De l'Auvergne à la Nouvelle-Zélande 2010 (18000 km)

Ennui(s) au Laos

Luang Prabang - Stung Treng photos de cette étape

du 15/04/2011 au 27/04/2011

  • nombre de km prévus : 1000
  • nombre km effectifs : 946
  • temps prévu : Du 15 au 27 avril
  • temps effectif : 60 heures
1ere aumône de l'année pour les moines IMG_0003IMG_0004IMG_0012IMG_0024La bière sponsorise les panneaux routiers

Ennui(s) au Laos

Pensez à écouter Marion, à droite de la photo

Nous arrivons au Laos, sereins. Le visa d'un mois qui nous est octroyé à la frontière nous permettra de le découvrir tranquillement et en profondeur. Pendant les deux jours durant lesquels nous nous laissons glisser sur les eaux du Mékong à bord d'un bateau jusqu'à Luang Prabang, nous élaborons nos plans. Tout d'abord, donner notre sang à Luang Prabang. Charlotte et Simon, qui nous accompagnent depuis la frontière, nous ont parlé d'un hôpital qui encourage les touristes à venir tendre leur bras. Cette idée m'enchante, moi qui n'ai pu le donner qu'une seule fois, en Nouvelle-Zélande, en 2005. Ensuite, nous nous voyons pédaler au nord dans une boucle nous permettant d'aller à la rencontre de tribus aux confins du Viet Nam, puis redescendre sur le plateau des Jarres. Quelques centaines de kilomètres plus au sud, le plateau de Boloven serait un terrain de jeu idéal pour notre esprit d'aventure, pour peu que la pluie s'y mêle et transforme les pistes en chemins boueux, les rivières à traverser en torrents tortueux.

 

Tous ces plans nous excitent et nous confortent dans le choix que nous avons fait de venir jusqu'ici même si, il est vrai, le premier contact avec les laotiens n'est pas des meilleurs. Mais nous sommes encore dans des lieux touristiques où les relations humaines sont biaisées par les transactions financières. Les gérants de guest house ne sont pas des plus aimables, tout comme les prestataires touristiques qui n'hésitent pas à casser du sucre sur leurs concitoyens dans le seul but de nous prouver qu’eux seuls peuvent être des personnes de confiance à qui l'on peut donner nos kips (monnaie locale) en toute sécurité. Nous sommes persuadés qu'une fois loin des lieux fréquentés par les falangs (étrangers) nous découvrirons un Laos et son peuple authentiques.

 

Comme toute belle histoire qui commence, il y a un « mais », même plusieurs. La première contrariété vient du don du sang. Comme nous fêtons le nouvel an, le pays dans sa globalité est en état d'ébriété. Pas question donc de se faire piquer par une infirmière imbibée d'alcool. Pour éviter cette éventualité, nous pensions nous arrêter à l’hôpital mais il est fermé pour 5 jours. Nous pourrons nous y rendre lorsque l’alcoolémie des laotiens sera revenue à la normale. Mais voilà, nous découvrons lors de notre première connexion internet à Luang Prabang que nous n'avons pas le temps d'attendre. Un confrère auvergnat de Marion lui écrit :

- Je serai à Phnom Penh du 27 avril au 3 mai.

Or, nos deux dos respectifs réclament ses talents de microkiné, depuis notre départ et nous espérions justement le rencontrer au Cambodge sans savoir la date de sa venue. C'est chose faite. Nous sommes le 15 avril lorsque nous lisons ce mail. Nous avons donc moins de trois semaines pour parcourir les 1500 kilomètres qui séparent, par la route la plus courte, Luang Prabang et la capitale Cambodgienne. Il n'est donc plus questions de s'attarder dans les montagnes laotiennes. A peine arrivés au Laos nous devons faire au plus court et au plus vite pour le quitter.

