Balkans - Carpates 2007 (4054 km)

Journée de solitude

Gilau - Poiana Horea photos de cette étape

le 19/08/2007

  • nombre de km prévus : 97
  • nombre km effectifs : 62
  • temps prévu : 6h30
  • temps effectif : 3h50
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Journée de solitude

Il me faut donc aller vers les roumains. Soit. Alors que je commence à plier bagages, une charrette s'approche de moi. Le paysan s'arrête à mes côtés et je le salue vivement. D'un oeil froid il me fait comprendre qu'il ne faut pas que je mette le feu à son tas de foin... Avait- il besoin de me dire cela alors qu'il voit que je m'en vais ? Au lieu de cela, ne pouvait- il pas me souhaiter une belle journée ? Bref.

Plus loin, l'orage éclate. Je me refugie dans un café juste avant la pluie. Je salue chaque roumain et je cherche leur regard. Ils sont une vingtaine au café, attendant que la pluie cesse, et aucun ne viendra à moi. Que la solitude est pesante lorsqu'on est entouré de tant de monde. Je resterai deux heures dans ce café, assis dans un coin devant ma table, avec comme seul compagnon mon calepin. Peu bavard mais toujours à l'écoute, j'y déverse toute ma solitude en écoutant les gens autour de moi.

La pluie a cessé, je m'en vais sans dire mot. Commence alors une longue montée dans une superbe forêt de noisetiers et hêtres. Nous sommes dimanche, les roumains sont de sortie et aiment à faire des barbecues. A chaque virage une odeur de viande grillée vient lécher mes narines. Ils laissent derrière eux quelques cendres et quantité de détritus en tous genres.

Marisel est un petit village situé sur un plateau vallonné. J'y arrive après dix kilomètres d'effort. L'atmosphère y est fantastique. L'orage fait rage au loin, les éclairs fusent. Les paysages sont d'une grande beauté. Le village, très diffus, s'étend par delà les prés, disséminant de petites maisons et fermes en bois ici ou là. Chaque pré est piqueté par ces grands tas de foin et délimité par des clôtures en bois. Une splendeur, le Maramures version plateau !

A la sortie du village, une forêt de conifères. Dans une lisière, des petites maisons en bois. Des gens y vivent a en croire la fumée qui sort des cheminées. Mais il n'y a pas d'électricité ici, juste le strict mnimum. Et sur le bord de roue, une vieille femme tente de vendre des framboises fraichement récoltées, alors qu'il pleut des cordes. Cette partie de la Roumanie est encore une fois incroyable, et me semble bien plus reculée encore que le Maramures. La route pour aller ou sortir de ce village est médiocre, nous sommes en altitude, si loin de tout... Il semble que là aussi la population s'en aille, au vue du grand nombre de terrains ou maisons a vendre. Mais parallèlement a cela, il y a aussi un grand nombre de maisons qui se construisent, comme de très mignons chalets en bois semblant être étudiés pour le tourisme. Cette montagne semble être en phase de transition, celle qu'effectuera très vite le Maramures.

La descente se fait sous une forte pluie. Il fait froid dans cette montagne, et j'arrive gelé dans la vallée. Il est 18h00 lorsque j'arrive au premier village. Je m'arrête dans un petit magasin café. Beaucoup de villageois y sont assis, attendant que la pluie cesse. On y voit surtout des bûcherons. Le magasin n'a que le strict minimum. Les produits y sont en maigre quantité, rangés dans des cartons ou sur les étagères en bois placées derrière le comptoir. J'y trouve des bananes et des tomates, ce sera tout. Là encore, les gens m'ignorent. Je tente d'engager la conversation en leur demandant où se situe Albac. Je sais où il se trouve mais bon... A 40 km me disent ils. C'est tout. Je m'en vais penaud, mes fruits et légumes sous le bras.

Gelé, fatigué et déçu, voilà mon état. Je dois m'arrêter. La rivière est en crue. Elle transporte quantité de limons et de poubelles. Voilà comment on s'occupe des déchets ici : on attend qu'il pleuve pour les transporter directement dans les océans ! La vallée est très encaissée et m'offre quelques parcelles de plat à proximité de la rivière. J'hésite longtemps avant de m'installer. La rivière va-t-elle encore monter ? Va-t-il encore pleuvoir ? Je mets un repère au niveau de l'eau. Une demi heure plus tard, l'eau s'en est éloignée. Je plante la tente, rassuré. Encore une demi heure après et des grondements se font entendre. Il pleut de nouveau. La pluie est douce, la rivière ne devrait pas monter d'avantage. Avant de dormir, je rassemble tout de même toutes mes affaires dans mes sacoches, prêt à quitter le radeau en cas d'inondation.