Nouvelle-Zélande 2005 (2750 km) acheter le livre

Ce n'est pas un temps à mettre un vélo dehors !

Taupo - Te Kuiti photos de cette étape

le 08/10/2005

  • nombre de km prévus : 130
  • nombre km effectifs : 100
  • temps prévu : 8h30
  • temps effectif : 6h45
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Ce n'est pas un temps à mettre un vélo dehors !

J'ai actualisé la dernière étape à Taupo à midi. Mais la journée n’était pas terminée ! J'avais rendez-vous avec des journalistes à 15h00 à l'office de tourisme. Ils sont arrives à l'heure et nous sommes allés dehors pour faire des photos. La séance photo a duré un bon moment, c'était assez sympa ! Une femme qui sortait de la librairie m'a reconnue. Elle m'avait vu dans le journal après mon passage à Wellington. Marrant ! Les photos étant enfin terminées, je dis au revoir aux journalistes. Une demoiselle semble m'attendre près de mon vélo. Comme je ne suis pas effarouché par les demoiselles, je m'approche pour la saluer.
- Tu es le français qui tourne autour de la Nouvelle-Zélande ?
- Oui c'est bien moi.
- Je m'appelle Bonny. Tu as été accueilli une nuit à Tauranga par mon père.

En effet, souvenez vous de Ray, l'archéologue de Tauranga, et sa compagne Gaye. Ils m'avaient donné l'adresse Internet de Bonny. Je l'avais contacté mais n'ai jamais reçu de réponse... De son côté, elle n'a jamais reçu le mail ! Mais elle passait par là aujourd’hui et a vu un cycliste avec un drapeau et des journalistes. "Ca ne peut-être que lui !". Du coup, alors que je m'apprêtais à aller prendre une chambre dans le Backpacker tout proche, elle me donne son adresse et me dit de m'y rendre d'ici une petite heure. Superbe coïncidence, la Nouvelle-Zélande est vraiment un petit pays ! J'ai juste le temps de faire quelques courses et me voilà bien au chaud dans la maison de Bonny.

Colins nous retrouvera un peu plus tard. Nous discutons autour d'un thé chaud et d'une carte de l'Europe. Ces deux jeunes gens ont effectué en 2000 un Tour d'Europe de 5000 kilomètres, de Londres jusqu'en Italie. 4 mois de pur bonheur. On se raconte les anecdotes de nos deux Tours d'Europe respectifs, nos passages de frontières (chose que l'on n'a pas en Nouvelle-Zélande !), les galères sous la pluie, les rencontres agréables ou désagréables, les trucs et astuces... Avant de manger, on a fait un petit tour pour aller se baigner dans une petite rivière d'eau chaude. Super agréable ! Cette petite rivière se jette dans sa grande soeur Waikato river qui alimente Huka Falls. C'est superbe de pouvoir profiter ainsi d'un bain chaud en pleine nature.

Finalement, nous revenons chez eux pour un dîner très copieux et une bonne nuit de sommeil. Dehors, il pleut encore, et encore, et encore...

L'étape d'aujourd'hui s'annonce très difficile, puisqu'il me faudra faire près de 130 kilomètres pour rejoindre Te Kuiti. En fait, il n'y a aucun camping au milieu, donc je n'ai pas d'autres choix... Bonny et Colins m'accompagnent pour les 15 premiers kilomètres. Nous passons devant Craters of the Moon d'ou s'échappent des nuages de vapeur. Ils me laisseront alors que le ciel devient très gris... Cette rencontre était magnifique. On a vraiment passé une superbe soirée hier et c'était très agréable de rouler avec eux ce matin. Dommage qu'ils ne veuillent pas m'accompagner jusqu'à Te Kuiti ! Nous nous séparons après une accolade chaleureuse. J'en profite pour m'équiper contre la pluie...

A peine seul et ce sont des seaux d'eau qui me tombent sur la tête !!! Quel temps de chien !! Alors je me dis que c'est impossible que je rejoigne Te Kuiti aujourd'hui, d'autant plus que le vent se lève, et il vient plein ouest ! Je pédalerai pendant plus de deux heures sous une pluie phénoménale. Je garde la tête dans le guidon pour garder un maximum de chaleur. Parfois, j'ose regarder l'horizon, et je ne peux voir autre chose qu'un ciel gris, peu prometteur. Le vent se fait de plus en plus fort et me vient de côté. Finalement, j'arrive à 11 heures à Whakamaru avec un petit rayon de soleil. J'en profite alors pour faire une petite pause déjeuner. Difficile d'étaler de la confiture sur une tranche de pain lorsque l'on a les mains gelées... Je regrette alors d'avoir perdu mes gants dans le supermarché de Taupo... Le ciel semble plus clément alors je décide de continuer en direction de Te Kuiti.