 

Les premiers jours se déroulent au cœur des montagnes laotiennes. Splendides certes, mais saccagées par les paysans qui la déboisent à grands coups d'allumettes. Les pans de montagne n'offrent plus aucune protection contre les pluies torrentielles, la terre ainsi mise à nue vient colorer les rivières et torrents à chaque orage. Quelle tristesse de voir cette forêt partir en cendre, le vert devenir noir, et les rivières marron charriant malgré elles la négligence de l'homme. Combien de temps faudra-t-il au Laos – et à la Thaïlande voisine – pour détruire sa forêt comme l'ont fait les Indiens ?

Après deux jours de montagne, des reliefs en pain de sucre se dessinent maintenant tout autour de nous. Le cadre est enchanteur et nous fait dire que, malgré tout, cela méritait le détour. C'est pourtant la dernière satisfaction que nous aurons jusqu'à la frontière. Car à partir de maintenant, le Laos dévoile son côté ennuyeux. Peu à peu le relief s'adoucit sans pour autant devenir plat. Après cinquante kilomètres de piste qui nous permettent d'éviter la capitale Ventiane, nous évoluons sur une route qui peut paraître plate mais qui en réalité n'est qu'une succession de petites montées et de descentes. Le vent de face et la forte chaleur rendent notre progression pénible, et les Laotiens ne font rien pour nous rendre la vie meilleure. Certes, par centaines, les enfants nous saluent sur le bord de la route. Tout au long de la journée, nous entendons de vifs « sabaidi » (bonjour en laotien). En fait, ils ne nous disent pas bonjour, mais ils nous le crient. Sabaidiiiii ! Ce qui est amusant au départ devient peu à peu gênant, puis insupportable. Sabaidiiii ! Evidemment, nous devons répondre à toutes ces mains levées et ces bonjours criés, car les jeunes laotiens s'entêtent à vous dire bonjour jusqu'à ce que vous leurs répondiez.

- Sabaidi,

-…

- Sabaidi, Sabaidi, Sabaidiiii, sabaidiiiii

- Ouai ouai, Sabaidi ! Répondons nous finalement depuis nos vélos.

Or, il se trouve que le Laos possède une quantité incroyable de bambins. Nous en voyons bien plus que dans n'importe quel pays, bien plus que des adultes même. Alors, croyez-le ou non, mais leur répondre nous fait dépenser une quantité d'énergie non négligeable !

 

On pourrait croire que l’engouement qu'ils mettent à vous saluer montre le désir de discuter avec l'étranger, de le rencontrer, d'échanger. Erreur. Il suffit que l'on s'arrête pour leur parler, et ils fuient en courant. Lorsque l'on se jette dans une rivière pour se baigner – et se rafraîchir – aucun d'eux ne vient barboter dans l'eau avec nous alors qu'ils riaient aux éclats en se baignant nus comme des vers juste avant notre arrivée. Quant aux adultes, ils ne viennent nous parler que lorsqu'ils sont saouls, ce qui rend les conversations peu intéressantes. Il faut dire qu'ici plus que jamais, la difficulté de communication due à la langue est un réel problème. Nous avons beaucoup de mal à nous faire comprendre lorsque nous tentons de dire quelques mots de laotiens ce qui fait avorter toute tentative de discussion. Quant à l'anglais, il est très peu pratiqué dans cette région d'Asie. En dehors du Helloooooo, Hiiiiii (car ils utilisent le même procédé que pour nous dire « sabaidiii !), I love you, Thank you et Fuck you (que nous considérons comme un « Thank you » mal prononcé avec quelques sérieux doutes parfois), peu de personnes peuvent parler anglais. Pour preuve ce jour où nous chargeons les vélos dans une camionnette. Alors que je reste à l'arrière, Marion s'assied dans l'habitacle et tente de discuter avec nos acolytes – et non pas alcoolique, ce qui est assez rare pour le signaler. Le chauffeur commence la discussion :

- My name ? Lui demande-t-il en la montrant du doigt.

- My name is Marion, répond ma dulcinée, heureuse de pouvoir discuter avec ce jeune homme.

- ... Silence inquisiteur. My name Viet Nam, renchérit-il en se montrant du doigt. My name Viet Nam en désignant son collègue. My name ? Demande-t-il encore à Marion.

