De l'Auvergne à la Nouvelle-Zélande 2010 (18000 km)

Fin d'un continent

Ubud photos de cette étape

du 23/07/2011 au 25/07/2011

  • temps effectif : Du 23 au 25 juillet 2011
Aurélie et Lionel, fraîchement arrivés à BaliRizières autour d'UbudIMG_0010IMG_0017IMG_0019IMG_0023Statuettes à l'entrée de maisons.IMG_0025IMG_0033

Fin d'un continent

Nous passons nos derniers jours en Asie en compagnie d'Aurélie et Lionel, des amis « auvergnots-corréziens ». Bali est pour eux leur premier « grand » voyage, en dehors de l'Europe. Passer quatre jours en leur compagnie est un vrai plaisir, l'occasion pour nous de finir notre gros morceau asiatique en douceur, entourés de sourires qui nous sont familiers et chers. Avec eux, nous déambulons et nous perdons parfois dans les rizières aux alentours d'Ubud. Cet endroit est empli de sérénité dès lors que nos chaussures quittent l'asphalte pour les chemins, lorsque les balinais à la recherche de touristes à plumer disparaissent de notre champ auditif. Pendant ces quelques jours, nous rencontrons également Mickaël, un cyclo français sur la route depuis deux ans. Lui aussi se prépare à entrer en Australie, lui aussi est fatigué de l'Asie, lui non plus n'a pas vraiment aimé le contact avec les indonésiens. Lui aussi va passer de nombreuses heures à laver son vélo et ses affaires pour passer la frontière !

Voilà donc dix mois que nous voyageons en Asie.

Demain nous quitterons Bali par les airs pour Darwin, en Australie. Plus qu'un vol un peu plus encore vers le sud, c'est un continent que nous laissons derrière nous : l'Asie. Nous avons traversé le Bosphore le 25 septembre. Après 303 jours et 12000 km à vélo, il est intéressant de se retourner et de faire un bilan.

Le Moyen-Orient a été une découverte fantastique. Comment oublier l'accueil des turcs, la Cappadoce et le Mont Nemrut ? Le Kurdistan turc et iranien a été également riche en paysages somptueux, et nous laissera le petit regret de ne pas avoir traversé la partie irakienne. Ce n'est que partie remise. Cette région nous a tellement enchanté qu'il n'est pas exclu d'y revenir un jour. La traversée de l'Iran, quoique difficile du fait de la culture musulmane très forte, a été d'une très grande richesse. Cette région nous laisse sans aucun doute les meilleurs souvenirs de tout notre voyage.

Notre impression de l'Inde est mitigée, vous vous en souvenez. Nous avons traversé des paysages somptueux dans le sud (Kerala) et l'extrême nord (Ladakh). Tout au long de notre parcours indien, les sites à connotation religieuse ont marqué nos esprits (tel que Hampi, Khajuraho ou encore Varanasi). Pour le reste, nous avons été marqué par l'intensité des rencontres, non pas pour leur profondeur mais plus pour leur nombre. Chaque photo est liée à une anecdote et l'Inde nous a marqué à vie. Ce pays nous a fait perdre beaucoup de fraîcheur, d'innocence et de sourire. Après ces 100 jours passés sous le regard de ces millions de paires d'yeux, nous sommes moins ouverts aux rencontres, plus agressifs, plus fermés. Nous allons probablement avoir besoin d'un peu de temps pour nous en remettre et voyager comme nous le faisions avant.

L'Asie du Sud-est a globalement été une déception. La chaleur a été un vrai problème qui nous a suivi jusqu'en Indonésie. L'accueil et les rencontres n'ont pas été à la hauteur de nos espérances. Mais peut-être est-ce de notre faute (ou celle de l'Inde). Le relief a été ennuyeux mis à part au Laos. Ce pays par ailleurs restera comme la grande déception de ce voyage, le pire endroit que nous ayons eu l'occasion de visiter alors qu'il représentait un fantasme pour nous deux.

