De l'Auvergne à la Nouvelle-Zélande 2010 (18000 km)

Longue traversée de la Bulgarie

Sofia - Edirne photos de cette étape

du 13/09/2010 au 20/09/2010

  • nombre de km prévus : 350
  • nombre km effectifs : 403
  • temps prévu : Du 13 au 20/09/2010
  • temps effectif : 24 heures
IMG_7498Istanbul au bout de la ligne droite.IMG_7501IMG_7503SofiaSofiaIMG_7511Conférence de presse à la croix rouge.

Longue traversée de la Bulgarie

Nous arrivons à Sofia dimanche. Nous avons rendez-vous à l'Institut français à 14h00 mais ayant oublié de régler nos montres, nous y sommes donc à 15h00, heure bulgare ! Nous restons deux jours dans cette ville, durant lesquels nous sommes pris en charge par l'Institut français. Frédérique a organisé notre passage dans la capitale bulgare et le programme est plutôt chargé. Le lendemain, une rencontre avec les élèves du lycée français Victor Hugo est organisée. Durant deux heures, nous rencontrons deux classes à qui nous expliquons notre voyage et parlons du don du sang. Les élèves sont pour partie français, mais aussi bulgares, marocains, algériens, allemands, mais parlent tous français. Le lendemain, une conférence de presse est organisée à la croix rouge. Plus de trente journalistes ont fait le déplacement, ce qui est tout à fait exceptionnel, d'autant plus qu'aujourd'hui c'est la rentrée des classes, et l'actualité ne manque donc pas. Ici, la croix rouge nous explique que de plus en plus de gens, surtout des jeunes, donnent leur sang, ce qui montre que les bulgares sont plus libérés, pensent de façon plus globale et pensent plus à aider les autres. Malgré tout beaucoup ont encore peur de l'aiguille, surtout les hommes... La Croix rouge se réjouit également de notre présence, rappelant que des liens forts ont toujours unis la Croix rouge bulgare à son homologue française, notamment par le biais de Sylvie Vartan... Ils sont également heureux qu'on ait choisi de traverser la Bulgarie parmi les 25 autres pays de notre voyage. Enfin, ils mettent en avant notre complémentarité, Marion et moi : j'ai reçu, elle donne, et tous les deux sommes en bonne santé grâce au don du sang.

Lorsque les journalistes nous posent des questions, nous pouvons tout de même constater que le don du sang n'est pas un geste encore bien entré dans les moeurs en Bulgarie. Par exemple, une journaliste demande à Marion ce que ses parents en pensent.

  • Du voyage ? Demande Marion

  • Non, que pensent-ils du fait que vous donniez votre propre sang ?

 

Cette question est pour le moins inhabituelle et lorsque Marion dit qu'elle a déjà donné 30 fois son sang, alors certains lui disent que c'est une « héroïne ».

 

Le lendemain, nous nous rendons au centre de prélèvement, où le ton est un peu différent. Deux médecins, francophones comme de nombreux bulgares, nous accueillent et nous font une courte visite de l'établissement. La première médecin nous explique qu'il y a vingt ans, pendant l'ère communisme, 3% de la population donnait son sang. Ce chiffre a chuté à environ 1% et est en tain de remonter pour être aujourd'hui à 2,1%. Elle continue en disant qu'il faudrait que 2,8 % de la population donne pour qu'il n'y ait plus de problème. Malgré tout le don du sang est gratuit et il existe encore un faible pourcentage de dons compensés (1% environ). Sa collègue poursuit la visite en nous disant qu'il y a peu de donneurs réguliers, et ceux-là sont prélevés pour les bébés ou les femmes enceintes car le sang est mieux testé. Certains de ces donneurs réguliers sont également rémunérés, comme les donneurs de plasma (car contrairement à Nis en Serbie, il y a ici des plasmaphérèses) , à hauteur de 90 levas par litre, soit 20 euros le don. Nous ne sommes pas autorisés à visiter l'intégralité du centre, notamment là où le sang est testé et trié. Cela nous surprend car généralement nous visitons ces endroits sans que cela ne pose problème, que ce soit en France ou tout au long de notre voyage jusqu'ici. Cela traduit un certain malaise que l'on a du mal à comprendre, et qui grandit lorsque je demande à un médecin si les personnes qui attendent devant le centre sont des donneurs de sang. Elle feint de répondre en disant qu'elle ne voit pas de quoi je parle, étant donné que la zone alentours est en travaux et qu'il y a beaucoup de gens dehors.