- Ah ! My name France.

- France ?

- Yes, France

- … Nouveau silence

- Paris.

- … Même réaction

- Zinédine Zidane.

- Ah, France ! My name France.

 

Les laotiens ont à peu près le même niveau d'anglais que les Viet Namiens.

 

Nous avons souvent pensé que les laotiens avaient un petit côté indien dans leur comportement. Comme eux ils mâchent des feuilles de bétel qu'ils recrachent avec peu d'élégance, comme eux ils viennent parfois se coller à nous en conduisant leur moto ou s'efforcent de nous suivre à vélo, eux aussi dévorent la forêt qui les entoure. En fait, ils partagent la même pauvreté. Malgré tout, on peut relever deux différences notables. La première est que, derrière la joie qu'ils affichent parfois se cache, assez mal, une profonde tristesse. Nous sommes surpris lorsque nous revoyons certaines de nos photos : les regards sont vides, on ne peut y déceler aucune bribe de bonheur. Les regards des Indiens étaient nettement plus expressifs et souriants. Autre fait que nous fait remarquer un Français rencontré à la frontière, les Indiens sont toujours là pour vous aider. Durant les 4 mois où nous étions dans leur pays, chaque fois que nous avions un pépin, des Indiens tentaient de nous aider, assez maladroitement certes, mais l'intention était là. Dans chaque village, on nous demandait si on avait mangé. Bref, on s'occupait de l'étranger et on faisait en sorte de lui être agréable. Ici, personne ne s'occupe de vous et ne vous aide. Lorsque nous devons charger les vélos sur un bateau ou sur un bus, il faut que nous leur demandions de nous aider pour que les chauffeurs et leurs acolytes le fassent, sans omettre de nous montrer à quel point ils s'en passeraient. Lorsque nous voulions dormir à Luang Prabang alors que toutes les guest-houses étaient pleines, cela n'aurait dérangé personne que l'on dorme dans la rue, pas même les moines bouddhistes. Bref, le peuple laotien est avant tout paresseux, peut être morfondu lui aussi par l'ennui, et pas du tout dans la démarche d'aider l'étranger. Le communisme a laissé des traces qui semblent indélébiles.

 

Et puis il y a le falang, ce terme qu'ils utilisent pour désigner l'étranger, comme le font les peuples andins en nous appelant gringo. Ce terme n'a en soi rien de gênant lorsqu'on sait que c'est un mot usuel pour nous désigner, nous les blancs. Mais voilà, un falang est souvent accompagné d'un éclat de rire général, et on se demande souvent s'ils ne se moquent pas de nous. Cela nous rend méfiants et peu courtois, et comme toute discussion est impossible, nous repartons sans savoir si nous avions à faire à de braves gens ou à des imbéciles heureux.

 

Nous arrivons donc au Cambodge après 900 kilomètres de vélo et 300 de bus. Eh oui, gagnés par l'ennui et une pointe de désespoir, nous avons abdiqué à deux reprises pour prolonger des étapes en bus. Pourtant, nous avons bien eu quelques aventures pendant ces quelques jours. Tout d'abord, les crevaisons. Huit, un record. Pour une fois toutes ne sont pas à attribuer à Marion ; seulement la moitié. Mais elle a mis la barre assez haut cette fois-ci. Nous avions acheté son pneu arrière en Turquie, il y a 8.000 kilomètres environ. Il a terminé sa vie sous un bel orage laotien en laissant exprimer sa douleur dans un souffle d'explosion tonitruant. Pour les autres crevaisons, elles sont pour la plupart à attribuer aux fortes chaleurs qui ont fait décoller presque toutes les rustines que j'avais collées pour réparer d'autres crevaisons (de Marion celles-là). En dehors de ces petits ennuis mécaniques, nous avons également pédalé sous quelques orages torrentiels qui nous ont permis, le temps de quelques minutes, de nous rafraîchir. Quelques minutes seulement.

