bien les étrangers et ont plaisir à les accueillir du mieux qu'ils peuvent.
Soit, c'est parti pour une deuxième bière ! Avec les 100 kilomètres dans les jambes, les 66 cl de bière ingurgités me montent vite à la tête. J'ai de plus en plus de mal à assimiler les paroles de Antun, qui continue ses explications sur les Balkans. Je finirai par lui dire que je suis bourré...
- Moi aussi !
- Bien, on va s'entendre alors !
Tanja, de Zagreb, m'envoie un SMS. Je dois me rendre à l'hôtel réservé par le Rotary club de Osijek, ils m'y attendent dans une heure. Antun m'y conduit. Il rêve de faire un Tour d'Europe à vélo alors je lui prête mon vélo pour la route, histoire d'avoir de belles sensations et des fourmis dans les jambes. L'alcool et l'échange de nos montures respectives aidant, c'est en zigzagant que nous parcourons les quelques centaines de mètres jusqu'à l'hôtel. Je salue chaleureusement Antun pour cette heure passée ensemble et pour la bière. C'est la première cuite que je me prends ici, et je ne pensais pas me la prendre en descendant de selle ! Quand à Antun, le voilà oblige de passer par Clermont Ferrand lors de son Tour d'Europe, que je lui souhaite de réaliser.

A la réception de l'hôtel, une jeune femme aux cheveux d'un blond très slave. Je ne sais pas si c'est du à ma tenue ou à ma démarche hésitante, mais elle me regarde d'un air bizarre du genre "vous avez du vous tromper de porte". La voilà rassurée lorsqu'elle voit mon nom sur son tableau de réservation. Le président du Rotary club, Vlado Zobundija, vient à 18h00. Il me reste donc 3/4 d'heure pour reprendre un peu de fraîcheur !

Une fois arrivé, il m'offre à boire. - Que veux tu ? Eau, jus d'orange, alcool ?
- Du jus d'orange ce sera parfait. Je ne bois pas d'alcool...
Le secrétaire Nino Bertic suivra, puis le responsable de la croix rouge avec une volontaire pour traduire. Nous mettons en place le plan de bataille pour demain. Je n'ai pas de jour de repos ici mais ils ont tout de même prévu une longue matinée consacrée au don du sang. Pas de problème pour moi !

Je vous dis donc à bientôt pour de nouvelles aventures. Demain j'essaierai de rejoindre Novi Sad, mais je ne suis pas sûr d'y arriver car je partirai tard de Osijek. A suivre, le site sera sûrement actualisé à Belgrade. Désolé si mes propos sont un peu confus aujourd'hui mais je suis un peu fatigué (je vous rassure j'ai décuvé, tout va bien !)

A bientôt !

julien

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Ballade cyclobalkanique, 5300 kilomètres à vélo pour le don du sang, Julien Leblay, 2007.

Prix public : 15 euros.
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