Nouvelle-Zélande 2005 (2750 km) acheter le livre

Longue longue montée jusqu'au pied du Mont Ruapehu

Wanganui - Raetihi photos de cette étape

le 30/09/2005

  • nombre de km prévus : 140
  • nombre km effectifs : 91
  • temps prévu : 7h00
  • temps effectif : 6h30
DSC05646DSC05647DSC05648DSC05650DSC05652DSC05653DSC05656DSC05661DSC05662

Longue longue montée jusqu'au pied du Mont Ruapehu

Ce matin, les canards pique-assiettes sont venus me dire bonjour, ainsi que mon voisin de pelouse, un français qui voyage en camping-car. Je l'ai rencontré hier soir. Il veut visiter toute la Nouvelle-Zélande (nord et sud) en trois semaines... Du coup, j'ai l'impression qu'il loupe pas mal de choses...! Comment visiter un tel pays en seulement trois semaines ? Je me dis alors que j'ai une chance inouïe de le visiter à la vitesse du vélo. 6 semaines pour l'île du Nord, c'est le minimum syndical ! Avant de partir pour une nouvelle étape, il me demande si je n'ai pas eu trop de problèmes de crevaison :
- Les routes sont quand même bonnes dans l'ensemble, tu ne dois pas avoir de problème ?
- Hum hum...! J'en suis à ma cinquième ou sixième crevaison (si quelqu'un tient les comptes, moi je suis un peu perdu !)...
Eh oui, on ne voit pas la même chose quand on est en voiture ou à vélo. Depuis peu, mon réflexe du matin est d'aller voir mes pneus pour voir s'ils contiennent encore un peu d'air...

Bref, je décolle de ce charmant camping à 8 heures après avoir plié ma tente encore mouillée par l'humidité matinale. Les premiers kilomètres le long de la rivière Whanganui sont plats et me permettent de me donner une petite idée très sympathique sur cette rivière. Puis la route s'élève sur plusieurs kilomètres pour m'offrir de magnifiques vues sur les collines verdoyantes. Encore une fois, je pédale en plein bonheur ! Que c'est beau !! Je vous laisse admirer cet arbre au sommet d'une colline. On s'était amusé avec Caroline à voir que beaucoup de collines ne sont coiffées que d'un seul et unique arbre (bah, on s'amuse comme on peut !)... Etrange de laisser ainsi un vestige de la forêt qui couvrait tous ces espaces il y a cela peu de temps...

Plus loin, je me suis de nouveau fait attaquer par des oiseaux. En fait, il ne s'agit pas de mouettes comme je vous l'avais dit avant, mais d'une espèce venue tout droit des chenapans. Je me suis fait courser plus d'une fois aujourd'hui. Ils sont perchés dans les arbres longeant la route et s'attaquent à tout individu roulant trop doucement à leur goût ! Je vous en aie pris un en photo en pleine action. Notez bien que je n'ai pas utilisé de zoom pour la photo !! Donc oui, port du casque OBLIGATOIRE en Nouvelle-Zélande !! Du coup, j'attaque les portions de montées bordées d'arbre avec appréhension, prêt à réagir à toute attaque aérienne. Un peu plus loin, je trouve le cadavre d'une de ces canailles. A première vue, il a dû s'attaquer à un cyclotouriste mieux armé que moi. Mais si on élargit le champ, on se rend compte qu'il ne s'agit pas de cela du tout. Eh oui, l'alcool sur la route tue toujours...! (photo réalisée sans trucage).

La suite du parcours est très exigeante. Je grimpe, redescends un peu, grimpe un peu plus... Je longe la rivière Mangawhero sur de nombreux kilomètres. Elle joue de ses méandres pour lécher les falaises rendues abruptes par des milliers d'années d'érosion. Magnifique.