Nous avons également voulu pimenter une journée entière. Notre objectif en nous levant à 4h00 du matin à Thabok, était de parcourir 200 kilomètres dans la journée. Si j'ai déjà connue de telles épopées en Europe ou en Amérique du Sud, ç'aurait été une première pour Marion. Rentrer dans le club des 200, voilà de quoi animer une longue journée ! Le calcul était simple. En roulant à 20 km/h, il nous faudrait 10 heures de vélo. Ajouter à cela une demi heure d'arrêt pour chaque repas puis trois autres pauses banane-biscuit, et cela nous faisait une journée de 13 heures bien remplie. En partant à 5h00, on aurait juste le temps de parcourir les 200 kilomètres avant la nuit. Crevaisons, vent de face, montées incessantes. Après 170 kilomètres nous tendons le pouce et mettons les vélos dans une camionnette. Nous redescendons 80 kilomètres plus loin à Thakhek. Pas si mal pour une première tentative. Pour sûr Marion n'en restera pas là ! Quand on s'ennuie, on ne compte pas.

 

En dehors de cela, rien à signaler mon capitaine, l'ennui comme horizon, à perte de vue : une route ennuyeuse, des paysages ennuyeux, des laotiens ennuyeux et, pour finir, une cuisine ennuyeuse. Noodle soup. Il est 8h00 lorsque nous commandons notre première soupe aux nouilles de la journée. Nous en commandons généralement une en milieu de journée, puis une autre en soirée. Noodle soup matin, midi et soir, quel enchantement ! Même les serveuses semblent être identiques à chaque repas, toutes vêtues du même tablier rouge et prononçant invariablement le même discours « sip ha phan noeng kips » ; 15000 kips, soit 1,5 euro. Pour sûr, la nourriture variée et peu chère ainsi que les nombreux fruits de la Thaïlande nous manquent.

 

Toutes les fautes ne sont pas à rejeter sur le Laos. Nous sommes également responsables de ce manque d'adrénaline. Nous aurions dû faire comme beaucoup de touristes venant dans le coin : boire de la bière, fumer des joints et nous amuser avec les prostituées. Bref, consommer local. Vang Vieng était d'ailleurs la place idéale. Logée au pied des montagnes entre Luang Prabang et Ventiane, elle est devenue le lieu idéal de débauche occidentale. On y croise de nombreux touristes faisant honneur à leur pays d'origine, se promenant fièrement avec une bière dans la main, la cause de leur embonpoint prématuré. Ils sont souvent jeunes et aiment le Laos, un pays où on peut se saouler et « baiser » pour pas cher. On aurait dû faire pareil (je peux dire, pour la bière) en arrivant à Vang Vieng. On aurait du louer une bouée et naviguer de bar en bar au fil de la rivière. On appelle cela le tubing, l'activité en vogue à Vang Vieng. Elle est suivie de près par une autre activité palpitante : regarder bêtement à la télévision des épisodes de « Friends » ou des dessins animés. D'ailleurs, tous les bars ont leurs chaises tournées vers le petit écran. Au lieu de cela, nous avons bu un jus d'orange et de banane en compagnie de Ron, un Hollandais venu dans la région pour travailler dans un orphelinat au Cambodge. Il voyage depuis quelques temps et lui aussi est désolé de voir des endroits comme celui-ci. Nous n'avons pas dormi à Vang Vieng. Nous avons préféré nous échouer vingt kilomètres plus loin sur les berges du lac de barrage de Nam Ngum. On nous avait même dit qu'on pouvait le traverser en bateau, ce qui nous aurait fait gagner une journée ennuyeuse de vélo. Au lieu de cela nous découvrons une vallée tentaculaire asséchée. Si le village que nous choisissons pour dormir est peuplé de pêcheurs, alors leur travail doit être saisonnier. Forcément, les Laotiens ont passé la dernière semaine à s'arroser à grands coups de seaux d'eau, par étonnant que les réserves soient à sec !