Avec toutes ces différences, ces régions comportent tout de même des points communs, des constantes que nous avons retrouvés, tout au long de notre traversée de cette partie d'Asie.

Tout d'abord, l'impact de la religion sur les mentalités et les comportements. Même si elle est un peu moins marquée en Turquie, au Laos et au Cambodge, elle agit sur le comportement des populations partout ailleurs. L'Islam en Iran, Malaisie et Indonésie, l’Hindouisme en Inde et le Bouddhisme en Thaïlande. Ce sont des pays où il est difficile, voire impossible, d'afficher son athéisme. Elle induit un accueil très sympathique dans les régions musulmanes, une incompréhension sans limite où l'hindouisme sévit et une gentillesse apaisante dans les régions bouddhistes.

Il est dommage que la religion n'agisse pas sur le comportement écologique de ses pratiquants. Car la pollution est également une thématique qui nous a accompagné depuis l'Iran. Le premier choc a été lors de la traversée de notre première ville, où nous avons d'abord cru que nous arrivions à une mauvaise heure de la journée. Malheureusement chaque ville offrait le même spectacle de voitures enchevêtrées les unes à côté des autres dans un désordre sans nom. Il nous était difficile de supporter l'odeur de pots d'échappements sur les grands axes et c'est ici que les deux kiwis cyclovoyageurs ont quitté précipitamment le pays du fait de l'odeur d'essence qu'ils ne supportaient plus. De notre côté nous avions privilégié les déserts pour respirer un air meilleur. Après l'Iran, ce fut Dubaï où les 17 kilomètres parcourus entre le port et l'aéroport nous ont offert les plus grosses frayeurs du voyage, noyés que nous étions dans un flot de voitures. Puis l'Inde, où la pollution n'a pas de commune mesure. Le trafic y est dense et le réseau routier en piteux état, les usines crachent des nuages pestilentiels, la crasse est partout.

Nous avons été surpris de voir autant de 4x4 en Thaïlande, et la visite de bidonvilles construits sur des tas d'ordures à Phnom Penh au Cambodge nous a montré la démesure de la pollution en Asie. Plus au sud, nous avons également été surpris par la densité du trafic en Malaisie, qui n'a pourtant pas de commune mesure avec celui de Java. Là, le nombre de véhicules motorisés nous a fait abandonner le vélo et préférer le train.

Cette pollution est inévitablement liée à la densité de population et au niveau de développement du pays. L'Inde et l'île de Java font partie des régions les plus densément peuplées au monde, des plus pauvres aussi (tout comme le Cambodge), et donc des plus polluées. S'ils sont si pauvres, c'est en partie du à une corruption qui va à l'encontre d'une juste répartition des richesses. Un Indonésien me faisait remarquer que son pays avait tout pour être riche, mais que la corruption empêchait une grande partie de la population de vivre correctement. Souvent le gouvernement pourrait imposer des mesures écologiques fortes, comme l'interdiction des sacs plastiques ainsi que de l'utilisation de pesticides et engrais au Sikim (Inde). Mais des gouvernements corrompus ne peuvent être soucieux de telles problématiques et se soucient plus de ce que peut leur rapporter telle ou telle négociation plutôt que ce que cela peut leur en coûter.

Tout n'est cependant pas à imputer aux gouvernements. Le peuple a aussi son rôle dans la pollution engendrée. Que l'on soit en Iran, en Thaïlande, Malaisie ou Indonésie, nous sommes dans des sociétés du « tout voiture ». La voiture, la moto ou le scooter sont utilisés pour des déplacements qui ne le nécessitent pas forcément. Pour parcourir 50 mètres, les gens ne marchent pas mais utilisent un moyen de locomotion motorisé. De même l'utilisation du plastique est exagérée et inutile. Mais ce matériau est rapidement entré dans les mœurs et utilisé à outrance, avec pour conséquences des dégâts dramatiques sur l'environnement.

En agriculture, l'utilisation de pesticides, insecticides et herbicides ne semble pas non plus se faire de façon raisonnée. Sans compter des milliers d'hectares de forêt dévastés en Inde, Thaïlande, Laos ou Malaisie.