A 15 kilomètres de la fin de l'étape, j'aborde une terrible montée. Je descends alors de vélo pour ne pas y laisser mes genoux. Je disais hier que les côtes ne me font plus rien. Mais celle-là est plus forte que les autres et ronge mon moral. Tout au long de cette montée, je me dis que je ferai mieux de tirer tout droit une fois arrivé à Raetihi. Je ne serai alors qu'à 60 petits kilomètres de Taupo. J'ai déjà vu et vécu beaucoup de choses ici, et je suis fatigué. Les pentes semblent de plus en plus fortes (elles le sont!), mes genoux sont toujours douloureux... Mais arrivé au sommet de la côte, le Mont Ruapehu m'apparaît, splendide, enneigé, majestueux. Je ne m'attendais pas du tout à voir cette montagne comme ça, et du coup je suis reste complètement éberlué et j'ai été transporté par une énorme joie. Eh oui, c'est pour cela, entre autres, que je pédale, c'est pour pouvoir mieux apprécier cette nature généreuse que je suis là avec mon vélo. Et pourtant, cette même nature me domine de toute sa force, elle se joue de moi depuis mon départ en m'imposant de fortes pentes, des vents terribles ou des journées arrosées. Je ne peux que tenter de m'adapter comme je peux à ce qu'elle me fait subir. Mais en même temps, elle me donne une force incroyable, une volonté d'aller toujours plus loin pour la découvrir dans sa totalité. Alors mes idées de raccourcies s'évaporent. J'irai bien à Taupo, mais avant j'ai encore 600 kilomètres à faire ! (c'est con un cycliste quand même !). Il me faut découvrir la rivière de Whanganui, le Mont Egmont, la route très prometteuse jusqu'à Taumarunui. Et enfin alors je pourrai aller à Taupo !

Je remonte sur mon vélo et affronte le vent qui me fait face jusqu'à ce que j'arrive à Raetihi. Les derniers kilomètres sont encore très durs avec une deuxième terrible montée (que je m'efforce de grimper à vélo cette fois-ci!) et un fort vent de face. Le Mont Ruapehu me surveille du coin de l'oeil l'air de dire :"T'en as chié aujourd'hui ? Eh ben c'est pas fini" !

J’arrive enfin à Raetihi, après 91 kilomètres et 6h30. Cette étape a été, pour le moment, la plus dure du Tour, sans hésitation ! Je suis parti de la mer pour remonter sur 90 kilomètres la rivière Upokongaro puis Mangawhero. Raetihi n'est qu’à 600 mètres d'altitude, mais pour monter jusqu'ici il y a eu aussi beaucoup de descentes, qu'il a fallut remonter à chaque fois !

Je retrouve ici comme prévu Tina, une amie allemande rencontrée sur Auckland. Elle a laissé sa voiture à Taumarunui ce matin pour venir me retrouver ici. Elle me raconte sa journée. Elle a été elle aussi attaquée par les oiseaux (son casque porte de belles séquelles !) et elle a dû changer de pneu arrière après une violente explosion à seulement 1,5 kilomètre de l'arrivée... Je lui avait pourtant dire de le changer ce vieux pneu. C'est chose faite...! Bref, journée intense en émotions ! Nous roulerons maintenant ensemble pendant cinq jours, et c'est pas dommage ! Elle retrouvera sa voiture à Taumaranui après quelques 450 kilomètres à vélo. Cette compagnie arrive à point. Je suis dans une période où je subi un peu ce Tour. Je me rends compte que la distance est encore longue avant d'arriver à Auckland. Mais le fait de rouler à deux remonte le moral et les batteries. Et elle est venue ici pour découvrir la rivière Whanganui et le Mont Egmont. Donc pas question d'aller directement à Taupo maintenant !

Au camping, le patron nous regarde bizarrement lorsqu'on lui dit que l'on veut planter la tente. Il regarde nos vélos, et je lui explique où se trouve la tente au milieu de tout ce barda. Avant de s'installer, on lui demande s'il pense qu'il va pleuvoir alors qu'un gros nuage noir recouvre cette petite ville. Il nous dit que non, ça devrait rester tranquille pour la nuit. Comme il faut toujours faire confiance aux locaux, alors voici une bonne nouvelle ! Nous voilà donc installés. Après un peu de lumières, extinction des feux à 21h00. Personnellement, je suis complètement lessivé.
 


 
Commandez le livre relatant cette aventure
dans notre boutique.

Voyage du bout du monde, 2700 kilomètres à vélo pour le don du sang, Julien Leblay, 2006.

Prix public : 14 euros.
couverture_nz.jpg