 

A devoir rester sur cette route principale, la numéro 13, nous sommes passés à côté de ce pays qui s'annonçait si beau. Nous n'avons pas pu nous extraire de cette route pour aller dans des endroits plus reculés, pour rencontrer des gens n'ayant pas l'habitude de voir des falangs, comme nous l'avons fait jusqu'ici dans tous les pays. Rester sur cette route, c'est également aller de points touristiques en points touristiques. Louang Prabang, Vang Vieng, Paksé, les 4000 îles. Or, le Laos s'ouvre tout juste au tourisme, et il le fait plutôt mal. Mêe si les restaurateurs écrivent sur leurs menus « nos serveurs auront plaisir à vous servir avec le sourire », de sourires nous n'avons point. Quant aux prix, ils sont irrésonnablement élevés à cause de la couleur de notre peau. Les services sont déplorables (capotes usagées laissées dans les poubelles ou sur le bord des lits, par exemple...). Sans parler de la prostitution, de l'alcool et des drogues. Bref, les professionnels du tourisme ne semblent pas penser à long terme. Leur objectif : dépouiller le touriste maintenant, sans se soucier de l'avenir, de la publicité qu'il fera à l'extérieur. Le Laos nous avait beaucoup attiré, nous en ressortons déçus. Autre point expliquant cet ennui : la chaleur, encore. Nous avons fait deux tentatives de camping. L'une d'elle était plutôt réussie, le soir où nous avons dormi dans un village de montagne, à 1.000 mètres d'altitude. Un petit groupe d'enfants autour de nous, nous avons planté notre tente entre deux maisons de bambous, pris quelques photos sous les rires de nos modèles du soir et tenté de discuter avec un adulte, peut-être bien le seul homme qui n'était pas bourré en cette période de nouvel an. Nous avons cuisiné nos pâtes (noodle soup, on ne s'en lasse pas !) avec, petite variante, du riz. Puis la nuit est tombée, et chacun a regagné sa maison. Les maisons des moins pauvres étaient faciles à repérer : elles avaient l'électricité et donc, la télévision. Ce fut une soirée agréable, comme on a eu tant en Inde et comme on aurait voulu en avoir plus au Laos. Mais voilà, redescendus dans la plaine du Mékong, la chaleur et l'humidité ont rendu notre deuxième tentative de camping insupportable. Il nous a fallu attendre minuit passé avant de pouvoir réussir à dormir, transpirant à grosses gouttes sous notre tente devenue une étuve. Dès lors nous avons choisi le confort des chambres de guest-houses avec leurs ventilateurs, dont les murs et le toit ont coupé tout contact avec la population.

 

Nous sommes donc passé à côté du Laos en voulant – ou en devant – le traverser trop rapidement. Sur un si long voyage, on ne peut pas avoir que des expériences positives dans chacun des pays. On nous avait dit qu'après l'Inde, l'Asie du Sud Est serait plus tranquille. On ne pensait pas que, pour le Laos, cela en serait même ennuyeux. Ce qui est intéressant à constater, c'est que nous ne sommes pas les seuls à partager ce sentiment. Le dernier jour, nous traversons le Mékong pour l'île de Kong avec Fred, un canadien cyclopédique. Lui aussi vient de France à vélo, et lui aussi s'est ennuyé au Laos. Marre des sabaidiii, marre des noodle soup, marre de cette route ennuyeuse et de la chaleur humide. Durant les deux derniers jours, nous rencontrons beaucoup d'autres touristes. La plupart ont le même sentiment que nous et fuient ce pays. Ils pensaient tous y rester un mois, ils ne sont restés que deux semaines voir dix jours.

 

L'ennui nous suit jusqu'à la frontière. Là, commencent les ennuis. Nous découvrons une autre facette du Laos, qui fait, décidément, tout pour nous déplaire. Les douaniers escroquent à chacun des touristes deux dollars pour le tampon de sortie. Du jamais vu. Dans quel pays faut il payer son tampon de sortie. Nous refusons. La discussion est stérile. Nous découvrons qu'il n'y a pas pire espèce qu'un douanier dont la corruption a rendu les joues rondes et a effacé toute trace d'humanité. Après de longues minutes de pourparler rendues stériles par son oisiveté, le douanier se fâche et me pousse violemment par terre. Ce sera notre dernière image du Laos. Nous quittons le pays sans notre tampon de sortie et nous dirigeons vers la frontière Cambodgienne. Là encore la corruption fait son chemin. On nous demande deux dollars pour le service sanitaire. Nous passons outre. Le visa nous est accordé un peu plus loin, puis le tampon d'entrée. Pour celui-ci on nous demande encore un dollar chacun. Nous acceptons. Une fois nos passeports acceptés, nous demandons un reçu pour ces derniers dollars. Pas de reçu aujourd'hui nous dit le douanier d'un air désolé.

