De l'Auvergne à la Nouvelle-Zélande 2010 (18000 km)

Retrouvailles auvergnates a Esfahan

Kermanshah - Esfahan photos de cette étape

du 16/11/2010 au 21/11/2010

  • nombre de km prévus : 100
  • nombre km effectifs : 118
  • temps prévu : du 16 au 21 novembre
  • temps effectif : 8 heures
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Retrouvailles auvergnates a Esfahan

Nous quittons Kermanshah avec l'espoir de rejoindre Khorramabad en deux jours, soit 100 kilomètres par jour. Les 50 premiers kilomètres se font en compagnie, fort mauvaise, des voitures et camions. Cela fait déjà deux semaines que nous pédalons en Iran, et pourtant nous ne nous sommes toujours pas habitués à ce flot continue de mauvais conducteurs, de voitures mal odorantes et bruyantes. Plus les kilomètres passent sur ces routes encombrées, et plus les iraniens nous énervent. Et c'est bien dommage, car ce sont des gens tout à fait charmants, une fois qu'ils quittent leur voiture. Malheureusement, nous passons le plus clair de notre temps sur la route, et du coup c'est en voiture que nous les cotoyons le plus. Bref, ces kilomètres passés entre Kermanshah et Harsin ne sont pas là pour nous réconcilier avec les Iraniens. La relation qu'ils ont avec la voiture nous exaspère. Il semblerait que le temps que les turques passent assis sur une petit tabouret à boire un thé, les iraniens le passent assis dans leur voiture. Alors que les turques nous hélaient sur le bord de la route pour boire un thé, les Iraniens nous suivent en voiture, nous doublent et nous croisent, ouvrent leur fenêtre pour nous lancer un « hello mister » qui ne nous réjouit pas. Pour sûr, l'appel au thé est plus séduisant et franc que celui de la voiture. Nous n'avons pas la même envie de discuter autour d'un thé plutôt que de subir une conversation à travers une portière entrouverte avec en bruit de fond le ronronnement d'une voiture polluante. De plus, comme tout Iranien qui se respecte conduit de façon très irrespectueuse, nous n'avons pas envie de passer du temps avec ceux qui nous frôlent dangereusement et nous font signe de déguerpir de la route pour leur laisser la place. Alors nous répondons de moins en moins aux klaxons, que l'on perçoit à nouveau comme des agressions, aux hello mister et autres salam. Les invitations à boire le thé sont peu nombreuses, et comme nous sommes bien élevés et que nous les refusons systématiquement pour respecter leur ta'rof, le contact avec les Iranien est difficile. Le ta'rof justement, parlons-en. Il régit les codes sociaux du pays et veut, entre autres, que l'on refuse trois fois une proposition. A la quatrième fois, nous pouvons accepter. Certains disent que cela permet à chacun d''être poli et d'inviter son prochain même s'il n'en a pas les moyens. En effet, il suffit pour cela de ne pas proposer une invitation plus de 3 fois. De notre côté, nous estimons que cette tradition du ta'rof est basée sur le mensonge. En effet, nous étions habitués aux invitations franches et spontanés des turques, qu'il ne convenait pas de refuser ne serais-ce qu'une seule fois. Or ici, quand un iranien vous invite, il est fort probable que cela veuille dire : « Bon, je t'invite par principe, mais si tu pouvais refuser ça m'arrangerait, car j'ai vraiment pas envie de te recevoir chez moi ». Nous avons bien du mal à distinguer ce qui est du ta'rof de la vraie invitation, et on a alors l'impression de repousser constamment l'hospitalité iranienne. Mais si vous acceptez alors que votre hôte ne le veut pas, cela peut conduire à des situations embarrassantes, à un mal-être assez pesant. En effet, ce n'est pas très agréable de se sentir comme un intrus chez des inconnus ?

 

En quittant la ville, Marion m'annonce qu'elle est cuite. L'énergie lui manque soudainement pour continuer. Cela s'explique par une bonne  « tourista ». Décidément, ces derniers jours nos estomacs ont bien du mal à s'accoutumer à la nourriture locale. Pour le coup nous soupçonnons l'eau prise à notre hôtel. Nous ferons tout de même encore trente kilomètres sur une route plus paisible avant de planter la tente. Nous choisissons pour cela un petit village. Un papi nous invite à boire le thé. Comme le veut la règle du ta'rof, nous refusons et demandons où nous pouvons planter notre tente. On nous indique une pelouse attenante au village. Il n'y aura pas d'autre invitation. Ces villageois ne veulent donc pas nous offrir le thé comme ils le prétendent. Alors nous cuisions un peu de riz et quelques lentilles, sous les yeux curieux de nos voisins.