 

Ces personnes que j'évoquais, ce sont des roms, attendant devant le centre comme cela était le cas lors de ma première visite en 2007. En quittant le centre, nous nous arrêtons devant eux et leur demandons avec la plus grande innocence s'ils viennent donner leur sang. L'un d'eux nous répond avec un large sourire qu'il le fait pour 20 euros. Comme nous l'avons dit plus haut, la Bulgarie fait encore appel aux dons compensés. C'est à dire que des personnes doivent trouver leurs donneurs de sang pour avoir le droit de recevoir du sang. C'est le cas pour les opérations prévues de longue date dont le médecin sait combien de poche cela nécessitera. Généralement, le patient fait appel à son entourage, et ses amis ou les membres de sa famille se présentent au centre de collecte à son nom. Lorsque suffisamment de personnes ont donné, le patient peut être opéré. Mais si cette personne n'a pas assez de donneurs autour de lui, il lui suffit de donner 20 euros à un rom qui ira donner son sang « bénévolement » au centre de transfusion.

 

Bref, la situation semble ambiguë en Bulgarie, comme le montre le discours des médecins qui varie de l'un à l'autre. On peut tout de même résumer que, sur les 200 à 300 donneurs quotidiens de Sofia, la plupart sont bénévoles. Mais il existe encore de nombreux dons payés, soit directement par le centre de prélèvement, soit par les personnes qui ont besoin de trouver des donneurs pour recevoir ensuite du sang. Pour ces derniers, la situation montre un énorme paradoxe. En Bulgarie tout comme en Roumanie, il existe de très fortes tensions avec les roms (d'ailleurs ils ne semblent pas très heureux de la dernière trouvaille de notre président qui consiste à renvoyer « chez eux » les roms, c'est à dire en Bulgarie et en Roumanie entre autres). Et pourtant, les bulgares, lorsqu'ils ont besoin de sang, sont près à payer les roms pour cela. Ce qui signifie que les bulgares sont près à payer pour recevoir dans leurs propres veines du sang de roms. Cela montre également un autre paradoxe. Il est souvent expliqué comme cause du manque de donneurs, la situation économique. La Bulgarie apparaît comme un pays très pauvres, où le salaire minimum est autour de 400 euros et où il est difficile de trouver du travail. Ainsi, du fait de la situation économique difficile, les bulgares ne donnent pas leur sang. Et pourtant, ils doivent parfois payer pour pouvoir en recevoir. Pour sûr ils feraient plus d'économie en donnant leur sang plus souvent. En ayant au moins 3% de la population à donner son sang, il n'y aurait plus de don compensé ni de don rémunéré. Ce sera pour bientôt, espérons le...

 

Nous quittons donc Sofia sur cette dernière rencontre. Malgré le programme assez chargé dans la capitale, nous avons pris le temps de la visiter et l'avons apprécié. Il s'agit pour nous d'une ville agréable, où l'on peut traverser de nombreux parcs et de grandes et larges rues bordées d'édifices majestueux. On peut aussi suivre les voies du vieux tramway qui traverse des rues aux façades d'immeubles défraichies ou qui longe des magasins Hi-Tech, des commerces de cigarettes et d'alcool ou des beaux stands de fruits. Il en ressort une atmosphère de sérénité, où il fait bon musarder dans les rues, à la recherche du passé ou du futur, du patrimoine ou du progrès. Nous restons également surpris par l'adresse des femmes bulgares qui, perchées sur des talons aiguilles pharaoniques, réussissent à marcher avec élégance sur les trottoirs défoncés. C'est moins le cas de notre hôtesse Anne Coralie qui s'est fait une belle entorse le soir de notre arrivée. Faut-il être née bulgare pour déjouer tous les pièges de sa capitale ?

 

 

Etant attendus à Edirne dans 5 jours, nous prenons l'option la plus facile pour traverser la Bulgarie. Mais qui dit plus facile dit aussi plus ennuyeuse. La nationale 8 qui traverse le pays d'ouest en est offre peu de satisfaction aux pédaleurs pressés. Après avoir traversé la montagne de Ihtimanska Sredna, nous gagnons la rivière Marica. De là, nous ne verrons plus de montée jusqu'à Edirne, mis à part quelques petites collines pour nous dégourdir les jambes. La plaine que nous traverserons est coincée entre deux montagnes. Les villes traversées sont rares et sans intérêt, si ce n'est Belovo. L'odeur qui émane de sons usine est proche de celle où ses produits seront utilisés. On y fabrique du papier toilette. Les bulgares étant les spécialistes de la vente directe, nous voyons dans la ville de nombreux petits magasins où les rouleaux sont exposés comme un fleuriste exposerait ses roses aux passants amoureux. Inutile d'y chercher des fruits ou des légumes, on n'y trouve que du papier toilette et, parfois, des produits d'entretiens. A quelques kilomètres de la Turquie, l'endroit tombe à point. En bons occidentaux, il nous faut faire le stock de papier toilette avant notre arrivée en Turquie. Nous nous ravitaillons donc copieusement, de quoi passer les trois prochains mois sereinement. En bons pédaleurs errants, nos fesses sont une partie importante de notre corps, et nous tenons à en prendre le plus grand soin.