- Il y en aura demain ?
- Oui, demain.

- Et hier, il y en avait ?

- Oui, mais pas aujourd'hui.

- Evidemment.

Nous leurs demandons alors un papier officiel stipulant ce prélèvement. Il n'y en a pas. Nous insistons encore un peu puis ils nous rendent nos dollars. Les douaniers Cambodgiens, tout aussi corrompus que leurs homologues laotiens, sont tout de même moins virulents. Voilà comment en l'espace de 100 mètres nous avons évité de payer les 8 dollars de prélèvement au nom de la corruption.

 Ce passage de frontière a donc été une lutte pendant une heure; nous râlons contre les touristes, qui tendent leurs passeport avec, à l'intérieur, quelques dollars, comme si la situation était normale. Or elle est nouvelle, et est tout à fait illégale et immorale. Mais pourquoi s'en priver lorsque tant de touristes passent ici sans rechigner ? Pourtant la corruption n'a jamais aidé un pays à devenir riche, bien au contraire. Des touristes responsables pourraient sûrement éviter ce genre de choses. Mais voilà, on vient au Laos pour faire la fête et pour dépenser ses sous. Alors un dollar de plus ou de moins, peu importe. Ces touristes que nous voyons ici sont les mêmes que ceux que l'on voyait jeter des chocolats par la fenêtre d'un 4x4 à des enfants miséreux, au risque que l'un d'eux se fasse écraser par une voiture arrivant en contre sens. Est-ce aider les enfants que d'en faire des mendiants ?

 

A ce rythme, le Laos qui « découvre » le tourisme risque de tomber de haut. Il risque de perdre très vite de son authenticité (c'est déjà fait pour une grande partie du territoire) au profit d'un tourisme sexuel et de débauche. C'est leur choix, qu'ils l'assument. Nous n'y mettrons plus jamais les pieds, c'est une certitude. Jamais on n'est ressorti d'un pays aussi déçus et furieux.

 

De l'autre côté de la frontière, nous revoyons des sourires sur les visages, les gens nous saluent amicalement. On se sent un peu mieux. A Stung Treng, nous logeons dans une maison où logent 18 élèves hébergés ici grâce à l'association « Tourism for help » http://tourismforhelp.org. Nous y buvons une bière à la santé des douaniers. Les élèves nous accueillent avec un sourire qui fait plaisir. Espérons que ce soit à l'image du Cambodge.


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Que vous soyez cyclotouriste, voyageur ou sédentaire ouvert sur le monde, il y a mille et une raisons de vous réjouir de la lecture de ces Nouvelles Vagabondes.
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Ce livre ne laisse pas indifférent et bouscule nos représentations exotiques du monde ; à sa lecture on découvre, on s’indigne et on s’émerveille tour à tour. Dans un style à la fois personnel et documenté, il nous offre une immersion complète, sans langue de bois, dans son voyage à vélo en couple. Il réussit finalement le pari de dresser un tableau contrasté et nuancé de cette longue aventure cyclotouriste qui ne sera probablement pas la dernière !

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Julien et Marion Leblay quittent l'Auvergne en juillet 2010 pour une aventure de 22.000 kilomètres à vélo. Portés par le désir de découvertes et de rencontres, mais aussi par celui de promouvoir le don du sang, ils traversent l'ex-Yougoslavie, la Turquie, l'Iran, l'Inde, l'Asie du Sud-Est et l'Australie pour finalement arriver en Nouvelle-Zélande vingt mois plus tard.
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