5 kilomètres après, je vois la route se perdre dans les nuages. Terrible impression de voir que l'on se jette dans la gueule du loup. Et le loup m'attend ! La pluie est violente, j'ai l'impression que c'est de la grêle qui frappe mon dos et mes bras. Le vent est cette fois-ci de plein face et je ne peux lever la tête sous peine d'être violemment puni par cette pluie cinglante. Mais qu'est-ce que je fais là ?!

Cette averse étant passée, je me retrouve seul à affronter le vent. Terrible vent aujourd'hui, qui souffle par rafales et me fait tanguer sur la route. Après 60 kilomètres, je me glisse (ou plutôt me hisse) dans une forêt. Enfin à l'abri ! Petit bonheur éphémère. 10 kilomètres après, la forêt laisse de nouveau place à de vastes étendues, et le vent redouble de violence. Alors que du côté de Wiaroa nous avancions à 12 ou 13 km/h contre le vent avec Caroline, ici je roule à 8 ou 9km/h... Je pense alors à Caroline, qui me disait de rester sur le vélo coûte que coûte, que chaque kilomètre me rend plus fort pour le suivant. Alors, je reste sur mon vélo et je fais mon possible pour avancer. Dans un virage, c'est un vent de côté qui me projette hors de la route et me fait tomber lamentablement. Cette fois-ci, je pense à Christophe qui m'avait parlé de vents violent sur la Terre de Feu, en Amérique du Sud, qui avaient fait tomber son amie plus d'une fois. J'avais eu du mal à le croire... Mais je me relève et continue ma route. Parfois, des petites buttes où des petites forêts m'offrent des petits moments de répits, très appréciés !

Après 80 kilomètres, alors qu'il pleut toujours et que le vent ne cesse de souffler, je me dis que j'aurai mieux fait de rester couché, que ce n'est vraiment pas un temps à faire du vélo. Une voiture s'arrête à ma hauteur. A son bord, trois kiwis se proposent de hisser le vélo dans la voiture. Ils me disent que la prochaine ville est à 50 kilomètres. Et là, je ne sais pas du tout ce qui m'a pris, j'ai gentiment refusé leur invitation... Il est 2 heures, il me reste 50 kilomètres. Je me dis que j'ai le temps d'y arriver, donc pas de soucis... Ils sont surpris me laissent en me disant :
- You are a man mate ! (Tu es un homme mon pote!
Ben bien sur ! Ceci dit j'aurai dû réfléchir un peu plus à ma situation d'homme. Je regarde la voiture s'éloigner et les conditions météo me ramènent à la réalité.
- Oups, je crois que j'ai fait une connerie !
Je passerai les prochains kilomètres à essayer de comprendre pourquoi j'ai refusé cette aide qui était inespérée...

Je profite d'un petit abri bus pour les écoliers pour me ravitailler de nouveau. Je consomme une énergie folle à lutter contre ce vent. Puis je remonte sur ma bécane. Je suis en pleine montée. Le vent semble être encore plus fort. Une rafale de me fait aller sur le bord de route puis faire demi tour ! Je lutte pour revenir dans le sens de ma marche forcée contre les éléments. J'ai l'impression que plus ça va, et plus le climat se dégrade dans ce pays ! Je ne sais pas si cette étape est pire que la précédente ou moins pire que la suivante... C'est de la folie de pédaler avec de telles conditions climatiques. Mais pourtant, malgré le froid la pluie et la tempête de vent je garde le moral. Je sais que Te Kuiti n'est pas si loin. Il ne doit me rester que 3 heures de vélo. Bizarrement je n'ai croisé aucun cycliste sur cette route...!

J'arrive à Benneydale après 100 kilomètres. Il est 3h30, je suis dans les temps, prêt à faire encore 35 kilomètres. Au loin, je vois un cycliste qui roule dans l'autre sens. Petit veinard, il a le vent dans le dos ! Plus je vois ce cycliste approcher, et plus je me dis qu'il me dit quelque chose... Il vient traverser la route pour s'arrêter devant moi.
- Salut Julien, la forme ?
Je n'en reviens pas. Je connais ce visage mais j'ai du mal à réaliser que c'est... Brian !!
- Mais qu'est-ce que tu fais là Brian, c'est pas un temps pour faire du vélo !
Je n'en reviens pas !! Je me retrouve dans une ville perdue avec Brian en train de pédaler avec moi. Superbe surprise !

Evidemment, lorsque Brian est là, Rachel n'est pas bien loin ! Elle se cache derrière une remorque pour prendre quelques photos !
- Eh Rachel, content de te revoir !
Je pose le vélo près de la voiture, ils m'offrent une énorme tablette de chocolat. Quel bonheur !! Je ne pouvais pas rêver mieux après cette terrible journée !