 

Depuis notre arrivée en Bulgarie nous sommes attirés avec force par l'est. Déjà à la frontière, nous avions vu ce panneau nous indiquant Istanbul à 600 kilomètres. Istanbul, pour nous, c'est vraiment l'est. Ce n'est pas simplement dans un « pays de l'est » comme la Bulgarie ou la Serbie, mais bien l'orient, le début d'une autre culture, d'une autre civilisation. Le début des longs thés, de l'hospitalité musulmane, des gigantesques mosquées colorées, des loukoums. C'est justement à Belovo où on remet le cap plein est, après avoir fait de nombreux détours depuis la Slovénie. A partir de là, nous commençons les journées face au soleil rougit par une nuit de sommeil de plus en plus longue, puis l'après midi nous poursuivons nos ombres telles des chimères, certains pourtant que nous les auront doublé durant la nuit et que le lendemain nous tenterons de leur échapper, en vain. Nul ne roule plus vite que son ombre, et tout cycliste roulant vers l'est se fait irrémédiablement doubler midi ayant sonné.

 

Après une première nuit passée sur les berges de la Marica où poussent comme du chiendent les plants de canabis, nous dormons le lendemain à Haskovo, chez Ivan et Tery. Le hasard veut que ce soient des amis très proches de Mladen, le cyclistes bulgare croisé dans les dolomites. Lors de notre rencontre, il nous avait dit de contacter Ivan via couchsurfing. Nous ne l'avons trouvé et avons contacté sa copine à défaut et par hasard. Nous voilà donc à évoquer le voyage de Mladen, arrivé à Bordeaux et y cherchant du travail pour poursuivre son voyage vers l'Afrique. Nos deux hôtes sont quelque peu occupés ce soir, car ils préparent leur provision pour l'hiver. En réalité, nous nous étions demandé où allaient les poivrons que nous voyons sur les bords de route, transportés par remorques entières jusqu'aux villes, vendus également dans tous les villages, près du moindre petit jardin. Il se trouve que les bulgares en raffolent. Mélangés avec des aubergines, des pommes et des tomates, ils en font une mixture dont ils tartinent ensuite les tranches de pain. Nous sommes en pleine période de récolte, et tous les foyers sont occupés à préparer leurs bocaux pour passer l'hiver. Tery et Ivan ont commencé hier matin et pensent terminer ce soir. Enfin, plutôt demain matin, car il leur faut veiller toute la soirée devant le feu.

 

Nous les laissons à leur tâche et regagnons notre tente pour profiter de ce lieu calme, selon les dires de Tery. Mais parler de la Bulgarie sans évoquer les chiens serait une omission de taille. Depuis notre arrivée, nous en avons vu beaucoup, écrasés sur la route. Nous avons même été malgré nous la cause de la mort d'un d'entre eux qui, nous pourchassant avec frénésie a vu sa course arrêtée nette par les roues d'une voiture. Mais tous ne sont pas écrasés, et beaucoup arpentent les campagnes bulgares. La nuit approchant, ils se mettent généralement tous à aboyer de concert. Le sommeil ne vient qu'une fois le silence venu. Malheureusement les chiens bulgares semblent avoir des nuits agitées. Il suffit que l'un d'eux commence à aboyer pour qu'en moins de deux minutes nous puissions dénombrer avec exactitude le nombre de chiens présents dans le quartier. Et croyez nous, ils dépassent souvent la cinquantaine ! Tery nous dit aimer ces bruits et ne plus y faire attention. Nous pensions qu'il s'agissait de la période des chaleurs, mais en fait pas du tout, cela fait partie du paysage bulgare, et ses habitants n'y prêtent plus attention. Cela n'est pas sans me rappeler notre petite église de Nadaillat. A mon arrivée dans le village il y a deux ans, j'ai mis bien du temps à m'habituer aux sons de cloche qui sonnent à heures régulières, de jour comme de nuit. Et puis finalement je m'y suis habitué, et aujourd'hui je serai facilement perdu si ce son venait à disparaître, ce bruit rassurant qui me donne l'heure en pleine nuit sans pour autant me réveiller, qui est là pour dire que le clocher veille toujours sur nous lorsque nous nous endormons. La campagne bulgare sans ses chiens serait bien silencieuse pour ses habitants. Malheureusement nous ne faisons que la traverser en cinq jours et nous n'aurons le temps de nous y habituer. C'est les yeux cachés derrière des cernes que nous quittons la Bulgarie pour entrer en Grèce pour un très court passage.