 

Marion a mal dormi, occupée durant toute la nuit à faire des aller-retours entre la tente et un coin discret où faire passer son indigestion. Nous avons 110 kilomètres à faire dans la journée, et l'objectif semble bien compromis. En traversant Nour Abad, à 25 kilomètres de notre lieu de bivouac, nous passons devant une agence de bus. Nous devions le prendre depuis Khorramabad pour rejoindre Isfahan, mais l'état de fatigue de Marion nous fait changer d'avis. Nous achetons deux billets pour Isfahan, départ à 21h00. Pour patienter, nous sommes invités chez un ami du patron. Reza est bijoutier, et nous le suivons après avoir respecté le ta'rof. Nous passons le reste de la journée dans sa maison chauffée, où le repas et la douche nous sont offerts, tout comme des litres de thé. Reza nous dit avoir quatre femmes en France. Il est déçu et étonné lorsqu'on lui apprend que la polygamie ne s'est pas étendue jusque chez nous. « C'est interdit ? » s'étonne-t-il ? Ah ben mince alors ! Le paradis qu'il voyait en la France ne serait-il pas si rose ? Le tableau se noircit lorsque nous lui disons que, même si les salaires sont élevés, les prix le sont en proportion. Le kilo de mandarine coute 5 fois plus cher en France (pour un euro, nous avons plus de deux kilos ici), les loyers 10 fois plus cher (sa maison lui coûte 100 euros par mois) et l'essence 100 fois plus cher (avec un euro, vous avez environ 50 litres d'essence en Iran). Il conclue ne disant qu'en Iran, il n'est pas si mal !

 

Cette après midi passée chez ces Iraniens nous permet d'apprécier leur simplicité une fois le ta'rof passé et le vélo arrêté. La nuit est tombée depuis longtemps lorsque nous les quittons après un dernier repas et d'autres recommandations. La nuit passée dans le bus nous permet d'arriver à Isfahan à l'aube. La place de l'Imam est vide lorsque nous y arrivons pour la première fois, encore emprisonnée par un froid nocturne que l'on n'imaginait pas si tenace ici. Quelques heures plus tard, derrière une barbe que l'on ne lui connaissait pas, nous revoyons notre ami Gaël, tendrement accompagné de Farnaz. Gaël était parti de notre jardin le 5 juillet 2009, soit un an moins un jour avant nous. Il avait pour objectif de rallier à vélo la Chine, avec comme fil directeur les montagnes sacrées. Il s'est finalement arrêté en Iran il y a huit mois et depuis voyage dans les environs, revenant de temps en temps à Téhéran pour y voir sa moitié.

Nous passons les jours suivants en leur compagnie, se racontant nos voyages respectifs et nos projets futurs. C'est ainsi, parlant de tout et de rien, que nous vaguons de la place de l'Imam aux nombreux ponts, du bazar aux minarets oscillants. Isfahan est une ville idéale pour se reposer quelques jours. C'est sans aucun doute la plus belle ville d'Iran que nous ayons vu jusqu'ici, tant son architecture imposante est de toute beauté. En dehors de cela, elle offre quantité de jardins que les Iraniens envahissent les jours fériés pour y pique-niquer en famille. Nous y passons beaucoup de temps, appréciant la verdure tout autant que l'éloignement des voitures dont on oublie parfois la présence. Enfin, la découverte de l'artisanat local est également plaisant et de nombreuses boutiques permettent aux curieux de regarder la précision du travail des faïences et des sculptures.

 

Gaël dispose encore de trois semaines en Iran avant de finalement retourner en France retrouver les siens après un an et demi d'absence. Demain nous partons ensemble pour deux semaines a travers le désert, le temps d'aller à Shiraz.





Le livre

Que vous soyez cyclotouriste, voyageur ou sédentaire ouvert sur le monde, il y a mille et une raisons de vous réjouir de la lecture de ces Nouvelles Vagabondes.
Après plusieurs voyages en solitaire, Julien Leblay nous livre cette fois-ci le récit de son périple avec sa compagne Marion. Ne voulant se contenter de décrire le quotidien de leur voyage, il s’engage et se place résolument loin des clichés pour nous livrer avec sincérité ses impressions, que ce soit sur la vie du couple en voyage, ses préoccupations écologiques ou sur les traits culturels ou sociologiques des pays traversés.
Ce livre ne laisse pas indifférent et bouscule nos représentations exotiques du monde ; à sa lecture on découvre, on s’indigne et on s’émerveille tour à tour. Dans un style à la fois personnel et documenté, il nous offre une immersion complète, sans langue de bois, dans son voyage à vélo en couple. Il réussit finalement le pari de dresser un tableau contrasté et nuancé de cette longue aventure cyclotouriste qui ne sera probablement pas la dernière !

Cécile R.

352 pages dont 16 en couleur
Prix de vente : 20 euros

Disponible sur http://goodaventure.com

Le DVD

Julien et Marion Leblay quittent l'Auvergne en juillet 2010 pour une aventure de 22.000 kilomètres à vélo. Portés par le désir de découvertes et de rencontres, mais aussi par celui de promouvoir le don du sang, ils traversent l'ex-Yougoslavie, la Turquie, l'Iran, l'Inde, l'Asie du Sud-Est et l'Australie pour finalement arriver en Nouvelle-Zélande vingt mois plus tard.
Savoureusement pimenté, ce voyage donne le "goût d'aventure" !

Durée : 84 minutes.
Prix de vente : 15 euros

Disponible sur http://goodaventure.com
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