Je ne fais pas la même erreur deux fois, et n'oppose aucune résistance lorsqu'ils me proposent de monter le vélo sur la voiture ! Avec plaisir !!! 100 kilomètres pour aujourd'hui, c'est largement suffisant ! Brian et Rachel m'expliquent qu'ils ont interpellé les 3 kiwis croisés sur la route :
- Avez vous vu un cycliste sur cette route ?
- Oui, on en a vu un il y a quelques minutes. Il a une plaque d'immatriculation numéro D660S.
- Non non, pas une moto, un vélo.
- Oui oui, c'est bien un vélo.
- Il a un drapeau derrière lui ?
- Oui oui, il a ça aussi.
- Bon, c'est bien lui alors... Mais pourquoi il n’avait pas de plaque d'immatriculation en partant...
Il se trouve que j'ai récupéré une plaque d'immatriculation sur la route ! Il s'agit de ces déchets que l'on peut trouver sur le bord de route. Et comme je suis un honnête citoyen, je me suis dit que si je roule trop vite, la police pourra ainsi me retrouver plus facilement ! Brian regarde le cul de mon vélo et rit en regardant ma plaque d'immatriculation ! Plus tard, il me demande:
- As-tu regardé la météo hier soir ?
- Non, je ne la regarde jamais.
- Heureusement, sinon tu n'aurais pas pris le vélo aujourd'hui ! Ils ont annoncé un vent à 100km/h et plus !
- 100 km/h ?!! Whouaouhh!!
Je comprends mieux maintenant !! A Wairoa, le vent était de 70 km/h. Mais aujourd’hui en effet il était bien plus violent ! 100 km/h... Si un jour on m'avait dit que je roulerai avec un tel vent...! Je me rends compte que je tourne dans le mauvais sens depuis le départ ! Je n'ai eu le vent de dos qu'avant Gisborne. Ensuite, vent de face jusqu’à Wellington, vent de face en quittant Wellington, vent de face terrible aujourd'hui. Le trajet Te Kuiti Taupo m'aurait pris 4 heures aujourd'hui (et 3 heures en pédalant !). Au lieu de ça, je l'ai fait dans le mauvais sens et j'ai lutté toute la journée. Pas de chance. La prochaine fois, je regarderai plus attentivement la carte des vents !

Brian et Rachel sont impressionnants ! Mais on a eu de la chance de se croiser aujourd’hui. Tout d'abord Bonny et Colins s'étaient proposés de m'héberger une nuit de plus. J'ai dû refuser car je voulais être arrivé à Te Kuiti dimanche soir sûr. Ensuite, j'ai failli changer d'itinéraire à Whakamaru. Une éclaircie m'a fait garder le cap initialement prévu. Puis, il y a eu ces trois kiwis qui auraient pu me conduire directement jusqu'à Te Kuiti. Enfin, j'ai failli rester dans une petite cabane près de Pureora. Mais finalement j'ai décidé d'en découdre avec la tempête ! De leur côté, Brian et Rachel ont fait travailler leur réseau pour être sûr que je quittais Taupo ce matin pour aller à Te Kuiti. Ainsi j'ai du répondre à Zara (la fille de Brian) et Tina, en leur disant que oui, je quittais Taupo ce matin ! Bref, voilà comment on s'est retrouvé sur la route, à Benneydale, un jour d'intempéries !

C'est avec soulagement que je monte à l'avant de la voiture pour faire les 30 derniers kilomètres jusqu’à Te Kuiti. On file alors à 80 km/h, trop bon ! Nous nous arrêterons dans un camping et ils m'offriront encore une cabine pour les deux prochaines nuits. Car demain, c'est repos. Enfin ! Après 10 jours de vélo ininterrompus, je m'arrête enfin une journée avant de faire les 3 dernières étapes ! Ils m'inviteront à dîner pour dévorer un plat de fruits de mer. J'ai un appétit féroce.

Voilà comment s'est déroulé la pire des journées ! Je me suis vraiment étonné à faire 100 kilomètres dans de telles conditions, Et je me suis aussi surpris à garder le moral tout au long de l'étape. Je n'ai pas pensé laisser le vélo sur le bord de route, je n'ai pas pensé grimper le vélo dans cette voiture. J'ai juste continué à pédaler toute la journée sans me poser de questions, en pensant à la journée de repos très proche. Mais le fait de voir Rachel et Brian après 100 kilomètres a été une surprise grandiose ! Merci beaucoup pour ça, c'était superbe !!!

Aujourd'hui, je me repose à te Kuiti. Demain, je regagnerai Hamilton. Théoriquement, une voiture de la banque de sang me suivra tout au long de l'étape ! Je n'ai que 75 kilomètres à faire, en espérant que le vent se calme...

A très bientôt, pour la fin du périple...!

 

PS : désolé pour les photos, mais pas trop possible ici non plus... Peut-être à Hamilton...


 
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