 

De la Grèce, je n'avais gardé qu'un souvenir partagé, lorsqu'en 2007 j'y entrais avec une gastroenthérite carabinée après une indigestion en Albanie. Je n'avais parcouru que 70 kilomètres dans ce pays et y avais vomi tout le long. Mais j'avais pourtant apprécié le calme de ce pays et de ces gens, cette impression d'être loin de la folie du monde, dans une coquille où le temps coule lentement et vous porte avec tranquillité. En nous arrêtant dans un petit village à 10 km de la frontière, nous retrouvons la même ambiance. A un café cinq vieux boivent le café. Ils ne jouent pas aux cartes, ils ne sont pas agités par un quelconque débat politique. Non. Ils boivent simplement le café et attendent que le temps passe, que la fraicheur s'installe après cette chaude journée (il fait 35 °C depuis que nous sommes arrivés à Sofia). Nous prenons une douche improvisée dans une aire de jeu où traine un tuyau, puis nous nous installons dans la cour de l'école. En face, une femme nous regarde nous installer, puis vient vers nous en nous saluant avec bienveillance. Elle reviendra nous voir à trois reprises, la première fois avec deux tomates, la deuxième fois avec du raisin et une pastèque, la troisième avec un kilo d'oignons. Lorsque nous partons le lendemain, elle nous donne encore une paquet de biscotte, et nous lirons dans ses yeux beaucoup d'émotion lorsque nous l'embrassons pour partir. 20 kilomètres plus tard nous sommes à la frontière turque. Nous n'avons fait que passer en Grèce, et pourtant ce pays nous a plu. La tranquillité est palpable partout, sur les gens, dans les rues calmes des villages, sur la route. C'est une évidence, il nous faudra en savoir plus sur ce pays, une autre fois... Et le mieux de tout : ils font taire leurs chiens lorsque ces derniers aboient inutilement. Le paradis des cyclovoyageurs n'est peut-être pas si loin...

 

La frontière turque est fortement militarisée. Des grillages et fils barbelés longent la route, des hommes maquillés et armés de kalachnikov nous regardent passer. Nos deux passeports sont tamponnés par le douanier sans problème. Nous voilà en Turquie pour un mois et demi ! Ce pays dont nous regardons la carte depuis Kotor, ce pays qui signe pour nous la fin de l'Europe, la fin d'un voyage, le début d'un autre, ce pays, la Turquie, nous y sommes enfin ! Un mélange d'excitation et d'anxiété s'instaure en nous. Qu'allons nous découvrir ici, quelles rencontres allons nous faire ? A quelles problématiques allons nous être confronté ? Tout cela nous l'ignorons, mais nous savons que nous le saurons bientôt. Le voyage nous apprendra tout cela, nous apportera problèmes et solutions, et nous enrichira de cette nouvelle culture.

 

5 km à peine après avoir traversé la frontière, nous croisons un groupe de cyclistes. Nous voilà invités à boire notre premier thé ! S'en suit un deuxième, puis un troisième et un quatrième en compagnie de Guzin et de sa famille. Guzin fait partie du rotary club d'Edirne et c'est elle qui a organisé notre séjour dans la ville. C'est donc à Edirne que nous ferons nos premières armes en Turquie, le temps pour nous de chasser de notre tête le vocabulaire serbe et de le remplacer par le turque. Une collecte de sang est organisée demain après midi. De là, nous irons à Istanbul en bus après une courte halte à Kirklareli pour une autre collecte de sang. Nous nous reposerons quatre jours à Istanbul puis prendrons le ferry pour Bursa où une autre action médiatique est organisée en lien avec le rotary club. Enfin, nous reprendrons les vélos le 27, à la découverte de la Turquie.

 

A bientôt !

 

Julien

NB : le site sera en maintenance pendant une quinzaine de jours. Pendant ce temps il nous sera impossible de l'actualiser mais nous serons toujours présents sur facebook. L'occasion pour nous de remercier encore notre ami et webmaster Vincent qui depuis Clermont-Ferrand fait une maintenance du site exceptionnelle depuis 2004. Merci Vincent :-)