Enfin, il convient de parler de la condition de la femme. Que ce soit au Moyen-Orient, en Inde ou en Asie du sud-est, les femmes ne sont pas à la fête, et voyager en couple a souvent été difficile. En Iran, Marion a eu beaucoup de remarques très déplacées de la part des hommes, tout comme en Inde et en Indonésie. De ce fait, je ne supporte plus le regard des hommes sur Marion (elle ne les apprécie pas davantage) car derrière leur sourires on ne sait jamais s'ils se moquent de nous ou si des idées perverses les animent.

En Inde encore, il nous a été très difficile, voire impossible, de parler aux femmes. De même beaucoup d'hommes refusaient de s'adresser à Marion dans ce pays où il vaut mieux être une vache qu'une femme et où ces dernières représentent un poids pour la famille alors qu'elles font un travail colossal lorsque leurs maris jouent aux cartes et boivent de l'alcool.

En Asie du sud-est, les femmes ont l'air plus libérées. Mais pourtant ce sont souvent des esclaves, qui peuvent être battues, exploitées, vendues pour être prostituées. Il ne faut pas s'étonner alors que beaucoup cherchent à se marier à des occidentaux pour pouvoir acquérir une liberté que les hommes leur ont prise depuis leur naissance.

Au final, ce continent que nous venons de traverser nous laisse tout de même de bons souvenirs même s'il a rendu le voyage difficile, voire insupportable à certains moments. Chaque expérience est bonne à prendre et la difficulté enrichit l'être lorsqu'il arrive à la surmonter. C'est ce que nous avons réussi à faire, je pense, avec plus ou moins de brio.

Je repense aux propos d'Emeric Fisset, de Transboréal Lorsqu'il me demandait d'écrire « Le tao du vélo » pour la collection « Petite philosophie du voyage », il me signalait que j'avais tout de même un handicap pour que mon récit soit choisi : je n'étais pas allé en Asie. Je comprends maintenant ce qu'il voulait dire : l'Asie est vraiment différente du reste du monde. Traverser ce continent s'est avéré bien plus difficile que n'importe quel autre voyage.





Le livre

Que vous soyez cyclotouriste, voyageur ou sédentaire ouvert sur le monde, il y a mille et une raisons de vous réjouir de la lecture de ces Nouvelles Vagabondes.
Après plusieurs voyages en solitaire, Julien Leblay nous livre cette fois-ci le récit de son périple avec sa compagne Marion. Ne voulant se contenter de décrire le quotidien de leur voyage, il s’engage et se place résolument loin des clichés pour nous livrer avec sincérité ses impressions, que ce soit sur la vie du couple en voyage, ses préoccupations écologiques ou sur les traits culturels ou sociologiques des pays traversés.
Ce livre ne laisse pas indifférent et bouscule nos représentations exotiques du monde ; à sa lecture on découvre, on s’indigne et on s’émerveille tour à tour. Dans un style à la fois personnel et documenté, il nous offre une immersion complète, sans langue de bois, dans son voyage à vélo en couple. Il réussit finalement le pari de dresser un tableau contrasté et nuancé de cette longue aventure cyclotouriste qui ne sera probablement pas la dernière !

Cécile R.

352 pages dont 16 en couleur
Prix de vente : 20 euros

Disponible sur http://goodaventure.com

Le DVD

Julien et Marion Leblay quittent l'Auvergne en juillet 2010 pour une aventure de 22.000 kilomètres à vélo. Portés par le désir de découvertes et de rencontres, mais aussi par celui de promouvoir le don du sang, ils traversent l'ex-Yougoslavie, la Turquie, l'Iran, l'Inde, l'Asie du Sud-Est et l'Australie pour finalement arriver en Nouvelle-Zélande vingt mois plus tard.
Savoureusement pimenté, ce voyage donne le "goût d'aventure" !

Durée : 84 minutes.
Prix de vente : 15 euros

Disponible sur http://goodaventure.com
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